LQJ 292

LQJ : Le gouvernement part du constat que “la viabilité des pensions belges est sérieusement menacée, [...] que la Belgique risque de se retrouver dans une situation où elle ne sera plus en mesure de faire face à ses obligations en matière de pension sans augmenter sensiblement les impôts ou sans coupes sombres dans d’autres postes budgétaires”. On joue à se faire peur d’après vous ? Q.D. : Nous faisons face à une réalité indéniable : la population belge vieillit. Ce qui signifie que l’espérance de vie s’allonge et que le nombre de personnes âgées au sein de la société grandit (l’un ne va pas forcément avec l’autre : l’allongement de l’espérance de vie pourrait coïncider avec une forte natalité). Ce vieillissement démographique rend-il les pensions impayables dans le futur ? Scientifiquement, aucune réponse absolue n’est possible. Car cette question touche en fait à des options politiques essentielles telles que celle de la répartition des richesses produites au sein d’un État. Sachant que la composition de la population change, il est donc certain que de nouveaux choix sont à poser. Mais dire que la seule voie à prendre pour assurer la “viabilité” des pensions est celle proposée par le gouvernement est une affirmation politique, comme de juste, et pas scientifique. Les retraités ou ceux qui sont sur le point de l’être existent ; il faut bien en tenir compte. Que leur propose-t-on ? Une fin de vie limitée à pas grand-chose avec la responsabilité individuelle de chercher de quoi améliorer la pension légale ? Ou fait-on le choix collectif de prémunir chacun d’une chute du niveau de vie après la retraite ? Un mot aussi sur la stratégie de développement d’un second pilier de pension prônée par le gouvernement actuel (et d’autres avant lui). Cela permet effectivement de soulager l’État d’une partie de ses dépenses en matière de pensions puisque, si le second pilier est renforcé, alors les pensions légales à charge de l’État peuvent baisser sans qu’on perde (trop) en taux de remplacement global des pensions. J’apporterais toutefois deux précisions importantes. Premièrement, comme je l’ai déjà expliqué plus haut, le second pilier coûte à l’État aussi puisqu’il le subventionne. Deuxièmement et surtout, dans les deux cas, il faut bien aller chercher l’argent quelque part pour le donner aux retraités. Dans un cas, cet argent est prélevé et redistribué par l’État. Dans l’autre, il est prélevé par les employeurs et redistribué par d’autres moyens. L’argent, il n’y en a pas forcément moins ou plus dans l’un des deux modèles. Simplement, il passe par d’autres circuits. Quand on développe un second pilier, on développe donc aussi des acteurs financiers (des “fonds de pension”) qui finissent par gérer des mannes financières énormes et qui deviennent de ce fait des acteurs structurants et très influents de l’économie. C’est ce modèle qui domine notamment aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, aux ÉtatsUnis. On voit bien qu’on dépasse là la simple question de la soutenabilité des dépenses publiques et qu’on doit plutôt se poser celle du modèle économique que l’on favorise via un système de pension : un système avec des acteurs financiers hyper-puissants ou un système dans lequel l’argent des pensions n’a pas besoin d’être accumulé et valorisé sur les marchés financiers parce que reposant sur un flux continu entre les cotisants et les pensionnés. Ce dernier correspond à notre système actuel, dit “en répartition”, qui finance les pensions légales. C.G. : Nous devrions faire l’hypothèse que l’incertitude autour de la situation aux États-Unis pourrait avoir des effets valorisant ce que l’Europe peut garantir, notamment en matière d’enseignement et de justice. Or, certaines décisions politiques vont en sens inverse. Elles sont prises très rapidement alors qu’elles remettent en cause ces garanties. Il n’y a pas du tout de progressivité dans les réformes gouvernementales. Il y a très peu de concertation. Se pose également la question de l’État fédéral belge : on voit bien que c’est un enjeu de ces réformes. Je suis étonnée que ce sujet soit si peu évoqué, que les partis francophones au pouvoir se prononcent si peu à cet égard. MANIFESTATIONS PRÉVUES À LA RENTRÉE • “Rentrée unie et en colère” en concertation avec les collègues de l’enseignement obligatoire et des Hautes Écoles de la région liégeoise. • Participation à la manifestation nationale du 14 octobre à Bruxelles, “De la crèche au doctorat”, cortège inter-universitaire et inter-enseignement. • Activités du mouvement “Université en colère“ à suivre sur Facebook et Instagram : @universitée_en_colere_uliege SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 2025 I 292 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 69 LE DIALOGUE

RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=