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La Wallonie compte de nombreux territoires agricoles. Or elle dépend, à 80%, d’importations alimentaires. Par ailleurs, elle produit sept fois trop de pommes de terre, qu’elle exporte en frites. Elle vend les surplus de production de son lait sous forme de poudre dans les marchés africains – dérégulant au passage agriculture et commerce locaux. La Belgique envoie par ailleurs un porc sur deux hors de ses frontières et, dans cette exportation, un porc sur cinq vers le continent asiatique. Le tout avec une consommation haute de pesticides. Des chiffres qui, s’ils ne sont pas neufs ou inconnus, ne sont pas suffisamment intégrés dans la gestion de notre système agricole. C’est en partant de ce constat, avec le souhait de tirer la sonnette d’alarme et de « revenir aux fondamentaux », que trois spécialistes de Gembloux Agro-Bio Tech ont mené un ambitieux travail. Le Pr Benjamin Dumont et le vice-doyen à la recherche Jérôme Bindelle, respectivement spécialistes des végétaux et de l’élevage animal, ainsi que le chercheur Tom Desmarez ont conduit cette recherche, publiée dans la revue scientifique npj Sustainable Agriculture, appartenant au portfolio de Nature. « La question centrale est celle-ci : la Wallonie estelle capable, sans augmenter les surfaces dédiées à l’agriculture, de nourrir sa population de façon saine et responsable d’un point de vue environnemental, c’est-àdire en optant pour une agriculture plus durable et plus en phase avec notre assiette ? », pose Jérôme Bindelle. Plusieurs analyses existent au niveau des fermes, mais il manquait une vue quantitative plus large, englobant tant la production agricole de territoire wallon que l’alimentation des populations wallonnes et bruxelloises. DES SCÉNARIOS CLAIRS « Nous avons construit un algorithme qui part d’une page blanche, explique Tom Desmarez, et qui met en balance les besoins alimentaires d’une part, les cultures wallonnes d’autre part. » L’outil a fait ressortir 12 scénarios possibles, résultats des variantes de trois grands facteurs : le régime alimentaire (soit le modèle actuel de haute consommation de viande, soit le TYFA* basé sur une consommation de viande raisonnée, soit le EAT-Lancet** largement végétal), le niveau de gaspillage (soit réduit à 10 %, soit à 30 %) et le type d’agriculture (soit 100 % conventionnel, avec intrants chimiques et méthodes intensives pour maximiser les rendements, soit 100 % biologique). Les résultats sont clairs – « et encourageants ! », se réjouit Benjamin Dumont. Sous les niveaux de rendement obtenus en agriculture conventionnelle et en changeant de régime alimentaire, l’optimisation de l’utilisation des terres (via la diversité et rotation de cultures) permettrait non seulement à la Wallonie d’atteindre l’autosuffisance, mais aussi de libérer une partie de ses surfaces agricoles. Cette libération d’espace s’accroît encore en réduisant le gaspillage alimentaire, aujourd’hui estimé à 30 % des denrées. Les trois chercheurs voient là une opportunité de désintensifier l’agriculture, de renforcer la biodiversité et de promouvoir des usages plus durables du territoire. En agriculture biologique – « où les rendements sont moindres car on n’y active pas tous les leviers disponibles en production conventionnelle », rappelle Jérôme Bindelle –, l’autonomie wallonne est possible mais plus difficile à atteindre. Au sujet de la diversification, Tom JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 30 OMNI SCIENCES Une récente étude menée à Gembloux Agro-Bio Tech montre que la Wallonie pourrait nourrir sa population avec sa propre production agricole, à condition de repenser progressivement son système alimentaire, de la culture à la consommation. Des données inédites pour nourrir les décisions politiques en la matière. ARTICLE MARIE LIÉGEOIS Du champ Vers une autosuffisance alimentaire en Wallonie ?

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