SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 31 ICI ET AILLEURS ses quartiers en dépit des contraintes. « Le merle, arrivé en milieu urbain il y a seulement 150 ans, est sur le point de devenir une espèce à part entière dans les villes : son ADN se distancie de ses congénères qui vivent en forêt, commente Alice Mouton. La morphologie des oiseaux des villes se modifie : leurs becs se transforment au gré de la nourriture qu’ils y trouvent et leurs ailes deviennent plus courtes pour un envol plus rapide. » Au fil de notre déambulation, nous avons croisé une espèce d’insecte très rare : le cydnus aterrimus ou punaise de l’euphorbe. Mais ce sont surtout des espèces “ordinaires”, que l’on redécouvre. Loin d’être sans valeur, elles jouent un rôle indispensable dans le fonctionnement de l’écosystème. Un pissenlit peut nourrir des insectes, qui eux-mêmes serviront de repas aux oiseaux ; un tronc de bois mort sert d’hôtel et de garde-manger pour une multitude d’insectes et d’oiseaux … « La biodiversité ordinaire représente 85% de la biodiversité mondiale », fait observer Alice Mouton. « Il y a beaucoup d’espèces rares qui étaient auparavant communes », complète Elisa Baldin, qui mène des recherches sur la régénération paysagère, à la faculté d’Architecture. « Avec quelques aménagements – par exemple en laissant plus de terre affleurer, en utilisant l’eau de pluie des toitures ou en plantant des espèces mellifères –, la cour de béton du 20-Août pourrait accueillir beaucoup plus de biodiversité. » Cette exploration souligne combien la nature n’a pas disparu de l’espace urbain : elle s’y réinvente et nous invite à nous interroger sur la place que nous souhaitons lui donner dans la ville de demain. * Alice Mouton est notamment la nouvelle directrice du Laboratoire des transitions de l’université de Liège, un nouveau centre d’appui à l’enseignement et à la recherche. Elle a également fondé le Lacyme : un laboratoire collaboratif et citoyen d’écologie. * https://lacyme.org
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=