AU SERVICE DE L’ARCHÉOLOGIE Alice Thise, doctorante en architecture, étudie l’impact des jeux sérieux sur la communication et les connaissances du patrimoine architectural. Le volet pratique de son mémoire portait déjà sur la réalisation d’un serious game à destination d’étudiants âgés de 16 à 25 ans. « Nous nous sommes focalisés sur la tombe de Sennefer, noble et maire de Thèbes sous le règne d’Amenhotep II, il y a 3400 ans, explique la chercheuse. Le joueur entre dans la peau d’un architecte et dialogue avec Sennefer, pour excaver sa tombe. Il s’agit d’un jeu à choix multiples, où chaque étape est accompagnée d’informations utiles : le choix du site d’implantation, l’orientation, la réalisation… Il familiarise ainsi l’étudiant à un type d’architecture peu connu. Il s’agit en effet d’une tombe hypogée, creusée dans le flan d’une colline plutôt que construite. Le joueur reçoit tous les principes d’excavation, les outils utilisés, les corps de métier convoqués, etc. » Dessins, plans de coupes, modélisation 3D, questionnement sur les pratiques de construction, etc., ce sont bien ses études d’architecture qui ont orienté Alice Thise dans la conception du jeu. D’autres travaux la précédaient également. Une première modélisation de la tombe avait été réalisée par un ancien étudiant, Philippe Sadzot, afin d’en saisir l’ambiance lumineuse. Elle a pu pousser les paramètres de la modélisation plus loin, notamment pour visiter la vallée ainsi que la tombe à différentes étapes de réalisation, et à différentes époques : du temps de Sennefer et aujourd’hui. Un moyen pour rassembler et exprimer un savoir complexe, que les archéologues découvrent par petites bribes. « En faire un jeu permet de repartir de zéro et de comprendre chaque étape d’une construction, d’en réordonner la chronologie, intervient Pierre Hallot. L’étude de la tombe a nécessité le concours d’égyptologues, d’historiens de l’art, d’archéologues, d’architectes, de spécialistes de la botanique antique, etc. Il restait à se poser des questions de construction, de définition des espaces, d’aspects techniques, etc. » Le jeu a été sélectionné pour faire l’objet d’une publication dans les annales de la conférence du Cipa, organisé par le Conseil international des monuments et des sites (Icomos). LES APPORTS DE L’ARCHITECTURE L’architecte Loïs Moray, quant à lui, alimente un blog dans lequel il analyse de nombreux jeux vidéo selon les grilles de lecture et le langage de sa profession. Y sont convoqués les principes de coupe, de plan, d’espace libre, de lumière, de perspective, de cheminement, d’organisation spatiale… Autant de moyens de voir ce que l’architecture peut apporter au jeu vidéo. SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 64 OMNI SCIENCES
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