de Psychologie de l’ULiège, et bien que ce domaine occupe toujours une part importante de ses recherches, Christine Bastin rejoint en 2006 le Centre de recherches du cyclotron afin de travailler sur la maladie d’Alzheimer. Cette maladie est un trouble neurocognitif progressif qui touche dans son immense majorité des personnes de plus de 65 ans. Elle se caractérise par une dégénérescence cérébrale qui s’installe petit à petit et qui s’aggrave au fil du temps, touchant en particulier la mémoire. « Les personnes vont d’abord oublier de plus en plus de choses faites la veille, ou qu’on a pu leur raconter, dévoile la chercheuse. Puis, à mesure que la pathologie s’étend aux différentes zones du cerveau, d’autres troubles se manifestent, comme des difficultés de langage, de concentration, de reconnaissance de leur entourage. Dans les derniers stades, on constate des difficultés à s’habiller, se nourrir, se laver. » « D’un point de vue neurologique, la maladie d’Alzheimer se caractérise par une accumulation de protéines amyloïdes, sous forme de plaques qui asphyxient les neurones, poursuit-elle. On constate également une dégénérescence neurofibrillaire au niveau de la protéine tau qui, comme un squelette, est responsable du maintien de la rigidité des axones. Les neurones perdent alors leur rigidité, s’agglomèrent et meurent également. Et il est important de noter que ces deux phénomènes apparaissent dans le cerveau des dizaines d’années avant les premiers symptômes. » Pour autant, toutes les personnes qui présentent des plaques amyloïdes ne développeront pas une maladie d’Alzheimer. « Le fait d’avoir fait de longues études, par exemple, d’avoir une vie sociale riche ou encore une profession stimulante ont un effet protecteur contre la maladie. Tout comme le fait de jouer à des jeux de société, véritables outils de réflexion et de sociabilisation. » Pour Christine Bastin, toute à ses travaux sur la recollection et la familiarité, l’étude de la maladie d’Alzheimer s’est révélée précieuse. « L’une des premières zones touchées par la maladie se trouve être très précisément le cortex périrhinal, avance-t-elle. Cela nous a fourni un modèle unique de changements cérébraux liés à l’atteinte de ce cortex. » Mais la curiosité scientifique seule n’explique pas la passion de la chercheuse pour cette maladie, même après toutes ces années. « À force de côtoyer des patients, j’ai vraiment rencontré là une maladie touchante, qui modifie profondément les gens et qui a des impacts importants sur leur vie et celles de leurs proches, relate-t-elle. Je me dis que si je peux aider à comprendre ce qui se passe d’un point de vue cérébral, et proposer des tests de diagnostic précoce, alors j’ai un rôle important à jouer dans notre société. » UN TEST PRÉCOCE Au fil des années, et à l’aide d’un mandat de chercheuse qualifiée FNRS obtenu en 2013, la neuropsychologue s’est donc attachée à trouver un moyen de caractériser au plus tôt cette maladie, afin d’en retarder l’apparition des symptômes. Grâce à ses travaux sur le vieillissement, la chercheuse avait ainsi contribué à montrer que la familiarité reste intacte, alors que la recollection, elle, se fait moins précise avec le temps. Mais dans le cas de la maladie d’Alzheimer, les choses sont beaucoup plus compliquées. « Au départ, la littérature scientifique montrait que la familiarité était préservée chez ces patients, dévoile-t-elle. Et nous avons donc essayé d’améliorer la mémoire des malades grâce à des techniques qui faisaient précisément appel à la familiarité. Mais au contraire, les patients se retrouvaient en grande difficulté, ce qui était très interpellant. » À l’aide des images cérébrales obtenues par IRM, Christine Bastin a alors noté que le métabolisme du cortex périrhinal était, chez ces personnes, très affecté. Petit à petit, et en creusant ces résultats, elle en est venue à redéfinir la familiarité de façon plus complexe. « Nous pensons que la familiarité résulte d’une intégration par le cortex périrhinal des informations venant de diverses zones du cerveau, comme les couleurs ou le langage, et liées ensemble sous une forme plus complexe que l’on nomme une entité. » Cette vision plus intégrative du fonctionnement de la mémoire serait, selon la neuropsychologue, la clé d’un dépistage plus efficace de la maladie. « Alors que de nombreuses études testant la familiarité chez des personnes atteintes d’Alzheimer montraient des résultats contradictoires, cette conception globale de la familiarité nous permet réellement de déceler les premiers déficits mnésiques, et nous pensons qu’il s’agit là d’un des premiers signes cliniques de la maladie, bien avant les autres symptômes », explique-t-elle. L’an dernier, Christine Bastin a reçu une bourse de 300 000 euros de la fondation Stop Alzheimer. Ce JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 44 LE PARCOURS
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