Desmarez ajoute que la Belgique a un retard à rattraper au niveau des cultures protéagineuses et légumineuses (lentilles, haricots, pois, fèves), parfois plus difficiles à maîtriser. « On a très fort poussé la sélection au niveau du blé ; il faudrait y arriver dans les autres cultures également », pointe-t-il. À l’inverse de ces deux schémas positifs, l’algorithme rend un verdict définitif concernant le régime alimentaire actuel : il ne permettra pas l’autosuffisance wallonne « car une part trop importante des terres doit être dédiée à l’alimentation des animaux d’élevage et cela même si on a bien veillé à préserver les surfaces actuellement en prairies pour les différents services écosystémiques qu’elles assurent et que seuls les herbivores domestiques peuvent valoriser », rappelle Jérôme Bindelle. Pour autant, les chercheurs ne bannissent pas les animaux des campagnes et des assiettes. « L’animal conserve toute sa place dans la transition agroécologique. Dans les régimes alimentaires ovo-lacto-végétaux, nous avons besoin de lait et d’œufs. Dans les régimes omnivores, la production de viande des vaches laitières peut presque être perçue comme un co-produit suffisant pour assurer les besoins en viandes. Les élevages, même plus extensifs en prairie, assurent une circularité dans les systèmes de productions agricoles, par exemple en maintenant la fertilité, et peuvent tout à fait contribuer à la biodiversité », explique Benjamin Dumont. PRAGMATISME ET COHÉRENCE « Ce que l’on soutient, c’est une agriculture certes moins productive mais qui alimente l’assiette et non pas une machinerie faite d’imports-exports absurdes », martèle Benjamin Dumont. Quid de ces échanges commerciaux, dès lors ? « Cette période de grands bouleversements, climatiques et sociaux, incite aussi à de la prudence. Il faut certainement conserver des exportations alimentaires avec d’autres pays. Mais au lieu de vendre au bout du monde, pourquoi ne pas repenser les choses à l’échelle transfrontalière, en visant une souveraineté européenne ? », suggère-t-il, en insistant sur la cohérence des paysages agricoles et des cultures qui en découlent. Un découpage qui ne correspond pas toujours aux frontières administratives d’un pays. Qui peut prendre à bras-le-corps ce changement nécessaire ? Le consommateur ? L’agriculteur ? « Le véritable enjeu est au niveau politique et dans la cohérence des décisions : c’est en soutenant certaines filières plutôt que d’autres que les responsables donneront les clés pour que se redessine le paysage agroalimentaire, dans lequel interviennent aussi les acteurs de la transformation et de la distribution », insiste Jérôme Bindelle, qui note que l’étude circule dans quelques cabinets politiques. À ses yeux, la décision de l’université de Liège d’opter pour des cantines plus durables [lire pages 28-29] représente un geste fort. Selon lui, et puisque la sécurité alimentaire ne dépend pas uniquement de la production mais aussi de choix collectifs, « il est essentiel que des institutions publiques s’emparent de cette question ». * Le régime TYFA (Ten Years For Agroecology), élaboré par des chercheurs, vise à mener l’agriculture européenne vers une durabilité forte en adoptant des pratiques agroécologiques, plus respectueuses de l’environnement et moins dépendantes des intrants chimiques. ** Le régime EAT-Lancet, élaboré par des scientifiques et paru pour la première fois dans la revue The Lancet, vise à nourrir 10 milliards de personnes d’ici 2050 en respectant les limites planétaires et en améliorant la santé publique. Shutterstock-PeopleImages JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 31 OMNI SCIENCES à l’assiette
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=