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Le Quinzième Jour Quadrimestriel de l’ULiège JANVIER-AVRIL 2026 I 293 L’OPINION Édouard Delruelle : liberté académique LE DIALOGUE Caroline Lamarche et Laurent Demoulin DOSSIER IA et enseignement À LA UNE L’écriture déchiffrée 293 I JANVIER-AVRIL 2026 I Le Quinzième Jour

Photos de couverture : Tablette fragmentaire de Konar Sandal - Jiroft museum Tablette scolaire de Susa - musée du Louvre, département des antiquités orientales - Gian Pietro Basello MEILLEURS VŒUX POUR 2026

Solidarité LA RÉDACTION Depuis près de deux ans, l’université de Liège, par la voix de ses autorités et de chercheuses et chercheurs, tente d’accueillir des confrères et consœurs de Gaza. Une voie rapide administrative, pour permettre aux scientifiques en danger de quitter leur pays d’origine : voilà ce que l’ULiège, comme d’autres universités, demande au gouvernement. Si une chercheuse gazaouie, Heba Abu Shammala-Abuabdou – qui avait pu s’installer au Caire avec sa famille avant la fermeture des frontières de la Bande de Gaza – a rejoint l’ULiège et a entamé, fin 2025, sa thèse en didactique des mathématiques, la situation de Basem Ahmed* reste désespérément au point mort, malgré tous les efforts déployés par l’Institution. Ce professeur de l’université palestinienne al Aqsa, père de cinq enfants et vivant dans des conditions dégradées, doit rejoindre l’ULiège pour un programme de recherche en traitement automatique des langues. Sélectionné parmi plus de cinquante candidats, il est toujours bloqué à Gaza, dont on ne peut sortir que sur demande expresse du gouvernement d’un pays d’accueil. La Belgique a décidé de solliciter uniquement l’évacuation de personnes (et de leur famille proche) ayant la nationalité ou le statut de réfugié belge. Aux dernières nouvelles, le ministère des Affaires étrangères n’a pas modifié sa politique, ne laissant pour le moment aucun espoir à la libre circulation des scientifiques sans lien familial avec la Belgique, même quand ils ont reçu visa et permis de travail. La situation, à la fois absurde et dramatique, prend les allures d’une spirale infernale. Outre la dimension d’aide humanitaire, mission sociétale essentielle, l’accueil de confrères et consœurs du monde entier au sein des universités est source d’émulation scientifique, d’échange d’expertises, réseaux et savoir-faire. À Gaza, le système universitaire était historiquement de haut niveau, héritage de collaborations internationales intenses. Aujourd’hui, la destruction délibérée des institutions d’éducation et de recherche et la disparition violente de trop nombreux chercheurs et professeurs – l’éducide reconnu par Amnesty International en mai 2024 – a transformé l’enclave en désert stérile. L’accueil des acteurs et actrices du monde universitaire au sein de nos institutions est primordial si nous souhaitons partager la recherche et soutenir l’avancée du savoir, remparts contre les obscurantismes, ici et là, et contribuer à la reconstruction, à terme, de la société gazaouie. ULiège, université hospitalière. Que 2026 réalise ce vœu. * lire en détails sur www.news.uliege.be/accueil-chercheurs-Gaza JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 3 L’ÉDITO

L’ÉDITO 3 A ccueil de chercheurs et chercheuses de Gaza L’OPINION 6 Édouard Delruelle, à propos de la liberté académique À LA UNE 10 Élamite linéaire déchiffrée OMNI SCIENCES 18 En deux mots 30 Autosuffisance alimentaire en Wallonie 32 Nouvelles lois de la physique 38 C artographie de régénération écologique 46 IA et enseignement 58 Sorties de presse 66 L’histoire des métaux 76 Donum, traité d’Ambroise Paré Sommaire Mahboubian Collection ULiège 293 I JANVIER-AVRIL 2026 I Le Quinzième Jour MMIL JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 4 SOMMAIRE

ALMA MATER 22 Alain Aspect, docteur honoris causa 28 Restaurants universitaires 34 Alumni en lumière 52 Visite à la menuiserie UNIVERS CITÉ 23 Concert de l’orchestre à cordes 24 Sport et racisme 36 Studio low-tech LE PARCOURS 42 Christine Bastin, mémoire vive V. Havelange N. Vandewalle J.-L. wertz L’INVITÉE 54 Christine Pedotti LE DIALOGUE 60 C aroline Lamarche et Laurent Demoulin FUTUR ANTÉRIEUR 70 Rétrovision 78 Petites mythologies uliégeoises MICRO SCOPE 80 Transition et durabilité LE KROLL 83 Écriture élamite JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 5 SOMMAIRE

Inscrire la liberté académique dans la Constitution 6 JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE L’OPINION

