qui équivaudrait à une perte de 25 % du montant de leur pension. On vous présente comme des enfants gâtés… C.G. : Le gouvernement Arizona a bien réussi son coup en effet, en faisant passer les professeurs d’université pour les grands privilégiés de notre société. Il est par ailleurs facile, de la part du gouvernement actuel, de dire qu’il s’agit d’une mesure temporaire puisque, d’une part, les décisions futures ne dépendront pas de lui et que, d’autre part, nous savons que revenir en arrière sera presque impossible. Ce qui est particulièrement choquant, c’est la remise en cause du service public et, parallèlement, le soutien au secteur privé qui gère les pensions complémentaires. L’objectif d’une société dotée de services publics solides, qui favorisent l’égalité entre les citoyens et les protègent est remis en question. Le gouvernement veut construire une société dans laquelle les individus devront se débrouiller eux-mêmes. Il présente en outre les universitaires comme une frange privilégiée de la société. C’est vrai, mais seulement en partie. On ferait bien de réfléchir à l’effet “plafond” de ces réformes. En effet, si le professeur d’université perçoit une pension rabotée, que va-t-il advenir des autres ? Si on dégrade le niveau de pension des fonctionnaires, cela créera des effets en cascade dans tous les secteurs. Vers le bas. Q.D. : Il y a plusieurs niveaux de réponse à la critique selon laquelle nous sommes des privilégiés qui ne veulent faire aucun effort. Tout d’abord, on ne sait pas de quelle ampleur sera l’effort demandé puisque cela dépend du niveau d’inflation que nous aurons demain. Le gouvernement demande donc un effort mais sans garde-fou en cas d’emballement de l’inflation, par exemple comme lors de la crise sanitaire. Par ailleurs, les réformes annoncées auront un impact non seulement sur les hauts fonctionnaires, mais aussi sur les plus modestes. Comment ? Par le biais de la suppression des tantièmes préférentiels qui bénéficient encore à certains, mais aussi et surtout par la révision du traitement de référence pour le calcul du montant de la pension. Jusqu’à présent la pension des fonctionnaires est calculée sur la base du traitement moyen des dix dernières années de carrière. Avec la réforme, il y aura un alignement sur le régime des salariés et des indépendants et ce sont les rémunérations de l’ensemble de la carrière qui seront alors prises en compte. Le poids des premières années, moins bien rémunérées, va être bien plus grand qu’auparavant. En réalité, c’est l’ensemble des spécificités du régime des fonctionnaires qui est amené à disparaître. Or, on le remarque peu, ce régime est très original. Il est éloigné de la logique du marché du travail, de cette fiction selon laquelle le travail serait une marchandise. Fondamentalement, il repose sur la conception de la rémunération comme d’un droit attaché à la personne, même après la fin de son activité professionnelle, au-delà de son départ à la retraite. En le faisant disparaître, c’est aussi cet exemple en acte d’une autre manière de penser le travail qui s’évanouit. Enfin, toucher aux pensions des professeurs et plus largement à celles du personnel de l’Université, c’est affaiblir l’institution universitaire. Une institution déjà fragilisée financièrement en Communauté française en raison de cette “enveloppe fermée” qui ne gonfle pas au même rythme que les cohortes d’étudiants. On parle également d’une suppression de l’exemption de précompte professionnel pour les chercheurs, ce qui constituerait une perte nette pour l’Université. C’est aussi pour cette raison que l’on réagit, en tant que membres de cette institution fragile et fragilisée. Personnellement, je ne voudrais pas d’un modèle comme celui qui se développe de manière spectaculaire en France, où les insuffisances des universités créent un espace dans lequel s’engouffrent des acteurs privés à but lucratif. C.G. : Nous sommes face à un gouvernement qui prend des décisions qui affaiblissent et la justice et l’enseignement. Et que propose-t-il à la place ? Des fonds de pension ? LQJ : Vous pointez également le danger d’un découplage entre universités francophones et néerlandophones. En Flandre, des dispositions ont déjà été prises au sein des universités pour pouvoir bénéficier d’une aide de la Région flamande. C.G. : En effet. Les discussions sont en cours, nous dit-on, afin que la Communauté flamande prenne en charge une partie du dé-financement. Ce qui est impensable du côté de la Communauté française où les caisses sont vides. Q.D. : Les universités flamandes – ou la Communauté flamande – ont en effet l’ambition de mettre en place un second pilier le plus rapidement possible, y compris pour les académiques. Ce n’est pas encore fait. D’ailleurs, juridiquement parlant, pour le personnel statutaire, il faut d’abord modifier la loi. Mais il y a certainement une majorité au Parlement pour le faire. SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 68 LE DIALOGUE
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