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Les thématiques de recherche en prospective et en anticipation se sont ensuite imposées. « Travailler sur les risques, c’est finalement être dans une logique d’anticipation des événements dommageables et calculer la probabilité de les voir survenir, observe Sébastien Brunet. Mais au-delà du prévisible existent des risques que nous ne connaissons même pas ! Nécessairement, nous nous sommes donc posé la question de développer des outils qui permettent leur anticipation, et ce grâce à une méthodologie participative, interdisciplinaire, systémique et de très long terme qu’est la prospective. » Pour Sébastien Brunet, cette approche est très pertinente : « Nos sociétés favorisent le court-termisme. La tyrannie du temps présent, le développement technologique et son accélération dont nous sommes aujourd’hui témoins relèvent de cette logique qui nous asservit. Or, nous devons aussi être capables de nous projeter collectivement dans une réalité de beaucoup plus long terme, ne serait-ce que pour déterminer ce que nous souhaitons pour demain et après-demain. Malheureusement, se projeter soi-même ou collectivement dans les 20 ou 30 prochaines années suppose d’activer des liens de solidarité intergénérationnelle qui sont bien souvent absents au quotidien. Et le politique, dont cela devrait être le rôle, a beaucoup de difficultés à s’extraire du temps présent. » UN NOUVEAU CHAPITRE Au tournant des années 2010, Sébastien Brunet éprouve le besoin d’acquérir une autre expérience que celle de l’Université où il a passé l’essentiel de sa carrière. La prospective va alors devenir, pour lui, bien plus qu’un objet de recherches. En plus d’œuvrer à la création, en partenariat avec l’UCLouvain, d’un certificat interuniversitaire de formation à la démarche prospective, il s’éloigne de l’ULiège en 2011 pour l’Iweps dont il devient l’administrateur général. « Mon rôle au sein de l’Iweps est bicéphale, résume Sébastien Brunet. Un métier de statistique tout d’abord. Nous avons la mission légale de produire en Wallonie des statistiques fiables, transparentes et rigoureuses, et qui ont pour principale raison d’être d’éclairer le débat politique et démocratique. C’est important car dans ce monde de la post-vérité et des faits alternatifs, tout devient une opinion. Or, sans capacité à objectiver le réel, nous n’avons plus de socle commun sur lequel nous mettre d’accord. Et donc, si tout est opinion, il n’y a plus de débat démocratique possible. Mon rôle consiste à garantir que ce travail soit fait en toute indépendance professionnelle et dans le respect des standards scientifiques internationaux. Ensuite, nous avons une mission générale d’aide à la décision. Mission qui regroupe à la fois les métiers d’évaluation des politiques publiques et de prospective. Nous réalisons donc par exemple des travaux d’évaluation des grands plans wallons comme le Plan de relance et des travaux de prospective pour répondre aux attentes des usagers (le gouvernement, le parlement, les administrations, ainsi que les entreprises ou la société civile). » À ce titre, Sébastien Brunet met un point d’honneur à ce que les résultats des travaux de l’Iweps soient largement disponibles pour les citoyens, sous la forme de fiches statistiques, de rapports de recherche ou de formats plus digestes, comme des podcasts ou des webinaires en libre accès sur internet. « La publication des travaux est une condition essentielle de notre mission, insiste-t-il. L’Iweps est un institut scientifique public, qui est donc au service de toutes et tous. La libre disponibilité de la connaissance que nous produisons garantit que nous alimentons le débat démocratique, et que nos travaux ne sont pas instrumentalisés en fonction de leurs résultats. » Sébastien Brunet a toujours gardé des liens forts avec l’ULiège. Il y donne toujours plusieurs cours, dont certains qui lui tiennent particulièrement à cœur comme celui de “méthodes de prospective”. Partie théorique et travail pratique s’interpénètrent : en 2016, il a demandé à ses étudiants de produire des scénarios à propos de l’évolution du système politique belge en 2030. « Tous ces scénarios ont été déposés dans une capsule temporelle, scellée dans du béton au Sart Tilman à l’occasion de l’anniversaire des 200 ans de l’Université, sourit-il. Et en 2030, nous ferons, pour ceux qui le veulent, une séance de confrontation entre les scénarios et la réalité. Or, quand je vois l’accélération de phénomènes basculants, SI TOUT EST OPINION, IL N’Y A PLUS DE DÉBAT DÉMOCRATIQUE POSSIBLE SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 46 LE PARCOURS

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