Un regain d’initiatives féministes dévoile un sexisme proche du racisme. Le scandale du baiser non consenti du président de la Fédération espagnole de football à la capitaine de l’équipe nationale lors de son sacre ou les revendications de l’équipe féminine des USA pour un salaire équivalent à celui des hommes en sont des exemples retentissants. Marie-France Foguenne est gardienne et étudiante en neurosciences à l’ULiège. Fille d’un père belge et d’une mère primo-arrivante angolaise, elle remarque que les freins à la pratique de son sport sont davantage liés à son genre qu’à ses origines. Grandissant à la campagne, elle rêve de football dès son enfance, mais doit attendre ses 14 ans pour qu’un club lance une équipe féminine dans un village voisin. Quant au racisme, elle en entend des histoires, mais ne le vit pas directement, ou alors sans volonté de violence, ni réelle conscience. « Des parents m’appelaient “la petite black de Jalhay” ou “la petite bronzée”. Ce n’était pas agréable, mais ils se pensaient affectueux. Arrivée à Liège, j’ai par contre été choquée par les propos de coéquipières qui suggéraient de renvoyer chez elles des réfugiées musulmanes d’un centre voisin. Elles ne se rendaient même pas compte qu’elles parlaient à des filles de primo-arrivants. Souvent, ce ne sont pas les clubs, mais bien des individus, qui commettent un acte raciste. Mais ils ont l’espace pour le faire », témoigne-t-elle. Alors qu’elle rejoint une équipe luxembourgeoise pour deux ans, la jeune gardienne observe le décalage des mentalités entre les deux pays. Elle y trouve une multiculturalité ouverte et respectueuse. « Il y avait des Portugaises, des Allemandes, des Luxembourgeoises, des personnes racisées, et tout cela semblait banal. Personne ne songeait à faire la moindre remarque, et le système ne l’aurait pas permis. » En ce moment, Marie-France Foguenne poursuit un master dans une université du Nouveau-Mexique. « Je voulais continuer mes études tout en me formant à un haut niveau de football. Les universités américaines déploient des moyens colossaux. Ici, les mesures contre les discriminations sont très claires. Chaque match est précédé d’une annonce prévenant que tout propos raciste, sexiste ou homophobe sera sanctionné d’exclusion de stade. Je n’ai jamais rien entendu de déplacé. Et cela change énormément les choses. Je me sens mieux, je joue un meilleur football, ou soccer comme on dit aux USA. C’est un sport plutôt réservé aux femmes. Les hommes jouent au football américain. Dans notre université, il n’y a même pas d’équipe masculine de soccer. » Un trait culturel qui offre plus de possibilités à la jeune joueuse, pour la première fois affranchie du préjugé pesant selon lequel “les filles ne jouent pas au foot”. « En tant que femme, j’ai toujours dû prouver quelque chose en plus. De nombreux garçons ont voulu tester mes capacités. Je ne pense pas qu’ils font cela entre eux. Mais les mentalités évoluent, les esprits s’ouvrent, les clubs créent des ligues féminines », souligne-t-elle, heureuse que la culture américaine du soccer lui permette de s’épanouir avec plus de légèreté. Multiculturalité et sexisme B. Brixhe JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 27 UNIVERS CITÉ
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