statistique, une réduction d’échelle qui augmente la résolution spatiale des modèles jusqu’à 1 km, voire 500 m. Cet algorithme développé par le chercheur a permis d’obtenir des données précises utilisées par de nombreux collègues. Le prix Arne Richter récompense Brice Noël pour l’excellence de ses recherches dans les domaines de la climatologie et de la glaciologie. ÉPONGE SATURÉE Au cours de ses recherches, Brice Noël a pu identifier divers processus entraînant l’accélération de la fonte des calottes polaires et glaciers, notamment ceux situés en périphérie du Groenland. « En affinant la résolution spatiale des modèles climatiques à l’aide de mon algorithme, j’ai constaté que ces glaciers de petite taille ont dépassé un point de bascule depuis le milieu des années 1990. » Dans leur zone d’accumulation*, la neige est très poreuse et contient de nombreuses poches d’air, comme une éponge. Quand la neige fond en été, l’eau s’infiltre dans ces cavités, puis regèle en hiver : elle ne ruisselle donc pas vers l’océan. Quand la fonte augmente, l’eau sature cette éponge et finit par ruisseler vers l’océan, contribuant ainsi à l’élévation du niveau des mers. La perte de masse de ces glaciers a triplé depuis le milieu des années 1990 à la suite du réchauffement climatique. Malheureusement, ce phénomène touche également les glaciers du Canada et de l’archipel du Svalbard, situé au nord de la Norvège. La calotte du Groenland aurait-t-elle aussi dépassé ce point de bascule ? Verdict : pas pour l’instant. « Sur base de projections futures jusque 2300, j’ai constaté que selon un scénario de réchauffement extrême, la calotte du Groenland pourrait atteindre ce point de bascule au début du XXIIe siècle, soit dans un siècle. À ce moment, la perte de masse pourrait être multipliée par 20, ce qui élèverait le niveau des mers de plus de 9 mm par an contre 0,5 mm aujourd’hui », note Brice Noël. En revanche, si on limite le réchauffement en respectant les accords de Paris, ce point de bascule ne serait toujours pas atteint en l’an 2300. PATAGONIE ET ANTARCTIQUE Son algorithme a aussi permis d’autres découvertes. « En représentant les glaciers de Patagonie à haute résolution spatiale, on constate qu’ils perdent de la masse de manière continue depuis les années 1940. Nous avons pu lier ce phénomène à un réchauffement régional plus élevé que la moyenne planétaire. » Ce réchauffement accru est lié au déplacement de la zone de haute pression subtropicale Pacifique vers le pôle Sud, ce qui amène plus d’air chaud vers la Patagonie. En Antarctique, une résolution spatiale plus élevée permet de mieux représenter l’accumulation de la neige sur les chaînes de montagnes escarpées, en particulier celle de la péninsule Antarctique, mais aussi la fonte des plateformes de glace flottante (ice shelves) situées en marge de la calotte. « Ces plateformes, précise Brice Noël, servent de bouclier face aux glaces continentales les empêchant de glisser vers l’océan, ce qui contribuerait à une élévation drastique du niveau des mers. À haute résolution spatiale, on aperçoit une augmentation systématique de la fonte de ces plateformes, sous-estimée par les modèles à basse résolution. Cette fonte plus importante pourrait déstabiliser ces plateformes et accélérer la perte de masse. » Rien que de mauvaises nouvelles donc ? « En Islande, la perte de masse des glaciers devrait décélérer jusqu’à la moitié de ce siècle à la suite d’un refroidissement océanique près des côtes islandaises. Cette zone de refroidissement, aussi appelée “blue blob”, est actuellement observée par satellite. Le blue blob refroidit l’atmosphère et freine la perte de masse des glaciers islandais. » Ce phénomène lié au changement climatique est sans doute dû à un ralentissement de l’Amoc, courant océanique constituant la branche nord-atlantique du Gulf Stream, qui réduirait l’apport d’eau chaude vers le Pôle. Lors de ses recherches, Brice Noël a mis au point un algorithme qui affine la résolution spatiale des modèles climatiques, suscite des découvertes de processus, et permet une meilleure compréhension de ceux-ci. Ce qui lui vaut de participer également à de nombreux programmes internationaux comme “Ice sheet Mass Balance Intercomparison Exercise” et “Ice Sheet Model Intercomparison Project for CMIP7” dont l’objectif est d’étudier la fonte récente et future des calottes polaires à l’horizon 2300. Les données générées par ses recherches seront utilisées dans les futurs rapports du GIEC sur le changement climatique. * Zone supérieure d’un glacier où la neige s’accumule plus qu’elle ne fond chaque année, et inversement pour la zone d’ablation. Le bilan de masse en surface d’un glacier est la différence entre l’accumulation de neige en hiver et le ruissellement d’eau de fonte vers l’océan en été. SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 29 OMNI SCIENCES
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