Pour Édouard Delruelle, professeur de philosophie politique, en faculté de Philosophie et Lettres, chargé de mission auprès de la Rectrice pour “outiller” l’ULiège face aux conflits globaux, la liberté académique est essentielle mais menacée. Or elle concerne autant les chercheurs que les citoyens qui en sont les destinataires finaux. Il plaide pour une mobilisation autour de cette question. CARTE BLANCHE ÉDOUARD DELRUELLE - PHOTO JEAN-LOUIS WERTZ En septembre dernier, l’université de Berkeley, temple historique de la liberté de pensée, a accepté de livrer à l’administration Trump une liste d’étudiants et de professeurs suspectés d’“antisémitisme” en raison de leur engagement en faveur de la cause palestinienne. Dans cette liste figure la philosophe Judith Butler, docteure honoris causa de l’université de Liège. Qui aurait imaginé, il y a un an à peine, que les universités les plus performantes et les plus prestigieuses au monde seraient l’objet d’attaques aussi violentes de la part du pouvoir politique, et qu’elles céderaient si prestement à ses intimidations et injonctions ? Que des programmes de recherche essentiels pour l’avenir de l’humanité dans les domaines de la santé ou du climat seraient démantelés ? Que les chercheurs en sciences humaines et sociales devraient bannir de leur vocabulaire des termes tels que diversité, égalité, inclusion ? Pourtant, nous avions tort de penser que ces atteintes brutales à la liberté académique ne pouvaient avoir cours que dans les régimes autoritaires. Cela fait plusieurs années que l’Academic Freedom Index enregistre une dégradation de la liberté académique en Europe1. Intrusion du management dans la gouvernance universitaire, culture de la “post-vérité“ sur les réseaux sociaux, ciblage d’intellectuels critiques par l’extrême droite, stigmatisation d’un prétendu “wokisme“ que propageraient les études de genre, décoloniales ou LGBTQIA+ : ces offensives ne sont pas neuves, et elles touchent aussi la Belgique2. Mais un coup d’accélérateur a indéniablement été donné cette année 2025, avec les coupes budgétaires dans la recherche décidées par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, une réforme des pensions cataclysmique, avant d’autres mesures annoncées sur le précompte chercheur ou le statut de fonctionnaire. Les Mouvements Stand Up for Science au niveau mondial, ou “Université en Colère” chez nous, témoignent de l’inquiétude de la communauté universitaire face aux menaces qui pèsent sur la liberté académique. Ces menaces sont multiples. On peut schématiquement en identifier quatre : 1. les menaces politiques provenant de gouvernements et de mouvements politiques déterminés à contrôler idéologiquement la production et la diffusion des connaissances ; 2. celles que font peser sur la science la logique économique de marché – rentabilité, compétitivité, privatisation de la recherche, avec comme conséquences, entre autres, la précarisation grandissante des chercheurs et le découplage de l’excellence scientifique et de la liberté académique3 ; 3. l’emprise des technologies du numérique et leur l’impact sur la propriété intellectuelle, l’autonomie pédagogique, l’esprit critique ou la créativité (fake news, IA mobilisée à des fins de propagande, intrusion des réseaux sociaux dans les débats académiques, etc.) ; 4. la propagation d’un “sciento-populisme” au sein d’une opinion publique de plus en plus polarisée et critique à l’égard des élites (intellectuelles, judiciaires, journalistiques, etc.). Ces menaces se conjuguent le plus souvent : la censure politique d’un Trump s’exerce par la pression économique, la tech numérique délégitime la science auprès des internautes, les impératifs financiers justifient la mise au ban des savoirs critiques. Aucun domaine de recherche n’est épargné : les sciences humaines et sociales sont attaquées en raison de leur prétendue dangerosité idéologique ou de leur inutilité économique présumée mais les STEM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques) sont aussi menacées d’êtres instrumentalisées comme simples vecteurs de puissance géopolitique, comme c’est déjà le cas en Russie ou en Chine. 1 https://academic-freedom-index.net/ 2 Symptomatique à cet égard, la publication du centre Jean Gol, directement inspirée par le néoconservatisme américain : “Le wokisme : ce nouveau totalitarisme dont on ne peut prononcer le nom” (2023) 3 La liberté académique est ainsi absente des critères utilisés par le classement Shangai Jiatong. JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 7 L’OPINION

La recherche scientifique évolue dorénavant dans un warscape4, c’est-à-dire un espace traversé par la violence politique, sociale et économique, et où les rapports de pouvoir et de savoir sont complètement reconfigurés. Trois modalités de ces rapports se dégagent : 1. la guerre contre la science menée par ceux qui veulent la destruction de l’autonomie des universités et de la libre recherche (en même temps que celle de la démocratie) ; 2. la guerre dans la science, du fait des fractures au sein de la communauté universitaire elle-même autour de questions controversées telles que le colonialisme, le conflit israélo-palestinien, le transgenrisme, etc. ; 3. la science face à la guerre, qui soulève la question des collaborations “à risques”, notamment avec l’industrie de l’armement ou avec des partenaires internationaux potentiellement impliqués dans des violations du droit humanitaire – question très polarisante, comme l’a montré à l’ULiège la polémique autour de la chaire Thalès. UNE CULTURE CITOYENNE C’est dans cette perspective que la liberté académique, j’en suis convaincu, doit être défendue et protégée, non par corporatisme, mais parce qu’elle est la condition de tout développement scientifique comme de tout État de droit et de toute démocratie. Telle est aussi la conclusion du remarquable rapport publié récemment par Sophie Balme pour France-Universités, qui propose une “stratégie globale” de renforcement de la liberté académique en 65 propositions5. Comment créer une véritable culture professionnelle, politique et surtout citoyenne autour de la liberté de recherche et d’enseignement ? Une culture citoyenne surtout, car l’une des raisons pour lesquelles Trump peut attaquer si brutalement les universités est l’hostilité d’une grande partie de l’opinion publique américaine à l’égard d’un monde universitaire jugé arrogant, coupé des réalités et entretenant un système de reproduction sociale financièrement inaccessible au plus grand nombre. Nous devons éviter de nous retrouver dans cette situation. La première des 65 propositions de Sophie Balme est d’inscrire la liberté académique dans la Constitution française. Pourquoi pas aussi en Belgique, qui suivrait ainsi l’exemple de l’Italie ou de l’Allemagne (dont on sait quelles tragédies historiques ont été à l’origine de leurs constitutions d’après-guerre) ? Ouvrons le débat. Certains constitutionnalistes objecteront que si la liberté académique ne figure pas formellement dans le texte constitutionnel, elle est néanmoins explicitement reconnue par la jurisprudence de la Cour constitutionnelle6 et de la Cour européenne des droits de l’Homme7, et qu’elle est en outre consacrée par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, un texte qui est au sommet de la pyramide normative et d’application directe dans notre droit national8. D’un point de vue juridique, ma proposition serait comme un coup d’épée dans l’eau. On répondra toutefois que presque toutes les libertés fondamentales sont dupliquées aux deux niveaux normatifs, européen et national, ce qui renforce leur effectivité juridique et leur portée symbolique. Mais surtout, le processus politique de révision de la Constitution qu’il faudra parcourir serait l’occasion d’une large mobilisation du monde académique et, espérons-le, de la société civile, et d’un débat démocratique autour de la liberté de recherche et d’enseignement9. Ce débat obligerait les partis politiques à se positionner et à en tirer les conséquences sur les plans programmatique et législatif. Et il représenterait une belle opportunité de solidarité et d’échange entre acteurs et actrices de la recherche au nord et au sud du pays. UNE LIBERTÉ SPÉCIFIQUE ET COMPLEXE Ce débat serait surtout l’occasion de s’interroger sur la spécificité et la complexité de la liberté académique. Spécificité par rapport à la liberté d’expression, dont jouit tout citoyen et qui l’autorise à dire ce qu’il veut10, y compris des choses idiotes et insignifiantes – ce dont un grand nombre ne se prive pas. Tandis que la liberté académique est un outil au service d’une finalité qui dépasse son bénéficiaire : la recherche de la vérité sans contraintes (une belle définition du philosophe Paul Ricoeur). 4 Tobias Hagmann, “The geography of warscape”, Third World Quarterly 31 (2010) 385-99 5 Sophie Balme, Défendre et promouvoir la liberté académique. Constats et 65 propositions d’action, France-Universités, 2025 (disponible sur https://france-universites.fr) 6 « Les enseignants et les chercheurs doivent jouir, dans l’intérêt même du développement du savoir et du pluralisme des opinions, d’une très grande liberté pour mener des recherches et exprimer leurs opinions dans l’exercice de leur fonction. » (Cour constitutionnelle de Belgique, arrêt 167/2005 du 23/11 2005, B.18.1/), cf. Michel Pâques (2007), “Liberté académique et Cour d’Arbitrage“, in Liber amicorum P. Martens, Larcier, 399-418 7 Cécile Romainville (2016), “La liberté académique devant la Cour européenne des droits de l’Homme”, Revue interdisciplinaire d’études juridiques (77), 33-58 8 Article 13 : “Les arts et la recherche scientifique sont libres. La liberté académique est respectée.” 9 Cette “campagne” pourrait aussi concerner la liberté artistique, car les textes de références, dont la Charte, associent les deux libertés. 10 Hors des atteintes à la loi telles que l’incitation à la haine, la calomnie, etc. JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 8 L’OPINION

