LQJ 293

Au sein des supporters du Standard, le rouge ne brunit pas. Une série d’initiatives individuelles et collectives tissent depuis les années 1980 une solide identité antiraciste. De multiples projets, réflexions et discussions font circuler les idées entre les différents groupes de supporters, les aînés assurant la transmission aux plus jeunes. C’est un aspect primordial. Des adolescents qui se cherchent peuvent y trouver une communauté et des valeurs, ce qui coupe l’herbe sous le pied aux idéologies facilement séduisantes. Là où les rencontres se font, le racisme peine à s’infiltrer. Il n’est pas éradiqué pour autant, mais il éprouve plus de difficultés qu’ailleurs à être affiché et à fédérer des groupes. Parmi différents exemples, des ateliers culturels au long cours, menés avec des supporters voici quelques années. « Le projet était organisé par la Ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente, le Fan-coaching du Standard et l’association D’une certaine gaité. Je fréquentais le stade à titre personnel, en tant que supporter, et j’y avais noué des contacts. Notamment avec Frédéric Paulus, du Fan-Coaching, adossé au Standard et dépendant du plan de cohésion sociale de la ville de Liège », explique Pierre Etienne dit Pavé, artiste reconnu de la scène hip-hop liégeoise, à l’époque travailleur en éducation permanente, aujourd’hui diplômé en socio-anthropologie à l’ULiège, enseignant-chercheur à Helmo et cocoordinateur du Laboratoire pour le changement social, l’unité de recherche de l’Helmo-Esas. Suite au drame du Heysel, la sécurité déployée lors des matchs a étouffé la violence dans les stades. Mais elle s’est déplacée à l’extérieur. Des Fan-coaching ont alors été créés pour encadrer les supporters hooligans, ce qui a fait émerger divers projets comme des matchs de foot avec des sans-abris, une école de devoirs à Sclessin ou encore des projets culturels. « Nous cherchions une manière de raconter le supportérisme, qui brasse une culture populaire riche et belle, avec ses propres codes, et qui fait naître des initiatives citoyennes et solidaires. Nous avons commencé par des lectures à voix haute qui se sont muées en atelier d’écriture, puis en spectacle de théâtre joué au Festival de Liège et en un numéro spécial du magazine C4, intitulé Ultra Looser », ajoute-t-il. Un texte en particulier, “Le groupe d’abord”*, témoigne de la particularité du hooliganisme liégeois. Roby, un supporter bien connu des tribunes, y raconte comment il a rejoint le Hell Side, groupe de hooligans fondé en 1981. « Il y explique qu’à l’époque, la scène hooligan belge était occupée par trois groupes : Anderlecht, Bruges et l’Antwerp. Ils étaient reconnus comme skinheads et néonazis, raconte Pierre Étienne. Dès le départ, le Hell Side s’en est démarqué, à la fois pour se distancier, mais aussi parce qu’il a toujours été multiculturel et composé de populations d’origines arabe, africaine, belge, italienne... Ce positionnement politique a été repris par les Ultras Inferno [ndlr : l’un des groupes de supporters du Standard les plus actifs], dès leur fondation en 1996. » Jusqu’à ce jour, l’ADN multiculturel et antifasciste tient bon, même s’il est toujours porté par des individus qui doivent se relayer. « Les groupes de supporters antiracistes restent minoritaires dans les tribunes. Dans le contexte actuel, entretenir des réseaux internationaux qui défendent ces valeurs est une priorité. Le stade est un lieu rare de vraie mixité sociale, où se rencontrent par dizaines de milliers des cadres, des ouvriers, des chômeurs, et ce autour d’une passion commune. C’est un laboratoire incroyable aux enjeux politiques importants. » * à lire sur https://c4magazine.org/2015/10/24/le-groupe-dabord/ L’enfer antiraciste JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 26 UNIVERS CITÉ

RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=