d’une rupture familiale, dévoile Juliette Renard. Et cet hébergement précaire et temporaire expose la personne concernée au stress permanent d’être expulsé. De plus, en l’absence d’adresse postale privée, l’acquisition des droits sociaux peut être plus difficile à obtenir. » Ce phénomène, mal connu, est amplifié par le manque de structure d’accueil des personnes LGBTQIA+. La Wallonie ne compte en effet que deux refuges dédiés à ces minorités, à Liège et à Charleroi, et ces derniers n’accueillent que de jeunes âgés de 18 à 25 ans. Le rapport plaide pour un abaissement de cette limite d’âge. « L’un des moments charnières dans la vie des personnes LGBTQIA+ est précisément l’adolescence, où l’on est susceptible de faire son “coming out” vis-à-vis de ses parents notamment, explique Bastien Bomans. Si cela se passe mal, les jeunes n’ont plus d’endroit sûr où se réfugier. » Loïc Perrin et Juliette Renard notent par ailleurs que le système social n’est pas adapté à la situation des jeunes LGBT. « La rupture familiale ne signifie pas que l’adolescent est banni manu militari par les parents, constate Juliette Renard. Très fréquemment, les jeunes quittent le domicile parce que la situation est devenue invivable. Il s’agit donc d’un départ contraint, mais qui n’est pas présenté comme tel. Or les structures d’aides sociales – parce qu’elles méconnaissent cette réalité – ne comprennent pas toujours qu’un retour au domicile familial est inenvisageable. » Faute de refuges ad hoc, les personnes en détresse peuvent faire appel aux services généralistes d’accueil et d’hébergement d’urgence. Mais ces derniers ne sont guère adaptés à cette population. « Il s’agit de structures genrées, non conçues pour les personnes transgenres qui ne s’y sentent pas en sécurité, car elles peuvent subir des violences et des discriminations, observe Loïc Perrin. Et le personnel n’est pas ou peu formé pour gérer ces questions-là. » Et Bastien Bomans d’ajouter : « Les personnes LGBTQIA+ en demande de protection internationale y sont particulièrement vulnérables. En effet, elles peuvent se retrouver dans des centres en compagnie de compatriotes qui partagent des préjugés LGBTQIA+phobes, ceux-là mêmes qui expliquent leur exil. Elles se retrouvent alors confrontées à de la violence, y compris du système qui se contente souvent de les déplacer d’un centre à l’autre, sans forcément remettre en cause ces préjugés. » Les auteurs notent par ailleurs que les refuges LBGTQIA+ souffrent d’un manque de financement structurel et recommandent que les abris de nuit soient plus étroitement en contact avec les associations LGBTQIA+. Le rapport révèle encore la persistance, malgré la législation, d’une discrimination par les bailleurs lors de la location d’un logement. « C’est un problème qui est difficile à traiter, et ce d’autant plus que nous faisons face en Wallonie à une importante crise du logement, déplore Juliette Renard. Il y a souvent de nombreux candidats et candidates pour un seul appartement et il est ainsi aisé pour un bailleur d’opérer une discrimination. C’est pour cette raison que nous recommandons un encadrement des loyers. Et il est important de noter que cette mesure profitera à tout le monde, et pas seulement aux personnes LGBT. » UNE SANTÉ FRAGILE Or, l’absence de logement stable favorise la survenue de problèmes de santé. Les médecins généralistes contactés dans le cadre du rapport observent ainsi que les personnes LGBT sont sujettes à une double fragilité : elles sont à la fois dans un moins bon état général et moins bien prises en charge par les services de soins. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, mais le rapport pointe avant tout la prégnance de la cisnormativité et de l’hétéronormativité dans le système de santé. « Historiquement, la médecine a toujours entretenu des liens compliqués avec les identités LGBTQIA+, regrette Bastien Bomans. L’existence de la transidentité, par exemple, peut continuer d’être niée par le personnel médical, ce qui conduit à reproduire des formes de violence dans des lieux qui sont censés prendre soin. » De fait, l’homosexualité n’a cessé d’être pathologisée qu’à partir des années 1970, et la “transsexualité” n’est sortie de la liste des maladies mentales qu’à partir de 2013. Loïc Perrin et Juliette Renard soulignent également la vulnérabilité des personnes transgenres au cours de leur parcours de soins. Et ce, en raison SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 40 OMNI SCIENCES
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=