Sous la bannière du célèbre théâtre berlinois, Ostermeier connaît dès 1999 une carrière prolifique et acquiert une notoriété incontestable, tout à la fois artistique et médiatique, en Allemagne mais aussi, très rapidement, sur la scène internationale contemporaine. Se plaçant à contre-courant d’un certain théâtre postdramatique qui rompt volontiers avec le texte et les notions mêmes de jeu d’acteurs et de narration, le metteur en scène allemand préfère quant à lui raconter des histoires, faisant la part belle aux récits, aux personnages complexes et à leurs relations interpersonnelles. Depuis le début des années 2000, il a ainsi revisité, voire dépoussiéré en les transposant dans un registre actuel, un grand nombre de pièces du répertoire classique – shakespearien notamment, mais aussi celui du dramaturge norvégien Henrik Ibsen qui lui est cher et dont il présentait d’ailleurs Canard sauvage en juillet dernier au Festival d’Avignon – en les transposant dans un registre actuel. Est-ce d’ailleurs ce goût de la narration, doublé de “son souci d’ancrer ses spectacles dans la réalité, de manière à les mettre en phase avec les préoccupations quotidiennes de son public” qui sont au cœur de l’engouement pour son théâtre*? Thomas Ostermeier défend en effet une esthétique du réalisme sociologique : s’inspirant du réalisme brechtien, elle a pour but, en actualisant d’anciens textes du répertoire, de “mettre au jour certains processus à l’œuvre dans le monde contemporain, à travers notamment une étude des comportements sociaux, afin de contester, de critiquer et dénoncer une certaine “involution” idéologique de notre société actuelle”**. Francophone, Thomas Ostermeier a aussi adapté Retour à Reims, l’incontournable récit de Didier Eribon, ainsi que deux romans autobiographiques d’Édouard Louis. Qu’il reçoive chez nous les insignes de docteur honoris causa a de quoi réjouir Rachel Brahy. La sociologue, spécialiste de l’intervention sociale et culturelle, y voit en effet « un positionnement institutionnel qui dit quelque chose sur les espaces à défendre dans notre société contemporaine ». Qu’est-ce à dire ? Rachel Brahy constate d’abord, avec d’autres, que le productivisme Au cours de cette année académique, l’ULiège décernera les insignes de docteur honoris causa au metteur en scène Thomas Ostermeier, directeur artistique de la Schaubühne depuis 1999 et enfant terrible du théâtre contemporain allemand. L’occasion pour Le Quinzième Jour d’examiner, avec Rachel Brahy, professeure associée en sciences sociales, et Fabrice Murgia, metteur en scène et ancien directeur du Théâtre National, quelques-uns des enjeux du théâtre contemporain. DOSSIER PATRICK CAMAL * Ainsi que se le demande la chercheuse tchèque Jitka Pelechova, dans l’introduction du travail qu’elle a consacré au théâtre de Thomas Ostermeier, dans Le Théâtre de Thomas Ostermeier, Études théâtrales, 2017/3, n°58 (disponible en ligne). ** Jitka Pelechova, Le théâtre de Thomas Ostermeier : phénomène culturel ou démarche artistique ?, Cahiers d’études germaniques, 2013, n°64 (disponible en ligne) SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 11 À LA UNE
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=