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pythagoriciens étaient convaincus que la Terre était ronde, influencés par le concept de la sphère comme forme parfaite. L’astronomie, du moins celle d’antan, se distingue par cette connexion constante avec la philosophie : l’idée que les étoiles forment une couche (la Voie lactée) a été formulée par le philosophe Kant. À l’époque, les disciplines n’étaient pas cloisonnées : les penseurs étaient polymathes, ils s’intéressaient à tout. » Le lien entre philosophie et astronomie s’est affaibli avec la spécialisation croissante des disciplines depuis le XXe siècle. « Les chercheurs se concentrent désormais sur des domaines techniques pointus, et regardent moins ce qu’il y a autour. Leur champ de vision s’est rétréci », regrette Yaël Nazé. Yaël Nazé, Explorer le ciel, les planètes et la Terre, Odile Jacob, Paris, mai 2025 est peuplé de nombreuses galaxies. « Ces découvertes ont joué un rôle clé dans la réflexion de Georges Lemaître, qui fut le premier à proposer un modèle d’Univers en expansion. L’astronome belge démontre qu’il existe une signature observable de cette expansion : la vitesse à laquelle les galaxies s’éloignent est proportionnelle à leur distance. Cependant, sa publication en français passe largement inaperçue dans la communauté scientifique internationale. Deux ans plus tard, en 1929, l’Américain Edwin Hubble établit empiriquement la même relation distance-vitesse et la publie en anglais, donnant naissance à ce qui sera longtemps connu comme la loi de Hubble. Une réévaluation historique a depuis reconnu la contribution de Lemaître, et la relation est aujourd’hui nommée loi de Hubble-Lemaître. » En 2011, trois scientifiques américains ont reçu le prix Nobel de physique pour avoir montré, grâce à leur étude des Supernovae, que l’expansion de l’Univers n’est pas constante, mais s’accélère au fil du temps. ASTRONOMIE ET PHILOSOPHIE De tout temps, l’astronomie nous a appris à penser. « Depuis la Terre, on observe le ciel qui bouge, les éclipses, le mouvement des planètes. Chercher à comprendre ces phénomènes nous pousse à faire évoluer notre manière de voir le monde. À chaque étape, les découvertes ont des répercussions philosophiques. Placer le Soleil au centre du système solaire, puis réaliser que ce dernier n’est même pas au centre de la galaxie, remet forcément en question notre place et notre importance dans l’Univers. Lorsque la Terre est reconnue comme une planète parmi d’autres en orbite autour du Soleil, cela ouvre la voie à la question de la pluralité des mondes. Si la Terre abrite la vie, pourquoi pas les autres planètes ? », explique la chercheure titulaire du cours d’évolution des idées à l’ULiège. Cette question a gagné en importance avec la découverte d’exoplanètes – notamment celles du système TRAPPIST-1. Entre 2016 et 2017, Michaël Gillon et son équipe de l’ULiège ont identifié sept planètes de taille terrestre gravitant autour d’une étoile située à 40 annéeslumière du Soleil. Certaines se trouvent dans la zone dite d’habitabilité de leur étoile, où la présence d’eau liquide est possible. Les réflexions philosophiques peuvent être à la fois une conséquence et un moteur des découvertes astronomiques. « Un moteur, car certaines observations naissent de questions philosophiques. Par exemple, les SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 52 OMNI SCIENCES

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