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Mais depuis quelques années, une extrême droite fascisante décomplexée se glisse à différents niveaux de la société, banalisant les discours et pratiques racistes. « Considérer le football comme apolitique est profondément naïf. Les stades sont de grandes chambres d’écho populaires largement médiatisées. La violence autour du sport revient en force, comme lors du 4 mai 2025, lorsque des hooligans associés au FC Bruges ont lancé une ratonnade à Molenbeek, ce qui est inédit en Belgique. Il n’est pas rare non plus d’entendre des chants faisant l’apologie de la Shoah, et qui passent pour du folklore. La mobilisation antiraciste ne faiblit pas, mais elle fait face à des actions plus nourries et nombreuses qu’auparavant, observe Marco Martiniello. En tant que fils de résistant italien, j’ai été éduqué dans l’antifascisme. Pour ma génération, c’était l’un des aspects fondamentaux de la démocratie. L’ambiance a changé. Nous avons basculé dans un monde qui aurait été inimaginable il y a quelques années. À mes yeux, nous sommes entrés en résistance. Il faut s’arc-bouter, favoriser le dialogue, développer les bonnes pratiques au niveau local, même et surtout si elles sont ignorées à plus haute échelle. Et continuer de faire pression sur les fédérations. » ESPOIR ET ALTERNATIVES Heureusement, le football – et le sport en général – véhicule de nombreux aspects formidables. Les clubs restent des lieux de socialisation, inclusion, ouverture et acceptation de soi, où se jouent chaque jour de belles histoires de fraternité et où la rivalité n’est qu’un jeu circonscrit au terrain. Sans oublier l’impact sur la santé publique. « Des gens se rencontrent dans des contextes multiculturels, vivent et construisent de nouvelles visions de société sans s’en rendre compte ni le théoriser, souligne le sociologue. L’objectif du colloque est de préserver et amplifier cela. Ces expériences sont nombreuses, or elles n’ont que très peu d’écho. » Le Standard, par exemple, inscrit l’antiracisme dans ses valeurs [lire page 26]. Dès leur plus jeune âge, les joueurs apprennent que le racisme est combattu par le club. Le club de Kraainem défend une politique “we welcome refugees” et collabore avec des centres de demandeurs d’asile pour insérer les jeunes dans leurs équipes. « Dans une philosophie assez proche, nous avons participé à la recherche internationale Monitora*, axée sur les manières de surveiller le racisme dans le sport. Car pour agir contre une dynamique, il faut la connaitre en détail**. » Dénoncer et proposer des alternatives, agir localement et tisser des liens, tels sont les axes des initiatives antiracistes. « Entretenir le dialogue entre les fédérations, les clubs et les usagers d’un sport, travailler sur le comportement des parents, sur la formation des formateurs et entraîneurs pour éveiller les consciences, savoir comment encadrer les jeunes dont certains sont à nouveau séduits par les idéologies racistes et autoritaristes : c’est un travail à inscrire dans la durée, conclut Marco Martiniello. Mais à long terme, je reste optimiste. » * https://emonitora.cronachediordinariorazzismo.org/french ** Martiniello, M., &. et Solomos, J. (2025). Racism, antiracism, football and migration: introduction. Ethnic and Racial Studies, 1–12, https://doi.org/10.1080/01419870.2025.2555493 COLLOQUE “Regard inclusif sur les bonnes pratiques de lutte contre les discriminations raciales dans le sport”, les 19 et 20 mars 2026, dans le cadre de l’exposition “Podium, le pouvoir du sport”, visible jusqu’au 10 mai 2026 à la Cité Miroir, place Xavier Neujean à 4000 Liège. * https://expo-podium.be JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 25 UNIVERS CITÉ MARCO MARTINIELLO Né en 1960 de parents primo-arrivants italiens, Marco Martiniello grandit dans un quartier ouvrier et multiculturel, non loin du stade du Standard. Il y développe une passion pour le football et une sensibilité aux questions sociales et de migration, ce qui influencera sa vie de chercheur. En entamant des études en sociologie à l’université de Liège, il sculpte sa pensée avec les écrits de Karl Marx, Pierre Bourdieu, Erving Goffman, Antonio Gramsci. Au fil de sa carrière, il collabore avec de nombreuses universités de par le monde. Ses publications portent sur les migrations, le multiculturalisme, les relations ethniques et jouissent d’une influence internationale. Professeur et directeur de recherche F.R.S-FNRS, il cofonde le Cedem en 1995, dont il assure la direction jusqu’en octobre 2025. Il vient de passer le flambeau à Jean-Michel Lafleur et Elsa Mescoli.

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