LQJ 292

de la première élection de Donald Trump jusqu’aux dérèglements climatiques, en passant par la pandémie et la perte de biodiversité, je trouve qu’il y a quelque chose de vertigineux à se demander où nous serons tous, individuellement et collectivement, en 2030. » L’UNIVERSITÉ EN TRANSITIONS C’est sans doute cette passion pour l’anticipation qui l’a poussé à assumer le rôle de président du conseil scientifique du nouveau Laboratoire des transitions, créé en janvier 2025. Pour lui, ce laboratoire fait partie des actions mises en place par la rectrice, Anne-Sophie Nyssen, pour « inscrire l’ULiège dans une logique de transitions en lui donnant réellement les moyens de ses ambitions ». Pensé comme un centre de soutien à la recherche et à l’enseignement, le laboratoire se construit dans une triple perspective transdisciplinaire, prospective et transformative. « On ne peut pas penser les transitions dans toute leur diversité thématique (mobilité, énergie, alimentation), si on les pense d’un seul point de vue disciplinaire, estime Sébastien Brunet. Nous devons donc multiplier les angles d’approche et les regards. Et il est très important que ceux-ci ne soient pas uniquement scientifiques, mais qu’ils intègrent également ceux de la société civile, des entreprises et de l’administration. » Très attaché à la transdisciplinarité, le politologue est convaincu que ce dernier élément est susceptible d’avoir un impact sur le réel. « Faire de la transdisciplinarité, c’est être capable d’écouter ce que l’autre vient suggérer, déclare-t-il. Et les connaissances de terrain, provenant des experts d’usage, ont autant de valeur que celles qui proviennent de la science. L’idée consiste donc à réunir des équipes de recherche de disciplines très différentes avec des personnes issues de l’entreprise, de la société civile ou de l’administration, et de les faire travailler ensemble de manière à avoir sur le terrain un impact transformatif. » Pas question, donc, de financer de nouveaux projets de recherche destinés uniquement à accumuler plus de savoirs sur ce monde qui vient. « Aujourd’hui, si nous avons suffisamment d’informations sur ce qui nous attend et sur les solutions potentielles à mettre en place, il faut aller une étape plus loin…, insiste le chercheur. Nous devons transformer le réel, convertir les institutions et les territoires, impacter les acteurs des transitions. Et si j’ai accepté la présidence du conseil scientifique du laboratoire, c’est dans la perspective d’y injecter une dimension méthodologique prospective. Nous devons en effet intégrer la perspective du temps long dans nos réflexions et nos actions. » Le premier appel “transitions” a permis de sélectionner trois projets de recherche traitant respectivement de la gestion des infrastructures vieillissantes en béton armé (projet “Concrete transitions: Material transitions: rethinking aging infrastructures in the face of the deterioration of reinforced concrete”, soumis par le Pr associé Pierre Delvenne), du numérique et de ses impacts sur les vulnérabilités sociales (projet “Information Technology in Healthy Ageing”, du Pr. Félix Scholtes) et du développement des pratiques de gestion durable du territoire (projet “Échos-Semois : Vers un observatoire écocitoyen, transdisciplinaire et prospectif pour penser et accompagner les coévolutions des vivants dans la vallée de la Semois”, de Dorothée Denayer, chargée de cours). « Un second appel à projets sera prochainement lancé afin de soutenir d’autres initiatives nous permettant de penser aujourd’hui pour éviter de panser demain », indique le chercheur. Si le pire n’est jamais certain, Sébastien Brunet, lui, cherche par tous les moyens à l’éviter. * Podcast “À la source” qui retrace le parcours de Sébastien Brunet www.podcasts.uliege.be/sebastien-brunet LABORATOIRE DES TRANSITIONS Le Laboratoire des transitions sera inauguré le 14 octobre à 18h, salle académique, place du 20-Août, 4000 Liège. Avec les interventions de Sandrine DixsonDeclève, co-présidente du Club de Rome jusqu’en 2024, spécialiste des politiques climatiques et du développement durable et Éric Lambin, professeur à l’Université de Stanford et à l’UCLouvain, expert mondial des interactions entre activités humaines et environnement. * inscriptions sur www.news.uliege.be/laboratoire-transitions SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 47 LE PARCOURS

RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=