Carton rouge Les 19 et 20 mars se tiendra à la Cité Miroir un colloque visant à lutter contre le racisme dans le sport. Coorganisé par l’association Stop Racism in Sport (présidée par le père d’Axel Witsel), l’association Panathlon pour le fair-play dans le sport, et les Territoires de la mémoire, il vise à la fois les jeunes et les professionnels du sport. Le Centre d’études de l’ethnicité et des migrations (Cedem) de l’ULiège, par l’entremise du Pr Marco Martiniello qui en est le cofondateur, fait figure de ressource scientifique de l’événement. « La philosophie n’est pas de proposer un colloque théorique, mais de faire émerger des bonnes pratiques, précise le sociologue. Nous voulons épingler des initiatives développées dans certains sports, fédérations ou clubs et dégager des moyens plus performants pour lutter contre le racisme dans le sport. » Pour Marco Martiniello, féru du ballon rond depuis son plus jeune âge et aujourd’hui membre du conseil d’administration de Stop Racism in Sport, « le football n’est qu’un miroir déformant de dynamiques globales. Je distingue quatre niveaux de racisme : les agressions verbales ou physiques, les préjugés raciaux (“les Africains résistent mieux à l’effort physique”, “les Italiens sont des comédiens”), les idéologies raciales (entretenues depuis des siècles et renforcées par le colonialisme) et enfin le niveau structurel et institutionnel. Les personnes racisées, tout comme les femmes, restent largement sous-représentées dans les postes de décisions. Cela relève du racisme et du sexisme, même si ces formes de discrimination se passent de violences physiques ou d’insultes. » L’ANTIRACISME ENTRE EN RÉSISTANCE En 1985, alors âgé de 24 ans, Marco Martiniello se rend à Bruxelles pour assister à la finale de la Coupe d’Europe entre la Juventus et Liverpool. Présent dans le bloc Z réservé en théorie aux spectateurs neutres, mais dans lequel avaient pris place de nombreux supporters de l’équipe italienne, il sent l’ambiance s’envenimer jusqu’au fatal envahissement de sa tribune par les supporters des Reds. Dans la panique générale, il a la chance d’être repoussé vers le haut, alors qu’en contrebas des centaines de personnes sont piétinées. 39 y laisseront la vie, scellant le stade du Heysel à un traumatisme toujours vif aujourd’hui. « Dès la fin des années 1980 et dans les décennies qui ont suivi, le monde du football a été gagné par une spirale positive en faveur d’une société multiculturelle tolérante. Une lame de fond globale depuis laquelle il était facile de localiser des groupuscules néonazis et néofascistes, alors plus isolés », se souvient-il. Le sport, et plus particulièrement le football, n’est par essence ni raciste ni antiraciste. Il est le miroir de la société. Dans un contexte où l’antiracisme devient un acte de résistance, déployer un cadre progressiste dans les sports populaires est un enjeu prioritaire. Éclairage avec plusieurs voix engagées. DOSSIER PHILIPPE LECRENIER Ultras Inferno JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 24 UNIVERS CITÉ
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=