Une finalité qui nous impose des devoirs (à commencer par celui de nous soumettre au jugement de nos pairs). Complexité ensuite de la liberté académique, qui est multidimensionnelle, comme en témoignent les cinq critères utilisés par l’Academic Freedom Index : la liberté de recherche et d’enseignement, la liberté de collaborer, d’échanger et de diffuser les données et les connaissances, l’autonomie institutionnelle des universités, l’intégrité du campus à l’égard des forces de l’ordre mais aussi des groupes militants violents et enfin la liberté d’expression académique et culturelle, y compris sur des questions politiques ou sociétales. De vrais enjeux se posent quant aux limites de chacune de ces libertés, et aux tensions qui peuvent exister entre elles, en particulier entre la liberté académique individuelle et l’autonomie des universités. Car pour garantir celle-là, celles-ci ne doivent-elles pas s’astreindre à une certaine “réserve institutionnelle” (un terme plus approprié que “neutralité”) sur les questions politiques ?11 Je le crois ; mais cette “réserve” est-elle encore de mise face à des violations caractérisées du droit international et du droit humanitaire ? C’est toute la complexité du débat autour des collaborations avec les universités israéliennes... RÉSISTANCE, NUANCE, RESPONSABILITÉ Comment faire de nos universités des espaces à la fois ouverts sur le monde et préservés de la violence qu’il engendre ? Des espaces de résistance à l’obscurantisme abyssal qui gangrène nos sociétés, de nuance contre les simplismes idéologiques, de responsabilité à l’égard des immenses défis environnementaux, sociaux, géopolitiques dont dépend l’avenir de l’humanité ? Ce qui arrive aujourd’hui au monde de la recherche doit faire réfléchir chacun d’entre nous sur son ethos académique, sur le mode de subjectivation qu’implique un exercice sans réserve mais responsable de la liberté académique. Mais cette réflexion doit aussi être collective, autour d’un objectif mobilisateur. C’est ce que je propose. La liberté académique dans la Constitution, ce n’est donc pas figer dans le marbre une vérité révélée, mais au contraire ouvrir le débat sur une liberté essentielle mais menacée, qui regarde tant les acteurs de la recherche que les citoyens qui en sont les destinataires finaux. Ce n’est pas non plus cantonner le débat au niveau belge, mais créer l’opportunité d’un mouvement à l’échelon européen, afin que la recherche y préserve son autonomie à l’heure où, en Chine et aux USA (et ailleurs), elle est désormais sous contrôle politique. Sophie Balme propose ici aussi des pistes d’action pour l’Union européenne, en termes d’investissements mais aussi d’outils concrets de mesure et de promotion de la liberté académique. Et bien sûr, nous devons continuer à manifester notre solidarité envers les chercheurs inquiétés ou opprimés partout dans le monde12. Pour atteindre ces objectifs, je suggère une double stratégie, par “en haut” et par “en bas”. D’un côté, un engagement des rectrices et des recteurs du nord et du sud (via le CREF (Conseil des rectrices et recteurs francophones) et le VLIR (Vlaamse interuniversitaire raad), en nouant aussi des alliances par-delà les frontières13. L’ULiège pourrait être le moteur d’un tel engagement, par la voix de la rectrice Anne-Sophie Nyssen. De l’autre côté, une mobilisation de nous tous, acteurs et actrices de la recherche, envers le monde politique et la société civile – une mobilisation qui prendrait la forme de pétitions, de colloques, de forums, mais aussi de production de savoirs14 (qui manquent cruellement dans le domaine francophone15). En tous cas, il est grand temps d’agir si nous ne voulons pas plier demain, à notre tour, devant les apprentis Trump qui pullulent autour de nous. 11 Cécile Laborde, “Sur le positionnement politique des universités”, AOC (2024) : https://aoc.media/analyse/2024/10/22/sur-lepositionnement-politique-des-universites/ 12 Solidarité dont le programme Scholars At Risk est l’instrument le plus connu. 13 Par exemple avec l’Institut Pasteur, dont la directrice, Yasmina Belkaid, faite docteure honoris causa de l’ULiège en novembre, est très engagée dans la défense de la liberté académique. 14 Édouard Delruelle a aussi obtenu un projet de recherches Welchange du FNRS pour financer une thèse de doctorat sur le thème: “La liberté académique en temps de conflits. Approche éthique et politique des atteintes à la liberté académique dans les sociétés dites démocratiques”. 15 Notons malgré tout l’Observatoire des atteintes à la liberté académique (https://www.afsp.info/activites/observatoire-oala/) L’OCCASION D’UNE LARGE MOBILISATION JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 9 L’OPINION

Sciences de l’Antiquité Breaking the code : l’élamite linéaire est déchiffré F. Desset François Desset tenant un fragment de céramique avec un décor peint, datant du IIIe millénaire av. J.-C. 10 JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE À LA UNE

