dire d’entrevoir l’écriture comme un phénomène social, culturel, matériel et symbolique. » Un grand pas vers la constitution d’encyclopédies numériques pour chaque écriture ancienne. Vers 3300 av. J.-C., naît sur le plateau iranien l’écriture proto-élamite. Non entièrement déchiffrée, elle est néanmoins bien documentée : environ 1700 tablettes comptables ont été retrouvées. Elles ne livrent pas de récits, mais des notations simples (noms, objets, quantités) du type : “Marie, 3 œufs”. « En excluant les signes numériques, on dénombre entre 800 et 1000 signes à déchiffrer, dont certains sont sans doute des variantes d’un même signe. Selon moi, le protoélamite est la forme ancienne de l’élamite linéaire : il s’agirait d’une même écriture observée à deux moments de son histoire, passant de plusieurs centaines de signes à la fin du IVe millénaire à seulement 77 à la fin du IIIe », mentionne François Desset. « Dans le cadre de VariGraph, l’objectif est de déterminer si l’élamite linéaire, désormais déchiffré, peut servir à remonter vers ses origines et aider à décoder le protoélamite. » C’est un travail immense qui attend François Desset. Alors que son contrat à l’ULiège se termine dans un an, l’équipe espère qu’il y obtiendra un poste permanent. ADOPTION DU CUNÉIFORME EN IRAN L’élamite linéaire a été abandonné vers -1900 av J.-C. au profit du cunéiforme pour transcrire la langue élamite. « L’élamite linéaire est le plus ancien système d’écriture purement phonétique (alpha-syllabique) au monde. Il se caractérise par une grande simplicité d’usage. Les raisons de cet abandon pour une écriture plus compliquée et moins adaptée à la langue élamite sont investiguées dans VariGraph. Notre hypothèse est que cela est lié à un effondrement urbain de l’Iran oriental, en même temps que la disparition des civilisations de l’Indus et de l’Oxus au début du IIe millénaire av. J.-C. et à une influence culturelle mésopotamienne à l’Ouest. Le projet examine la manière dont les scribes ont adapté le cunéiforme, depuis les plaines alluviales jusqu’au plateau iranien, pour transcrire la langue élamite », précise le Pr Colonna d’Istria. C’est également François Desset qui se charge de cette enquête. « Entre 2000 et 1900 av. J.-C., l’écriture élamite linéaire est peu à peu supplantée par le cunéiforme. Les scribes élamites développent alors une tradition graphique propre. Comme l’élamite linéaire était un système entièrement phonétique, les scribes élamites, très attachés à ce principe, rejetèrent les nombreux logogrammes du cunéiforme pour n’en garder que les signes phonétiques correspondant à leur langue. Le cunéiforme qu’ils emploient est donc moins complexe que le cunéiforme de Mésopotamie », explique-t-il, sur base de ses premiers résultats. « Par ailleurs, les signes cunéiformes évoluent dans le temps, mais plus vite en Mésopotamie qu’en Iran, où un même signe conserve une forme plus archaïque. Les logogrammes ne réapparaîtront que par la suite, quand les Élamites auront oublié l’élamite linéaire et que les traditions scribales mésopotamiennes s’imposeront de plus en plus. » La langue élamite sera écrite en cunéiforme jusqu’à l’arrivée d’Alexandre au Proche-Orient, vers 330 av. J.-C., puis disparaîtra complètement à l’époque islamique, probablement vers 1000 de notre ère. * https://hatamti-elam.uliege.be/ ** https://thotsignlist.org/ POUR FOUILLER PLUS LOIN • À la recherche de l’écriture oubliée, documentaire Arte, disponible en VOD • Varigraph, vidéo sur le projet de recherche à voir sur www.lqj.uliege.be/varigraph • Decoding the lost scripts of the ancient world, National Geographic, décembre 2025 • “Naissance et développement de l’écriture dans le Proche-Orient antique : les nouvelles données iraniennes“ : conférence de François Desset le 16 février à 14h à Verviers, dans le cadre du Forum des savoirs de l’ULiège. * www.amis.uliege.be, 04 366 52 87, reseau-amis@uliege.be JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 15 À LA UNE
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