quantique extraordinaire : l’intrication de deux particules. Puis, faut-il le dire, le débat en reste là, ne passionnant guère les physiciens. Jusqu’en 1964, lorsqu’un physicien irlandais, John Bell, travaillant au CERN (organisation européenne pour la recherche nucléaire), établit que toute théorie satisfaisant aux hypothèses d’Einstein entraînerait des restrictions sur les résultats de certaines mesures. Des restrictions bientôt baptisées “inégalités de Bell”. Ce faisant, il offre un moyen de trancher expérimentalement entre Einstein et Bohr : si lors d’une expérience, les inégalités de Bell étaient violées – donc pas de restrictions –, Einstein aurait tort. Jeune chercheur, Alain Aspect rencontre John Bell au CERN en 1975. Il aime raconter que, lui exposant son projet de vérifier expérimentalement sa théorie, Bell lui aurait d’abord demandé si son salaire était garanti… Signe de la difficulté (et sans doute de la longueur) de l’aventure ! Cela ne l’arrête pas et, de 1975 à 1982, à l’institut d’Optique d’Orsay, l’équipe d’Alain Aspect conçoit un dispositif expérimental… parfois de bric et de broc : dans son livre*, on le voit vider des seaux de sable dans des tonneaux qui serviront à stabiliser les sources de lumière ! À lire**, le récit de la nuit où l’expérience finale se révèle concluante : “les inégalités de Bell sont bel et bien violées”. Son épouse rejoint le laboratoire, foie gras et sauternes sous le bras, « de rigueur chez les Aspect pour fêter les événements importants ». Einstein avait tort. Depuis lors, la physique quantique s’est imposée dans notre quotidien, comme le montrera sans doute le professeur Aspect lors de sa conférence à l’université de Liège, ouverte à toutes et tous. * Alain Aspect, Si Einstein avait su, Odile Jacob, Paris, 2025 ** Op.cit, p. 266 CONFÉRENCE D’ALAIN ASPECT Le 9 mars 2026 à 18h30, Alain Aspect, colauréat du prix Nobel de physique en 2022, professeur à l’université de Paris-Saclay et à l’École polytechnique de Paris, donnera une conférence à la salle académique (place du 20-Août à 4000 Liège) intitulée “Des concepts aux applications : les deux révolutions quantiques”. La rectrice Anne-Sophie Nyssen lui remettra à cette occasion les insignes de docteur honoris causa de l’ULiège. * inscription sur www.news.uliege.be/aspect Prix Nobel de physique, Alain Aspect se verra décerner le titre de docteur honoris causa de l’ULiège le 9 mars. ARTICLE HENRI DUPUIS Tout commence en 1927 à Bruxelles lors d’un congrès Solvay qui rassemble la fine fleur de la physique (17 prix ou futurs prix Nobel sur 29 invités !). Les débats sont éclipsés par une querelle – amicale – qui surgit entre Albert Einstein et Niels Bohr : quelle interprétation donner à la physique quantique ? Quelle réalité décrit le formalisme mathématique de cette physique ? Même s’il reconnaît toute la puissance de la physique quantique, Einstein s’interroge en effet sur sa représentativité du réel. Deux caractéristiques de cette théorie le gênent particulièrement. Tout d’abord le fait qu’on ne peut prédire le résultat d’une mesure sur un système physique mais seulement la probabilité d’obtenir tel ou tel résultat. « Dieu, aurait-il dit à ce propos, ne joue pas aux dés. » Ensuite, selon lui, la réalité existe indépendamment de nous, ce que la théorie probabiliste ne prend pas en compte. C’est donc une théorie incomplète prétend Einstein. Bohr, quant à lui, soutient que c’est finalement la mesure, l’observateur, qui fait la réalité. En 1935, Einstein, Podolsky et Rosen proposent une expérience de pensée qui, si elle s’avérait exacte, montrerait que la physique quantique est effectivement incomplète. Et, au passage, elle révèle une propriété HONORIS CAUSA L’homme qui donna tort à Einstein Dars JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 22 ALMA MATER
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=