Un jour, l’écriture fut. Elle a été inventée au Proche-Orient il y a environ 5300 ans. Aux côtés des hiéroglyphes égyptiens et du cunéiforme mésopotamien, l’élamite linéaire – probablement issu du proto-élamite – compte parmi les plus anciennes écritures connues. Si les deux premières ont été déchiffrées au 19e siècle, l’élamite linéaire, après plusieurs tentatives infructueuses au cours du 20e siècle, avait fini par être considéré indéchiffrable. Cette écriture appartenait à une brillante civilisation, celle de l’Élam, installée sur le haut plateau du sud de l’Iran actuel. Son usage est attesté entre 2800 et 1900 av. J.-C. par les artefacts découverts lors de fouilles archéologiques. L’élamite linéaire n’a jamais servi qu’à transcrire la langue élamite, un isolat linguistique. À la différence du cunéiforme de la Mésopotamie voisine, dont la grande souplesse permit d’écrire plusieurs langues, notamment le sumérien, l’akkadien, l’élamite, le hittite ou encore le hourrite. REMONTER LA PISTE En 2006, François Desset se trouve en Iran. Archéologue et philologue, il participe alors à des fouilles dans le cadre de sa thèse lors desquelles sont découvertes des tablettes d’argile avec des signes en élamite linéaire. Il se souvient : « L’équipe était à la fois excitée et embarrassée, personne n’étant spécialiste de cette écriture. Cela a éveillé mon intérêt. Ma thèse, initialement centrée sur l’urbanisme et l’architecture, a fini par inclure son étude, même si je n’ai jamais vraiment cru que j’allais parvenir à la déchiffrer. » À l’époque, seuls 24 signes avaient fait l’objet d’hypothèses, qui se sont avérées fausses pour la plupart. Au début du 20e siècle, le philologue Ferdinand Bork, spécialiste du cunéiforme, étudie la Table au Lion, un monument découvert en 1903 lors de fouilles à Suse – une ville majeure de la civilisation élamite, située à la frontière de la Mésopotamie (l’actuel Irak) – et conservé aujourd’hui au Louvre. La dalle porte une inscription digraphe (avec deux systèmes d’écriture représentés) : en élamite linéaire et en cunéiforme, cette dernière notant l’akkadien, langue parlée en Mésopotamie centrale au moins depuis le début du IIIe jusqu’au Ier millénaire av. J.-C. Grâce à la comparaison des textes, Bork parvient à identifier correctement la valeur phonétique de quatre signes en élamite linéaire. Attention, il ne s’agit pas d’une nouvelle pierre de Rosette. Pour mémoire, celle-ci portait le même texte en deux langues – égyptien et grec – gravé en trois écritures : hiéroglyphique, démotique et grecque. C’est en partie grâce à cette inscription bilingue que Champollion, maîtrisant le grec et le À l’instar de Champollion, François Desset, postdoctorant en sciences de l’Antiquité à l’ULiège, est parvenu à déchiffrer l’une des plus anciennes écritures du monde : l’élamite linéaire, utilisée il y a près de 4800 ans dans le sud de l’Iran actuel. Une découverte majeure, qui bouleverse notre compréhension de l’histoire du développement de l’écriture. L’ULiège abrite désormais le seul département au monde à travailler simultanément sur les trois plus anciens systèmes d’écriture de l’humanité : les hiéroglyphes, le cunéiforme et l’élamite linéaire. DOSSIER LAETITIA THEUNIS JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 11 À LA UNE

copte, put, en 1822, trouver la clé de déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens. En revanche, François Desset a démontré que les deux textes de la Table au Lion ne reproduisent pas exactement le même contenu. « Beaucoup de chercheurs ne s’en sont pas rendu compte et se sont cassé les dents », observe-t-il. Néanmoins, les deux textes contiennent des informations similaires : les noms du dieu tutélaire de Suse, Insoushinak, et du souverain Pouzour-Soushinak. Après les travaux de Ferdinand Bork, les avancées scientifiques demeurent longtemps limitées. « J’avais une petite base de départ, mais je n’étais pas certain de sa solidité », confie François Desset. LA COLLECTION MAHBOUBIAN L’un des principaux obstacles au déchiffrement d’une écriture est le nombre de textes disponibles. Au début des années 2000, à peine une vingtaine de textes en élamite linéaire étaient connus des chercheurs. François Desset adopte alors une démarche proactive pour enrichir ce corpus, qui en compte aujourd’hui 45. En 2004, la famille Mahboubian publie un ouvrage illustré présentant trois vases gravés de signes en élamite linéaire dans sa collection privée d’antiquités iraniennes. « Les experts de l’époque affirmaient que, comme ces objets ne provenaient pas de fouilles officielles, ils devaient être des faux et ne valaient pas la peine de s’y intéresser. Et ce, sans les avoir expertisés ! » Le chercheur refuse de se laisser enfermer dans cette vision et décide de donner une chance à ces pièces. Le livre ne montrait qu’une face des vases, alors que les inscriptions en faisaient le tour complet. Qu’y avait-il de gravé de l’autre côté ? « J’ai tenté de contacter les collectionneurs, en vain. Mais en 2011, lors d’un colloque à Cambridge où je faisais le point sur mes avancées – ou mes non-avancées – dans le déchiffrement de l’élamite linéaire, je me suis plaint de ne pas parvenir à accéder à la collection Mahboubian. Par chance, John Curtis, conservateur au British Museum, était dans la salle. Il connaissait la famille iranienne et m’a proposé d’initier le contact. » En octobre 2015, les Mahboubian ouvrent au chercheur les portes de leur résidence londonienne… et de leur coffre-fort. Outre les trois vases présentés dans le livre, ils lui montrent d’autres pièces. Pendant trois jours, François Desset photographie chaque objet sous tous les angles, prenant plusieurs centaines de clichés. Il obtient en outre l’autorisation de prélever de minuscules échantillons des parois brisées pour les envoyer en Italie afin de les faire expertiser. Résultat ? L’alliage – environ 90 % d’argent et 10 % de cuivre – correspond à celui d’autres objets en argent de la même époque, issus de fouilles régulières dans la région. La preuve de leur authenticité n’était pas irréfutable, mais assez solide pour que le chercheur prenne le risque d’intégrer ces vases à son corpus. Leur authenticité ne sera pleinement confirmée que deux années plus tard, en 2017, lorsque la clé de déchiffrement révélera que les inscriptions avaient un véritable sens, impossible à inventer par un faussaire. DÉCHIFFREMENT À L’ANCIENNE Avec ce corpus enrichi, François Desset progresse dans son enquête. Pour percer le code de l’élamite linéaire, il s’appuie sur la connaissance linguistique des lieux et sur les noms des rois et des dieux, à la manière de Champollion. Il ne recourt pas à l’IA qui, basée sur des connaissances existantes, est inutile pour une écriture totalement inconnue. Élément clé : la langue élamite a été transcrite dans deux écritures différentes, le cunéiforme et l’élamite linéaire. Ce phénomène est appelé digraphie. Comme le cunéiforme a été déchiffré au milieu du 19e siècle, il a permis d’accéder partiellement à cette langue morte depuis au moins un millénaire. « C’est comme si le français s’écrivait à la fois en alphabet latin et en alphabet cyrillique. Grâce aux textes en cunéiforme, je connaissais les noms des rois d’alors. Je les ai cherchés dans les textes en élamite linéaire et, par déductions logiques, j’en ai identifié certains. Ce qui m’a permis de lire certains signes. » Ces hypothèses ont ensuite été confirmées grâce à un fragment de tablette d’écolier en élamite linéaire, retrouvé au Louvre. Cet objet, comportant ce que le chercheur a analysé comme étant une portion d’un exercice de grille phonétique, lui a ouvert la voie pour déchiffrer les signes restants. Finalement, François Desset 12 JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE À LA UNE

