AQUACULTURE D’EXCELLENCE À la fois laboratoire, centre de formation, plateforme d’expérimentation et vitrine scientifique, la nouvelle plateforme répartie sur quatre ailes autour d’une cour carrée permettra d’accueillir des recherches à la fois en environnement contrôlé (infectieux) et non infectieux, avec des protocoles de biosécurité poussés. « Ce nouvel équipement permettra d’étudier le comportement, la santé et la reproduction de nombreuses espèces, dans des conditions optimales et contrôlables : volumes d’eau, température, composition de l’eau, qualité de l’environnement, etc. », résume Alain Vanderplasschen. Mais l’enjeu ne se limite pas à l’élevage. « Nous pourrons tester de nouveaux vaccins, suivre la propagation de virus, évaluer des stratégies de traitement dans les eaux de bassins », explique encore le professeur. L’objectif est aussi de comprendre les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes aquatiques, d’utiliser certaines espèces comme bio-indicateurs, voire de les mobiliser pour des stratégies de biocontrôle. Le centre répond également à une tendance de fond dans la recherche biomédicale : l’utilisation croissante du poisson comme modèle d’expérimentation animale. Parmi les espèces vedettes, le poisson zèbre (zebrafish) est en train de détrôner la souris dans de nombreux protocoles. « Le poisson zèbre présente une valeur prédictive supérieure à celle du modèle murin dans des domaines comme la mutagenèse, la pharmacologie ou la toxicologie, précise le Pr Vanderplasschen. De plus, il répond mieux aux impératifs bioéthiques : selon la règle des 3R*, on privilégie les espèces les moins évoluées quand c’est possible, donc les poissons avant les mammifères. » Des études sur des maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson sont déjà en cours. La polyvalence de la future plateforme permettra d’intensifier ces recherches, en collaboration avec d’autres disciplines (neurosciences, immunologie, nutrition, etc.). AMBITION INTERNATIONALE Si l’ULiège porte le projet, elle n’est pas seule à bord. L’UCLouvain et l’UNamur ont été associées dès le début à la conception scientifique. Sur le plan de la formation, une finalité en gestion intégrée des ressources aquatiques et aquaculture existe au sein des masters en océanographie et en biologie des organismes et écologie. « L’aquaculture a un rôle central à jouer dans la sécurité alimentaire mondiale, rappelle le Pr Vanderplasschen. Elle offre une alternative durable à la pêche, tout en étant une source bon marché de protéines pour les pays en développement. » Les promoteurs du projet espèrent aussi attirer de nouveaux financements internationaux. Car malgré son poids économique, la recherche en aquaculture reste encore sous-dotée en Europe. « Ce centre doit nous permettre de franchir un cap, conclut Alain Vanderplasschen. Nous avons les expertises, les partenaires en Belgique et à l’international, et désormais un outil à la mesure de nos ambitions. » Les compétences liégeoises en aquaculture peuvent se prévaloir de succès remarquables de portée mondiale. C’est notamment le cas du vaccin contre l’herpès virus de la carpe** développé au laboratoire d’immunologie-vaccinologie du Pr Vanderplasschen à la faculté de Médecine vétérinaire. Il est le fruit de plus de 15 années de recherches. Outre son intérêt économique, ce vaccin est un exemple qui illustre la contribution de l’ULiège aux grands enjeux mondiaux : « L’aquaculture est un secteur en plein essor, mais il reste vulnérable aux maladies. Proposer des solutions vétérinaires innovantes, c’est aussi soutenir une production alimentaire durable à l’échelle planétaire », souligne encore le Pr Vanderplasschen. * Réduire, remplacer, raffiner : la règle des 3R redéfinit les fondements éthiques de l’expérimentation animale. ** voir l’article paru dans Le Quinzième Jour n°284 en janvier 2023 : www.lqj.uliege.be/virus-carpe SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 34 UNIVERS CITÉ
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