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a identifié un ensemble de 77 signes à valeur phonétique : cinq voyelles, 12 consonnes et 60 syllabes (combinaisons entre voyelles et consonnes). Il a validé sa clé de déchiffrement, entre autres, avec le vase de Marv Dasht [voir photo ci-contre], daté du IIIe millénaire av. J.-C. et conservé à Téhéran, dont il a pu lire intégralement l’inscription. En 2022, François Desset a publié avec ses collègues, dans la revue de référence de sa discipline, la méthode de déchiffrement de l’élamite linéaire ainsi que la description de sa grille phonétique, marquant une consécration dans sa carrière. Il prépare actuellement un ouvrage en trois volumes regroupant les 45 textes en élamite linéaire, chacun accompagné d’un commentaire linguistique et historique, révélant notamment les dimensions politiques et religieuses de la civilisation de l’Élam que l’on peut déduire de ces artéfacts bien souvent royaux. ÉCRITURE PHONÉTIQUE Les écritures fonctionnent selon deux systèmes : logogrammatique et phonétique. Dans le premier, un signe représente un concept ou un mot complet. Dans le second, un signe correspond à un son, c’est-à-dire à une voyelle, consonne ou syllabe. « Les écritures sont souvent un mélange des deux systèmes. C’est le cas des hiéroglyphes égyptiens et du cunéiforme mésopotamien », explique le chercheur. Pour faire un parallèle avec le français : en phonétique, on écrit “mille” en toutes lettres, alors qu’en logogrammatique, on note “1000” en chiffres arabes. On a longtemps pensé que l’élamite linéaire suivait les mêmes principes que les autres écritures connues. Les travaux de François Desset ont montré qu’il n’en était rien : l’élamite linéaire est entièrement phonétique. « Jusqu’ici, le protosinaïtique, développé dans la première moitié du IIe millénaire av. J.-C. dans la péninsule du Sinaï, était considéré comme la plus ancienne écriture purement phonétique. Mes recherches repoussent cette origine de près de huit siècles, situant la première écriture phonétique au monde dès 2300 av. J.-C. » L’élamite linéaire est une écriture à l’apparence beaucoup plus abstraite que les hiéroglyphes ou le cunéiforme, qui ont une forte dimension pictographique : tous les trois à quatre signes, on y retrouve la représentation d’un être humain, d’un animal, d’un vase, d’une plume ou d’un objet réel. L’élamite linéaire aurait découlé d’une autre écriture, dénommée proto-élamite, utilisée dès 3300 ans av. J.-C. sur le plateau iranien [lire pages 14-15]. « Même le proto-élamite a une apparence abstraite dès ses origines, ce qui est assez troublant. Je n’ai pas d’explication claire, mais il semble que les populations de l’Iran aient été très attachées à l’abstraction des signes ainsi qu’à l’aspect phonétique de l’écriture. Ces particularités font que l’écriture proto-élamite/ élamite linéaire a connu une évolution différente de celle des hiéroglyphes ou du cunéiforme », conclut le postdoctorant au département des sciences de l’Antiquité de l’ULiège. Iran National Museum, Tehran - F. Desset JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 13 À LA UNE

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