de la cisnormativité légale et institutionnelle qui imprègne différentes facettes du système de santé : l’infrastructure physique et informatique avec lesquelles les services doivent travailler, l’encodage de l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami) des soins prestés ou encore la question du suivi des dossiers de santé après une transition. « Tous les codes Inami sont conditionnés au genre de la personne, illustre Juliette Renard. Ainsi, un homme ne peut obtenir de remboursement pour une pathologie dite féminine, comme l’endométriose. Or, ce n’est pas parce qu’une personne transgenre a effectué une transition masculinisante qu’elle n’est plus touchée par ces pathologies. De plus, et de manière générale, une personne qui fait une transition administrative avant une transition médicale n’aura plus accès au remboursement de certains soins. » Outre ces difficultés, auxquelles s’ajoutent bien souvent des obstacles financiers – les dépenses liées à une transition de genre peuvent être très élevées – et physiques, du fait d’une disparité des structures de soins sur le territoire wallon, les auteurs du rapport notent que la charge informationnelle repose avant tout sur les épaules des patient·es. En effet, ces derniers et ces dernières sont souvent bien plus informé·es que les médecins sur les spécificités de leur prise en charge. « Le personnel soignant avoue un réel manque de formation des médecins sur ces thématiques, glisse Juliette Renard. Or, le personnel médical qui n’est pas informé du parcours de transition de ses patients ne sera pas capable d’interpréter correctement les résultats d’une prise de sang, par exemple. » Notre système de santé résume trop souvent la santé des personnes LGBTQIA+ à celle des homosexuel·les et à la prévention du VIH. « Notre rapport note ainsi un taux de consultation gynécologique beaucoup plus faible chez les personnes lesbiennes, relève Juliette Renard. Cela s’explique par une conception de la santé sexuelle des femmes encore limitée à une approche hétérosexuelle et reproductive. » Et même envers les personnes gays, le système peut s’avérer stigmatisant, avec un accès limité à la PreP. Cet acronyme, pour “prophylaxie pré-exposition”, désigne un traitement préventif qui empêche de contracter le VIH lors de rapports sexuels non protégés. Cependant, si tous les médecins peuvent le conseiller à leurs patients, ce traitement n’est remboursé que lorsqu’il est prescrit dans un centre conventionné. « Cela précarise d’autant plus les personnes LGBT des zones rurales, où ces centres sont moins facilement accessibles », estime Loïc Perrin. Et transforme un parcours de soins en un “parcours du combattant”, avec une charge mentale, administrative et financière énorme. Ce qui crée une méfiance envers le corps médical et, parfois, un renoncement aux soins. Bastien Bomans, lui, voit dans ces obstacles une des clés de la mauvaise santé mentale des personnes LGBTQIA+. « La santé mentale est une thématique de santé publique générale, mais il est vrai qu’elle est particulièrement aiguë chez les minorités sexuelles et de genre, avec des taux de dépressions, de stress et de suicides plus élevés que la moyenne. » Et le chargé de mission de l’ULiège de relever encore deux points sensibles : « Tout d’abord le “chemsex”. Il s’agit d’actes sexuels pratiqués sous l’influence de substances psychoactives, notamment entre hommes, et qui peuvent parfois mener à des situations médicales dramatiques. Le milieu médical reste très peu informé de ces réalités et des formations spécifiques pourraient améliorer la prise en charge des patients. Ensuite, il serait judicieux de contrer les “thérapies de conversion”, qu’elles soient médicales ou religieuses. Bien qu’interdites en Belgique depuis 2023, ces pratiques continuent à être mises en œuvre et participent à la détresse de nombreuses personnes. » Juliette Renard et Loïc Perrin plaident encore pour d’autres recherches : « Notre travail constitue une première étude exploratoire, uniquement qualitative, qui est loin d’être exhaustive, notamment à l’égard des personnes intersexes. » Loïc Perrin, Juliette Renard, Geoffrey Grandjean, “Les risques de précarité encourus par les personnes LGBT en matière d’accès au logement et à la santé en Région wallonne, rapport de recherche”, 2024. Le rapport de recherche ainsi qu’un résumé peuvent être consultés sur www.cite.uliege.be/ precarite-lgbt SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 41 OMNI SCIENCES
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