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Officiellement, tout va bien. La Belgique est un pays particulièrement en pointe en ce qui concerne les droits des personnes lesbiennes, gays, bis, trans, queers, intersexuées, asexuées et toutes les minorités sexuelles et de genre reprises sous l’acronyme LGBTQIA+. En 2025, notre pays se situait même à la seconde place du classement ILGA-Europe, qui mène chaque année un recensement des droits de ces minorités en Europe. « Les droits des minorités LGBTQIA+ progressent en Belgique, c’est indéniable, admet Bastien Bomans, chargé de mission genre et égalité à l’ULiège, et président de la Maison Arc-en-Ciel de Liège. Et pourtant, en parallèle, on constate une banalisation des propos transphobes dans l’espace public, et ce même de la part de personnalités politiques ou de professeurs d’université. Récemment, encore, de jeunes gays ont été agressés à Liège, et ces actes sont en augmentation. Il y a donc un décalage réel entre le légal et le social. Or les lois ne sont réellement utiles que si elles se traduisent en actes dans la réalité du quotidien. » Dans le cadre d’un plan d’inclusion LGBTQIA+, le Service public de Wallonie “Action sociale et Intérieur” a commandé l’année passée une étude à l’ULiège sur les risques de précarité encourus par les personnes LGBT dans deux champs de compétences de la Région wallonne : le logement et la santé. Cette étude exploratoire conduite par Loïc Perrin, doctorant, et Juliette Renard, docteure en science politique, sous la direction du Pr Geoffrey Grandjean de l’Institut de la décision publique, vient ainsi et avant tout combler un manque de recherches sur ces thématiques en Région wallonne. « Contrairement aux pays anglosaxons, nous manquons encore de données et d’études systématiques sur les diverses formes de précarité vécues par les personnes LGBTQIA+ en Belgique, indique Juliette Renard. Et pourtant, alors que nos modèles sociaux ne sont pas comparables, nombre des conclusions de ces études rejoignent ce que nous avons constaté sur le terrain. » Une situation qui ne surprend pas Bastien Bomans, pour qui le rapport « reflète les besoins auxquels font face aujourd’hui les associations », et qui est due à une certaine vision du monde. « Les pratiques de la société sont construites autour de normes, insiste-t-il. Or il y a, aux marges de ces normes et dans lesquelles vivent les personnes LGBTQIA+, des angles morts qui ne sont pas ou peu traités. » Et Loïc Perrin d’ajouter : « Tant pour le logement que la santé, nombre des difficultés rencontrées découlent en grande partie d’une architecture des structures de protection sociale cisnormée et hétéronormée, c’est-à-dire construites par et pour les personnes binaires cisgenres et hétérosexuelles. » UNE CHAMBRE À SOI Pour mener à bien cette étude, Loïc Perrin et Juliette Renard ont sillonné la Wallonie afin d’aller à la rencontre des personnes concernées : des professionnel·les du secteur de l’accueil d’urgence, du logement, de la santé, ainsi que 11 personnes de la communauté LGBT qui ont accepté d’évoquer leur vécu. En tout, plus de 60 heures d’entretien, pour une recherche qualitative qui donne à voir l’éventail des difficultés auxquelles sont confrontées ces minorités en matière de logement et de santé. Précisons-le d’emblée : si le rapport porte spécifiquement sur l’expérience des personnes LGBT, c’est en raison d’une limite imposée par le cahier des charges du SPW, et non une volonté d’exclusion des personnes QIA+. Les chercheurs estiment par ailleurs que de futurs travaux s’intéressant aux réalités de ces personnes sont nécessaires. « Il n’est pas question de nier leur singularité, à l’image des personnes intersexes dont l’accès à la santé reste particulièrement précaire, précise Loïc Perrin. Les conclusions de notre rapport visent d’ailleurs une certaine intersectionnalité, avec des recommandations qui profitent à tout le monde. » Des recommandations qui concernent d’abord l’habitat. Le rapport met ainsi en évidence un phénomène invisible de sans-abrisme qui touche en particulier les jeunes, le couchsurfing. « Ce terme désigne les personnes qui, par manque de logement, vivent temporairement chez des membres de la famille ou chez des amis. La majorité des personnes que nous avons rencontrées ont été confrontées à des épisodes de couchsurfing durant leur vie, souvent à la suite SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 39 OMNI SCIENCES

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