a identifié un ensemble de 77 signes à valeur phonétique : cinq voyelles, 12 consonnes et 60 syllabes (combinaisons entre voyelles et consonnes). Il a validé sa clé de déchiffrement, entre autres, avec le vase de Marv Dasht [voir photo ci-contre], daté du IIIe millénaire av. J.-C. et conservé à Téhéran, dont il a pu lire intégralement l’inscription. En 2022, François Desset a publié avec ses collègues, dans la revue de référence de sa discipline, la méthode de déchiffrement de l’élamite linéaire ainsi que la description de sa grille phonétique, marquant une consécration dans sa carrière. Il prépare actuellement un ouvrage en trois volumes regroupant les 45 textes en élamite linéaire, chacun accompagné d’un commentaire linguistique et historique, révélant notamment les dimensions politiques et religieuses de la civilisation de l’Élam que l’on peut déduire de ces artéfacts bien souvent royaux. ÉCRITURE PHONÉTIQUE Les écritures fonctionnent selon deux systèmes : logogrammatique et phonétique. Dans le premier, un signe représente un concept ou un mot complet. Dans le second, un signe correspond à un son, c’est-à-dire à une voyelle, consonne ou syllabe. « Les écritures sont souvent un mélange des deux systèmes. C’est le cas des hiéroglyphes égyptiens et du cunéiforme mésopotamien », explique le chercheur. Pour faire un parallèle avec le français : en phonétique, on écrit “mille” en toutes lettres, alors qu’en logogrammatique, on note “1000” en chiffres arabes. On a longtemps pensé que l’élamite linéaire suivait les mêmes principes que les autres écritures connues. Les travaux de François Desset ont montré qu’il n’en était rien : l’élamite linéaire est entièrement phonétique. « Jusqu’ici, le protosinaïtique, développé dans la première moitié du IIe millénaire av. J.-C. dans la péninsule du Sinaï, était considéré comme la plus ancienne écriture purement phonétique. Mes recherches repoussent cette origine de près de huit siècles, situant la première écriture phonétique au monde dès 2300 av. J.-C. » L’élamite linéaire est une écriture à l’apparence beaucoup plus abstraite que les hiéroglyphes ou le cunéiforme, qui ont une forte dimension pictographique : tous les trois à quatre signes, on y retrouve la représentation d’un être humain, d’un animal, d’un vase, d’une plume ou d’un objet réel. L’élamite linéaire aurait découlé d’une autre écriture, dénommée proto-élamite, utilisée dès 3300 ans av. J.-C. sur le plateau iranien [lire pages 14-15]. « Même le proto-élamite a une apparence abstraite dès ses origines, ce qui est assez troublant. Je n’ai pas d’explication claire, mais il semble que les populations de l’Iran aient été très attachées à l’abstraction des signes ainsi qu’à l’aspect phonétique de l’écriture. Ces particularités font que l’écriture proto-élamite/ élamite linéaire a connu une évolution différente de celle des hiéroglyphes ou du cunéiforme », conclut le postdoctorant au département des sciences de l’Antiquité de l’ULiège. Iran National Museum, Tehran - F. Desset JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 13 À LA UNE

« L’un des principaux défis lorsqu’on étudie une écriture encore non déchiffrée réside dans la grande variété de formes que peuvent prendre les signes. On parle de variation graphique », explique François Desset. Pour s’en faire une idée, pensons à la lettre A : en majuscule, elle s’écrit A, en minuscule a et en version manuscrite, elle adopte une allure arrondie et étirée à gauche et à droite. Pour quelqu’un qui ne connaîtrait pas l’alphabet latin, ces trois formes pourraient aisément être perçues comme trois signes distincts. « Dans mon article de 2018 consacré à l’élamite linéaire, j’avais identifié près de 300 signes. Pourtant, dans ma publication de 2022 qui expose le code de déchiffrement complet, la liste n’en comprend plus que 77 », ajoute le chercheur. « J’ai été confronté à une profusion de signes différents. Il faut du temps pour comprendre que deux signes, bien que visuellement distincts, représentent la même valeur phonétique. C’est en analysant ces variations que j’ai pu démontrer l’existence d’une écriture élamite linéaire propre aux régions occidentales de la civilisation d’Élam, et d’une autre, utilisée dans les régions orientales. » À l’été 2025, la précieuse base de données Hatamti*, du nom que les Élamites se donnaient pour se désigner, a été achevée. En libre accès, elle recense l’ensemble des variations graphiques régionales. Son architecture informatique s’inspire de celle de la Thot Sign-List (TSL)** – du nom de Thot, dieu des scribes dans l’Égypte ancienne, à tête d’ibis –, une base de données créée il y a une dizaine d’années par le Pr Stéphane Polis, égyptologue à l’ULiège, documentant la folle variation graphique dans les hiéroglyphes durant leurs 3600 années d’usage. Et qui continue à être enrichie au quotidien. UNIQUE AU MONDE La base de données Hatamti est l’un des délivrables du projet VariGraph, financé par la Fédération WallonieBruxelles dans le cadre de l’appel “actions de recherche concertées”. Lancé en 2023 (pour quatre ans) et codirigé par les professeurs Laurent Colonna d’Istria, titulaire de la chaire d’assyriologie et d’archéologie de l’Asie antérieure à l’ULiège, et Stéphane Polis, maître de recherche au FNRS, ce projet se concentre sur l’étude de la variation graphique dans les écritures déchiffrées de trois civilisations anciennes : l’élamite linéaire – et le proto-élamite – (Royaume d’Élam, actuel Iran), le cunéiforme (Mésopotamie) et les hiéroglyphes (Égypte). L’ULiège possède ainsi le seul département au monde à travailler de concert sur les trois plus anciens systèmes d’écriture au monde [voir photos pages 16-17]. « L’objectif de VariGraph n’est pas seulement d’analyser la variation graphique, mais aussi de modéliser ce phénomène à partir des systèmes anciens du ProcheOrient, Égypte comprise. Pour cela, le projet développe des outils numériques adaptables à chaque système graphique étudié. Il s’agit d’examiner la forme des signes mais aussi le support, le type de texte (officiel ou écrit à la va-vite), le scribe [ndlr : les spécialistes sont parfois capables de repérer les mains des scribes] et sa motivation. Et ce, tant à différentes époques qu’en différents endroits », précise Laurent Colonna d’Istria. Depuis 2024, en raison de ses travaux sur les traditions scribales, il a été invité à intégrer une équipe d’épigraphistes qui étudie les plus anciens textes en cunéiforme du Kurdistan d’Irak, datés du IIIe millénaire avant notre ère. « Une fois la variation graphique des signes, issus de textes bien définis, appréhendée et encodée, l’un de nos objectifs serait d’exploiter ce corpus solide pour entraîner une IA. Après vérifications et corrections de notre part, celle-ci serait capable de proposer une lecture de textes jamais lus par des spécialistes, mais aussi de regrouper les textes rédigés par un même scribe ou issus d’un même lieu, en prenant en compte la matérialité du texte (format, agencement des signes, etc.). L’IA nous fera des propositions que nous vérifierons et qui pourront alimenter le projet VariGraph. De quoi approfondir notre réflexion et notre compréhension de ces systèmes d’écriture selon des approches plus anthropologiques et historiques, c’est-àVariGraph Explorer les trois plus anciennes écritures JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 14 À LA UNE

