VERS UNE AQUACULTURE DURABLE Depuis plus de 40 ans, l’ULiège joue un rôle moteur dans le développement d’une aquaculture plus durable, plus respectueuse des poissons et mieux intégrée dans son environnement. Aujourd’hui, avec la nouvelle plateforme d’aquaculture, c’est un virage stratégique que s’apprête à prendre l’unité de gestion des ressources aquatiques et aquaculture, dirigée par le Pr Michaël Ovidio, au sein de l’unité de recherche Focus. Le service, qui compte 17 personnes, était jusqu’ici réparti entre deux sites : l’Institut de zoologie à Liège et les installations en bordure de la centrale de Tihange. Mais la situation dans la région hutoise devenait intenable. Suite aux normes de sécurité renforcées après l’accident de Fukushima, un mur d’enceinte a été construit autour du site nucléaire, condamnant les grands bassins d’aquaculture extérieurs. « Nous avons pu en réinstaller quelques-uns, plus petits, dans un bâtiment annexe hors du périmètre, mais cela limite drastiquement nos capacités de recherche », explique la Dr Carole Rougeot, responsable de l’équipe “aquaculture” à Tihange. Chercheuse active sur de nombreux projets de coopération avec le Sud (au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Bénin), elle sera la responsable de la partie “aquaculture” de la nouvelle plateforme. Elle souligne l’importance de pouvoir, à Liège, reproduire dans de grands bassins de 2 m3 (jusqu’à 20 m³ de circuit recirculé) les conditions réelles de vie des poissons, une quasi-exclusivité en Europe. Et si le site est dédié principalement à l’eau douce, une partie sera consacrée à l’étude de l’élevage de crevettes marines. Ses projets de coopération l’amènent à expérimenter des systèmes économes en eau, et à envisager l’utilisation de farines d’insectes se substituant aux farines animales pour le nourrissage des poissons, une alimentation plus durable et économique. La nouvelle plateforme va offrir des infrastructures de pointe : bassins modulables, conditions de vie simulant le milieu naturel, systèmes intégrés de régulation de l’eau, suivi biologique, etc. « Nous pourrons y transférer les bassins de Tihange et en installer de nouveaux, plus grands », précise Michaël Ovidio. Objectif : faire évoluer l’aquaculture vers des modèles moins intensifs, moins énergivores, centré sur l’économie d’eau, la résilience, la durabilité environnementale et le bien-être animal. Le transfert des bassins depuis Tihange s’étalera sur plusieurs mois, le temps de réactiver les filtres biologiques, d’installer les systèmes de sécurité (oxygène, température, alertes automatiques). Mais les retombées sont déjà palpables. Car la dynamique de recherche attire déjà l’attention, avec des projets conjoints en Belgique, à l’international, et un fort potentiel d’innovation grâce aux synergies avec d’autres unités de recherche de l’Université. « Notre objectif est d’avoir un impact sociétal direct : former les pisciculteurs, proposer des solutions concrètes face aux maladies en élevage, et accompagner la transition vers des modèles plus durables », conclut le Pr Ovidio. Le service axe notamment ses recherches dans plusieurs domaines-clés : la maîtrise des techniques d’élevage et des cycles de reproduction, une meilleure connaissance de la biologie des poissons pour optimiser leur développement, la prise en compte du bien-être animal (une thématique encore émergente, mais cruciale pour limiter le stress et améliorer les conditions de vie en station) et le développement de systèmes durables et économiques en eau, tels que la recirculation, l’aquaponie, la polyculture ou encore la technologie Biofloc. L’aquaponie – élevage de poissons couplé à la culture de plantes, où les déjections des poissons servent de nutriments – est au cœur de plusieurs projets du service, notamment via l’ASBL Cerer Pisciculture. Ces systèmes circulaires sont promis à un bel avenir. ALTERNATIVE DURABLE À LA PÊCHE SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 35 UNIVERS CITÉ
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