Quel est le poids de nos origines sociales et de nos rencontres dans les choix que nous posons et qui guident nos vies ? Sébastien Brunet, administrateur général de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps) en a une petite idée. D’extraction modeste, originaire de la région de Couvin dans la botte du Hainaut, une région « aujourd’hui encore en grande difficulté socio-économique », il a très tôt été sensibilisé aux « conditions qui fabriquent les rapports de domination ». Très attaché à la notion de service public et d’université d’État, Sébastien Brunet s’est orienté vers des études de droit et de science politique à l’université de Liège, avec l’objectif de comprendre « les phénomènes politiques qui régissent le vivre ensemble ». Il ne se destinait pourtant pas à devenir chercheur. Mais son mémoire de fin d’études, traitant du “rôle de l’Université comme outil de reproduction des inégalités sociales”, a été remarqué par la fondatrice du Spiral, la Pr Catherine Zwetkoff, qui a alors proposé au futur politologue de faire une thèse de doctorat. « Je crois que je ne savais même pas en quoi consistait réellement une thèse, s’amuse-t-il. J’avais avant tout besoin de travailler, et c’était pour moi une motivation suffisante. J’ai accepté d’emblée, et cette rencontre a été décisive pour la suite de mon parcours. » Ses premiers travaux ont concerné la question des biotechnologies modernes (tests médicaux, clonage, ou encore OGM) et leurs interactions avec la société. « J’ai étudié la manière dont ces nouvelles technologies se sont frayés un chemin dans notre quotidien, dans nos vies, et la réponse des pouvoirs publics face à la situation, relate-t-il. Et j’ai constaté que, souvent, les technologies s’imposent à nous sans véritable processus démocratique. » Cela a ouvert la voie au développement des “Science and Technology Studies” (STS) à l’ULiège, un domaine de recherche interdisciplinaire qui s’intéresse aux interactions entre science, technologie et société. Selon le chercheur, ces interactions reposent sur notre capacité à connaître et partager nos connaissances. « Si les acteurs à l’origine d’une technologie ne partagent pas les connaissances dont ils disposent, on assiste à des phénomènes dits de “capture”, argumente-t-il. Ces derniers se retrouvent alors en situation de monopole et peuvent alors capturer, orienter la réglementation dans le sens qui les arrange. Et si l’État ne se dote pas d’outils de contre-expertise suffisants, le public se retrouve à la merci des discours de ces acteurs. » Un exemple ? Le scandale dit du “Dieselgate”, qui a impliqué entre autres l’entreprise Volkswagen. « Il est clair que les constructeurs automobiles disposaient d’un savoir sur la pollution des moteurs diesels, savoir qui leur a permis de tricher en contournant les réglementations, indique le chercheur. Dans une démocratie, un des rôles des pouvoirs publics est donc de rendre possible la constitution de connaissances scientifiquement fondées pour faire primer l’intérêt général plutôt que les intérêts particuliers. » RISQUE ET PROSPECTIVE Très vite, les questions de la participation citoyenne se sont enrichies d’une autre notion : celle du risque. « Il s’agit d’une notion très importante, car elle permet d’identifier ce sur quoi on peut ne pas être d’accord (les risques sanitaires, sociaux ou économiques par exemple) lors de l’introduction d’une technologie dans l’espace public, indique le politologue. Au-delà des biotechnologies, cela concerne également tous les risques environnementaux ou industriels, comme l’usage des pesticides dans l’agriculture. Cette évaluation des risques est un instrument extrêmement intéressant pour comprendre les rapports de pouvoir. » Sébastien Brunet s’est emparé de cette question pour élargir ses recherches et celles du Spiral, dont il est devenu directeur lors du départ à la retraite de la Pr Catherine Zwetkoff, en 2006. En effet, sous son impulsion, le laboratoire est passé d’une approche thématique des risques, centrée notamment sur les biotechnologies et les nanotechnologies, à une approche plus globale et territoriale, avec un angle de plus en plus pratique. « Nombre de nos études étaient des recherches de terrain, et même pour certaines d’entre elles des recherches-action, c’est-à-dire transformant le réel sur lequel nous travaillions. Nous entretenions donc des contacts étroits avec les acteurs de ces terrains d’investigation », se souvient-il. Et le manque de culture du risque s’est avéré criant. « Nous nous sommes rendu compte qu’il manquait à la fois des connaissances et des dispositifs d’apprentissage en matière de crise et d’analyse des risques, estime-t-il. Aussi, à la faveur d’une nouvelle réglementation qui obligeait les communes à avoir sur leur territoire un fonctionnaire chargé de la planification d’urgence, nous avons lancé en 2008 le certificat “PlaniCom”, afin de former des membres de la société civile, comme les agents communaux, les policiers, les médecins, les pompiers, les militaires, ou encore les entreprises privées à la gestion de crise et la planification d’urgence. » SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 45 LE PARCOURS
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