dire d’entrevoir l’écriture comme un phénomène social, culturel, matériel et symbolique. » Un grand pas vers la constitution d’encyclopédies numériques pour chaque écriture ancienne. Vers 3300 av. J.-C., naît sur le plateau iranien l’écriture proto-élamite. Non entièrement déchiffrée, elle est néanmoins bien documentée : environ 1700 tablettes comptables ont été retrouvées. Elles ne livrent pas de récits, mais des notations simples (noms, objets, quantités) du type : “Marie, 3 œufs”. « En excluant les signes numériques, on dénombre entre 800 et 1000 signes à déchiffrer, dont certains sont sans doute des variantes d’un même signe. Selon moi, le protoélamite est la forme ancienne de l’élamite linéaire : il s’agirait d’une même écriture observée à deux moments de son histoire, passant de plusieurs centaines de signes à la fin du IVe millénaire à seulement 77 à la fin du IIIe », mentionne François Desset. « Dans le cadre de VariGraph, l’objectif est de déterminer si l’élamite linéaire, désormais déchiffré, peut servir à remonter vers ses origines et aider à décoder le protoélamite. » C’est un travail immense qui attend François Desset. Alors que son contrat à l’ULiège se termine dans un an, l’équipe espère qu’il y obtiendra un poste permanent. ADOPTION DU CUNÉIFORME EN IRAN L’élamite linéaire a été abandonné vers -1900 av J.-C. au profit du cunéiforme pour transcrire la langue élamite. « L’élamite linéaire est le plus ancien système d’écriture purement phonétique (alpha-syllabique) au monde. Il se caractérise par une grande simplicité d’usage. Les raisons de cet abandon pour une écriture plus compliquée et moins adaptée à la langue élamite sont investiguées dans VariGraph. Notre hypothèse est que cela est lié à un effondrement urbain de l’Iran oriental, en même temps que la disparition des civilisations de l’Indus et de l’Oxus au début du IIe millénaire av. J.-C. et à une influence culturelle mésopotamienne à l’Ouest. Le projet examine la manière dont les scribes ont adapté le cunéiforme, depuis les plaines alluviales jusqu’au plateau iranien, pour transcrire la langue élamite », précise le Pr Colonna d’Istria. C’est également François Desset qui se charge de cette enquête. « Entre 2000 et 1900 av. J.-C., l’écriture élamite linéaire est peu à peu supplantée par le cunéiforme. Les scribes élamites développent alors une tradition graphique propre. Comme l’élamite linéaire était un système entièrement phonétique, les scribes élamites, très attachés à ce principe, rejetèrent les nombreux logogrammes du cunéiforme pour n’en garder que les signes phonétiques correspondant à leur langue. Le cunéiforme qu’ils emploient est donc moins complexe que le cunéiforme de Mésopotamie », explique-t-il, sur base de ses premiers résultats. « Par ailleurs, les signes cunéiformes évoluent dans le temps, mais plus vite en Mésopotamie qu’en Iran, où un même signe conserve une forme plus archaïque. Les logogrammes ne réapparaîtront que par la suite, quand les Élamites auront oublié l’élamite linéaire et que les traditions scribales mésopotamiennes s’imposeront de plus en plus. » La langue élamite sera écrite en cunéiforme jusqu’à l’arrivée d’Alexandre au Proche-Orient, vers 330 av. J.-C., puis disparaîtra complètement à l’époque islamique, probablement vers 1000 de notre ère. * https://hatamti-elam.uliege.be/ ** https://thotsignlist.org/ POUR FOUILLER PLUS LOIN • À la recherche de l’écriture oubliée, documentaire Arte, disponible en VOD • Varigraph, vidéo sur le projet de recherche à voir sur www.lqj.uliege.be/varigraph • Decoding the lost scripts of the ancient world, National Geographic, décembre 2025 • “Naissance et développement de l’écriture dans le Proche-Orient antique : les nouvelles données iraniennes“ : conférence de François Desset le 16 février à 14h à Verviers, dans le cadre du Forum des savoirs de l’ULiège. * www.amis.uliege.be, 04 366 52 87, reseau-amis@uliege.be JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 15 À LA UNE

Vase votif en argent avec inscription en écriture élamite linéaire rédigée en langue élamite par un certain Lapu, inconnu par ailleurs, pour le dieu Shikwat. Iran (oriental ?), 3e millénaire av. J.-C. Londres, collection privée - F. Desset Élamite linéaire, cunéiforme et hiéroglyphe JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 16 À LA UNE

