s’est abattue sur les institutions universitaires aux États-Unis. Le président Trump mène une politique de censure, d’intimidation envers les Universités, même les plus prestigieuses, et fait peser des menaces, par des réductions budgétaires notamment, sur les travaux qui ont trait aux questions de genre et de diversité, sur les thématiques environnementales et climatiques, etc. Nous devons résister à cette lame de fond qui se propage et défendre la liberté académique, un des fondements de la démocratie. LQJ : Les universités belges ont-elles réagi ? A-S.N. : Le Conseil des rectrices et recteurs (Cref) s’est rallié à la “lettre ouverte aux scientifiques et universitaires des États-Unis” qui affirme un engagement indéfectible au service de la quête scientifique, impliquant de défendre son intégrité, son autonomie et son objectivité, ainsi que ses ressources et son financement. Cette position vaut également en Europe et en Belgique ! Les institutions belges, francophones et néerlandophones, s’inquiètent notamment de la mise en cause des sciences humaines et sociales dans certains discours politiques. Nous devons à la fois entrer en résistance et faire preuve d’audace. L’audace qui permet à la créativité de s’épanouir, un ressort scientifique intéressant et utile pour le chercheur qui imagine, fait des hypothèses et qui doit persévérer pour mener des projets dont, parfois, personne ne veut. Les universités aussi doivent continuer leurs missions en toute indépendance : elles doivent atteindre une forme de robustesse qui permet de maintenir le cap, de conserver une stabilité malgré les multiples fluctuations extérieures. Alors pour ma part, je plaide pour un système universitaire basé sur la coopération plutôt que la concurrence, sur le respect des valeurs telles que l’éthique, la curiosité intellectuelle, l’esprit critique. On le sait : la pratique scientifique repose sur la coopération. C’est au sein des laboratoires, dans les congrès et séminaires que les échanges suscitent de nouvelles pistes de recherche. Le but de la science est d’établir des faits, de décrire des phénomènes qui permettent de comprendre d’autres faits, élargissant ainsi petit à petit le champ des connaissances et nos moyens d’agir sur le monde. La science doit être un bien commun produit et transmis. LQJ : À qui décernerez-vous les insignes de docteur·e honoris causa cette année ? A-S.N. : À trois personnalités de haut vol. À Yasmine Belkaid, directrice de l’Institut Pasteur, centre d’excellence réputé en recherche médicale, très engagée en faveur de la liberté en recherche et le respect de la diversité, du genre, etc. À Thomas Ostermeier, actuel directeur de la Schaubühne à Berlin, parangon du théâtre contemporain pluridisciplinaire. Et à Alain Aspect, un scientifique d’exception, auteur d’une avancée majeure en physique quantique, un créatif à l’état pur. Son livre Si Einstein avait su, montre qu’il faut parfois oser faire un pas de côté, s’écarter des théories admises [ndlr : voir leur présentation plus complète en pages 56-57]. LQJ : Depuis votre arrivée au rectorat, l’université de Liège s’est impliquée dans la problématique climatique. A-S.N. : Effectivement, c’était un des objectifs de mon programme. Les étudiants et étudiantes suivent maintenant un cours obligatoire “durabilité et transition” qui sera, SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 24 ALMA MATER SCIENCES ET DÉMOCRATIE : UN COUPLE EN CRISE ? Dans un contexte de crises multiples, les discours scientifiques sont tantôt contestés, tantôt instrumentalisés, voire même bâillonnés. Trois chercheurs – la Pr Florence Caeymaex, philosophe, Pierre Delvenne, politologue, et Sébastien Doutreloup, climatologue – abordent le rôle essentiel de la science dans nos sociétés démocratiques et examinent les relations parfois conflictuelles entre sciences et démocratie. Le jeudi 18 septembre à 17h à la Cité Miroir, place Xavier Neujean 22, 4000 Liège. * www.rejouisciences.uliege.be/science-democratie
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