copte, put, en 1822, trouver la clé de déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens. En revanche, François Desset a démontré que les deux textes de la Table au Lion ne reproduisent pas exactement le même contenu. « Beaucoup de chercheurs ne s’en sont pas rendu compte et se sont cassé les dents », observe-t-il. Néanmoins, les deux textes contiennent des informations similaires : les noms du dieu tutélaire de Suse, Insoushinak, et du souverain Pouzour-Soushinak. Après les travaux de Ferdinand Bork, les avancées scientifiques demeurent longtemps limitées. « J’avais une petite base de départ, mais je n’étais pas certain de sa solidité », confie François Desset. LA COLLECTION MAHBOUBIAN L’un des principaux obstacles au déchiffrement d’une écriture est le nombre de textes disponibles. Au début des années 2000, à peine une vingtaine de textes en élamite linéaire étaient connus des chercheurs. François Desset adopte alors une démarche proactive pour enrichir ce corpus, qui en compte aujourd’hui 45. En 2004, la famille Mahboubian publie un ouvrage illustré présentant trois vases gravés de signes en élamite linéaire dans sa collection privée d’antiquités iraniennes. « Les experts de l’époque affirmaient que, comme ces objets ne provenaient pas de fouilles officielles, ils devaient être des faux et ne valaient pas la peine de s’y intéresser. Et ce, sans les avoir expertisés ! » Le chercheur refuse de se laisser enfermer dans cette vision et décide de donner une chance à ces pièces. Le livre ne montrait qu’une face des vases, alors que les inscriptions en faisaient le tour complet. Qu’y avait-il de gravé de l’autre côté ? « J’ai tenté de contacter les collectionneurs, en vain. Mais en 2011, lors d’un colloque à Cambridge où je faisais le point sur mes avancées – ou mes non-avancées – dans le déchiffrement de l’élamite linéaire, je me suis plaint de ne pas parvenir à accéder à la collection Mahboubian. Par chance, John Curtis, conservateur au British Museum, était dans la salle. Il connaissait la famille iranienne et m’a proposé d’initier le contact. » En octobre 2015, les Mahboubian ouvrent au chercheur les portes de leur résidence londonienne… et de leur coffre-fort. Outre les trois vases présentés dans le livre, ils lui montrent d’autres pièces. Pendant trois jours, François Desset photographie chaque objet sous tous les angles, prenant plusieurs centaines de clichés. Il obtient en outre l’autorisation de prélever de minuscules échantillons des parois brisées pour les envoyer en Italie afin de les faire expertiser. Résultat ? L’alliage – environ 90 % d’argent et 10 % de cuivre – correspond à celui d’autres objets en argent de la même époque, issus de fouilles régulières dans la région. La preuve de leur authenticité n’était pas irréfutable, mais assez solide pour que le chercheur prenne le risque d’intégrer ces vases à son corpus. Leur authenticité ne sera pleinement confirmée que deux années plus tard, en 2017, lorsque la clé de déchiffrement révélera que les inscriptions avaient un véritable sens, impossible à inventer par un faussaire. DÉCHIFFREMENT À L’ANCIENNE Avec ce corpus enrichi, François Desset progresse dans son enquête. Pour percer le code de l’élamite linéaire, il s’appuie sur la connaissance linguistique des lieux et sur les noms des rois et des dieux, à la manière de Champollion. Il ne recourt pas à l’IA qui, basée sur des connaissances existantes, est inutile pour une écriture totalement inconnue. Élément clé : la langue élamite a été transcrite dans deux écritures différentes, le cunéiforme et l’élamite linéaire. Ce phénomène est appelé digraphie. Comme le cunéiforme a été déchiffré au milieu du 19e siècle, il a permis d’accéder partiellement à cette langue morte depuis au moins un millénaire. « C’est comme si le français s’écrivait à la fois en alphabet latin et en alphabet cyrillique. Grâce aux textes en cunéiforme, je connaissais les noms des rois d’alors. Je les ai cherchés dans les textes en élamite linéaire et, par déductions logiques, j’en ai identifié certains. Ce qui m’a permis de lire certains signes. » Ces hypothèses ont ensuite été confirmées grâce à un fragment de tablette d’écolier en élamite linéaire, retrouvé au Louvre. Cet objet, comportant ce que le chercheur a analysé comme étant une portion d’un exercice de grille phonétique, lui a ouvert la voie pour déchiffrer les signes restants. Finalement, François Desset 12 JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE À LA UNE
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