Tablette cunéiforme datant du règne de Shar-kalî-sharrî (2200 av. J.-C.), provenant de la région de Girsu, Irak du Sud. Ce document issu de l’archive de Lugal-ra, responsable des champs de la reine, enregistre des rations de céréales distribuées à des travailleur·euses pendant une période d’un mois. Stèle d’Izi, ami unique et serviteur personnel du roi, 2300 av. J.-C. Cette stèle en hiéroglyphes porte une formule d’offrande traditionnelle et provient du mastaba du roi (édifice funéraire servant de sépulture) à Edfou, en Haute-Égypte. Patrimoine de l’ULiège - J-M. Bourdoux Musée du Louvre E. 14329 - S. Polis JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 17 À LA UNE

En 2 mots Relations internationales actuelles : apocalypse ou renouveau ? • 20 janvier : “Trump, l’immigration et le racisme”, par Marco Martiniello • 27 janvier : “Les intelligences artificielles au cœur des rapports de puissance sino-américains”, par Sébastian Santander • 3 février : “Vers une internationalisation de l’extrême droite ? Acteurs, réseaux et stratégies”, par François Debras • 10 février : “La doctrine Harmel durant la guerre froide : un guide pour nos temps troublés ?”, par Pierre Verjans • 24 février : “Maroc-Belgique : histoires parallèles, destins croisés”, par Hassan Bousetta • 3 mars : “Du système des alliances au multilatéralisme (1880-1920)”, par Vincent Genin • 10 mars : “Histoire des relations internationales (1919-1939)”, par Catherine Lanneau • 17 mars : “Une histoire internationale des droits de l’homme, depuis leurs origines historiques antiques jusqu’à nos jours”, par Sacha Habibi • 24 mars : “Le conflit israélopalestinien, une guerre sans fin ?”, par Michel Hermans De 17 à 19h, à l’auditoire de l’ancien Institut d’anatomie, rue de Pitteurs 20 à 4020 Liège. * www.amis.uliege.be, 04.238.52.51 Le climat dans tous ses états • 15 janvier : “Climat, entre fake news et réalité, rétablissons les faits !”, par Sébastien Doutreloup • 22 janvier : “Les calottes polaires survivront-elles au réchauffement climatique ? Un point de non-retour pourrait-il être atteint dès 2050 ?”, par Xavier Fettweis • 29 janvier : “Changement climatique et santé mentale : impacts psychologiques et leviers de résilience”, par Clara Della Libera • 5 février : “La viticulture en Belgique boostée par le réchauffement climatique ?”, par Sébastien Doutreloup et Igor Sacré • 12 février : “Sols et climat : des alliés méconnus face au réchauffement climatique”, par Aurore Degré • 26 février : “De l’art à l’atmosphère : comment les modèles de diffusion transforment la météo”, par Gilles Louppe • 5 mars : “La Méditerranée : un mini-océan pour comprendre les changements climatiques et les impacts humains”, par Sylvie Gobert • 12 mars : “The Great Climate Migration : migrations climatiques, mythes et réalités”, par Florian Debève • 19 mars : “Climat et populisme : une vérité qui dérange, des mensonges qui arrangent”, par François Debras • 26 mars : “Les éco-fictions du cinéma catastrophe”, par Dick Tomasovic • 9 avril : “La grande distribution face aux défis de l’alimentation durable, du climat et des droits humains”, par Pierre Ozer De 17 à 19h, à l’auditoire de l’ancien Institut d’anatomie, rue de Pitteurs 20 à 4020 Liège. * www.amis.uliege.be, 04.238.52.51 Les grandes civilisations de l’Antiquité. Le Moyen-Orient de l’Antiquité à aujourd’hui • 26 janvier : “L’Épopée de Gilgamesh”, par Laurent Colonna d’Istria • 9 février : “À l’image des divinités : l’iconographie des dieux et déesses en Mésopotamie”, par Imane Achouche • 16 février :” La naissance et le développement de l’écriture dans le Proche-Orient antique : les nouvelles données iraniennes”, par François Desset • 2 mars : “La Lydie : entre gloire et fortune. Histoire d’un royaume à travers sa richesse, sa monnaie et ses liens entre les Grecs et les royaumes orientaux”, par Kevin Leloux • 16 mars : “L’Iran de l’Antiquité classique à la naissance de l’Islam”, par Philippe Swennen • 30 mars : “L’Islam et les grandes civilisations de l’Antiquité : des origines aux dynamiques d’hégémonie mondiale”, par Radouane Attiya • 13 avril : “L’Iran au XXe siècle : du régime des Pahlavi à la République islamique”, par Sacha Habibi De 14 à 16h, au Musée des beaux-arts et de la céramique, rue Renier 17 à 4800 Verviers. * www.amis.uliege.be, 087.39.30.60 L’association Les Amis de l’ULiège organise de nouveaux cycles thématiques de conférences, ouvertes à toutes et tous. Forum des savoirs JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 18 omni sciences

Futur·es étudiant·es Les élèves de 5e et 6e secondaire désireux de se plonger dans l’expérience universitaire sont les bienvenus aux “cours ouverts” qui auront lieu du 18 au 25 février. Un choix de cours à la carte parmi les 11 facultés de l’ULiège, pour rencontrer des professeur·es et étudiant·es, découvrir les matières enseignées et s’immerger dans l’ambiance d’un amphithéâtre, d’un laboratoire, de la vie sur les campus. Pour aider à construire son projet d’études supérieures, suivront également des journées portes ouvertes : à HEC Liège le 11 mars, à Gembloux Agro-Bio Tech le 4 avril et dans l’ensemble des Facultés des campus de Liège le 11 avril. * inscriptions sur www.uliege.be/rendez-vous Mémoire L’historien français Roger Chartier, professeur émérite au Collège de France, donnera une conférence intitulée “Présences du passé. Mémoire, littérature, histoire” dans le cadre du cours d’Histoire contemporaine du professeur Philippe Raxhon. Cet événement est organisé à l’occasion de la création d’un Institut d’études et de recherches sur les mémoires fédérant l’université libre de Bruxelles, l’université de Liège et l’ASBL Mnema. Le 12 mai à 9h, salle à confirmer (place du 20-Août à Liège). * réservations sur www.gedler.uliege.be/roger-chartier 24h vélo Télévie Chaque année, le CHU de Liège et l’ULiège organisent de nombreuses actions afin de récolter des fonds pour l’opération Télévie et soutenir la recherche contre le cancer. La 11e édition des 24 heures vélo, défi sportif et solidaire, aura lieu les 19 et 20 mars sur différents sites. Un moment fort à soutenir ! * faire un don pour le Télévie sur www.24h-televie.be Docteur·es à thèse, ambassadeurs et ambassadrice Le samedi 7 février, une cérémonie mettra à l’honneur les nouveaux docteur·es à thèse (diplômé·es en 2025). L’occasion également d’une remise de médaille à une ambassadrice et deux ambassadeurs de l’ULiège, en tant que personnalités qui contribuent au rayonnement de l’Institution : Stéphanie Van Loo, ingénieure biomédicale et docteure de l’ULiège, fondatrice de la spin-off LiveDrop, Jean-Marie Klinkenberg, professeur émérite, expert du langage et de la sémiologie, président du conseil de la langue française et de la politique linguistique de Belgique et élevé, en décembre dernier, au grade d’officier dans l’Ordre de la Légion d’honneur, ainsi que Jean-Pierre Latere, scientifique et entrepreneur belge d’origine congolaise, spécialisé dans les biotechnologies et l’immunothérapie cellulaire, fondateur de la start-up EsoBiotec. Aux amphithéâtres de l’Europe, boulevard du Rectorat 13 au Sart Tilman, Liège. * réservations sur www.news.uliege.be/dat-25 À vos baskets ! Deux grands rendez-vous à venir pour les joggeurs (et marcheurs) de la Team ULiège – qui regroupe les étudiant·es, enseignant·es, membres du personnel et alumni désireux de concourir avec le tee-shirt de l’Institution. Le 15 mars, la Women Race la Liégeoise, plus grande course féminine de Belgique, partira du B3 (place des Arts à 4020 Liège) : 4, 7 ou 11 km au profit de la fondation Léon Fredericq (CHU Liège) et de la recherche contre le cancer du sein. Le 12 avril, les 15 km de Liège Métropole, 17e édition, propose six parcours, du 7 km au trail de 45 km en passant par la marche. De quoi relever un défi adapté à ses capacités et à ses envies, à travers la ville de Liège et la vallée de l’Ourthe. Différents lieux de départ et une seule arrivée : le parc de la Boverie. * inscriptions (tarifs préférentiels pour la Team ULiège) sur www.team.uliege.be G. Meuli JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 19 omni sciences

RITU La 43e édition des Rencontres internationales de théâtre universitaire (RITU), l’un des plus anciens festivals universitaires d’Europe, aura lieu du 24 au 28 février 2026. Au programme, une quinzaine des spectacles venus de Belgique et du monde entier – Espagne, Grèce, Croatie, Géorgie, Colombie, Pérou, République démocratique du Congo, Maroc ou encore Tunisie. Mais aussi des ateliers de recherche-création sur les pratiques de commensalité (fait de partager un repas avec d’autres personnes, symbolisant souvent un acte de convivialité et d’intégration sociale) et un colloque intitulé “Le repas, un rituel social et culturel : source d’inspiration pour les arts de la scène”. En collaboration avec le Certes (Centre d’études et de recherches sur le théâtre dans l’espace social). Représentations au Théâtre universitaire royal de Liège (quai Roosevelt IB à Liège), à l’Exèdre Dick Annegarn (campus du Sart Tilman à Liège) et aux centres culturels de Chênée, de Seraing et des Chiroux (Liège). * réservations sur https://turlg.be/ritu/ Migrations et mobilité Marco Martiniello, directeur de recherches au FRS-FNRS et directeurfondateur du Cedem, donnera, le 2 février à Verviers, une conférence consacrée aux migrations et la mobilité des êtres humains sur la surface terrestre, qui sont constitutives de l’histoire de l’humanité et répondent à des raisons multiples. Tout porte à croire que ces réalités vont rester importantes à l’avenir même si – il faut le rappeler – seule une petite minorité des humains choisissent ou sont contraints à l’exil (4 à 7% de la population mondiale). Il est aujourd’hui indispensable d’examiner quels sont les impacts du déclin de la démocratie et de ses valeurs, dont le respect des droits humains, causé par des mouvements et régimes politiques autoritaires, dictatoriaux et illibéraux. Le 2 février à 20h au centre culturel Espace Duesberg, boulevard des Gé rardchamps, 7C à 4800 Verviers. * réservations sur www.news.uliege.be/migrations-mobilite Congrès des sociologues “Face aux inégalités, réinterpeller les outils des sciences sociales” : le colloque organisé par la faculté des Sciences sociales et son institut de recherche, l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) et la Maison des sciences de l’homme de l’ULiège aura lieu les 27 et 28 janvier. Parmi les intervenant·es, plusieurs sociologues de l’université de Liège. À la salle des professeurs, place du 20-Août à Liège. * www.irss.uliege.be/aislf26 Congrès IMISCOE “Gouverner et vivre la migration en période de controverse“ : tel est le thème de la conférence IMISCOE, projet de recherche coordonné par le Cedem (Centre d’étude de l’ethnicité et des migrations), qui aura lieu en mars à Liège. Avec son importance croissante dans les débats sociaux et publics, la migration est devenue un sujet controversé qui alimente les processus actuels de polarisation idéologique. La conférence invite à réfléchir sur la manière dont cette période controversée, que certains qualifient d’illibérale, façonne à la fois la gouvernance des migrations et les expériences des migrant·es. Du 16 au 18 mars au bâtiment L5 (Language training centre), rue de Pitteurs 18 à 4020 Liège. * inscriptions sur www.imiscoe.uliege.be Surendettement En Belgique, il existe deux procédures principales pour traiter le surendettement des particuliers : la médiation amiable et le règlement collectif de dettes, qui ont connu de nombreuses évolutions. Les crises successives (Covid, énergie, etc.), l’accroissement des inégalités et de la précarité ainsi que les mutations du marché du crédit appellent le développement de nouvelles réflexions en la matière. La faculté des Sciences sociales organise une journée d’étude intitulée “Le traitement du surendettement en question : comprendre le non-recours, améliorer les procédures”, ouverte tant aux chercheur·euses qu’aux professionnel·les de terrain. Le 17 avril de 13h30 à 16h30, amphithéâtre Catherine Zwetkoff, B31, campus du Sart Tilman à 4000 Liège. * www.cris.uliege.be/surendettement Centre de recherche et de formation en arts vivants et plastiques, Ouagadougou (Burkina Faso) - RITU JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 20 OMNI SCIENCES

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