Les Ardennes, l’une des régions touristiques majeures de Belgique. Un « tsunami ». C’est avec ce terme que Frédéric Schoenaers, vice-recteur à l’enseignement, qualifie la situation. « L’IA ouvre des zones infinies et controversées de réflexion, avec un corps professoral segmenté : certains l’utilisent pour enrichir leurs dispositifs de cours, certains la refusent net, d’autres sont mitigés ou démunis », observe-t-il. Au-delà du positionnement de chacun, les autorités ont mis sur pied, quelques mois après l’arrivée de l’intelligence artificielle générative en novembre 2022, un groupe de travail “IA et enseignement” qui a rapidement formalisé une charte à destination de la communauté universitaire*. Dans la foulée, plusieurs Facultés ont rédigé leurs propres balises. « Clairement, l’ULiège n’a pas la vision de nier l’IA, ce serait une erreur stratégique », insiste Frédéric Schoenaers. L’UNIVERSITÉ DÉSTABILISÉE « L’intelligence artificielle, qui se démocratise depuis trois ans, démocratise aussi la possibilité de se faire aider, pour le meilleur et pour le pire. Ambiguë, elle peut aussi bien être un partenaire d’étude efficace qu’un vecteur de paresse intellectuelle. Elle peut se mettre au service de la pensée tout comme elle peut dispenser… de penser. Si elle veut rester à la hauteur de ses missions, l’Université doit se mettre en quête des moyens de préparer les étudiants aux nouvelles symbioses IA-IB (intelligence biologique) qui se dessinent », pose Dominique Verpoorten, professeur en pédagogie de l’enseignement supérieur, coordinateur du groupe interfacultaire “IA et enseignement” qui mutualise informations et ressources liées à ces défis inédits. Parmi diverses actions, l’Institut de formation et de recherche en enseignement supérieur (Ifres) a ainsi augmenté le nombre de formations mêlant IA et pédagogie. « Nous avons une vraie responsabilité dans ce qui est en train de se jouer, note Frédéric Schoenaers. De plus en plus de disciplines seront interdépendantes de l’IA, les métiers évoluent et s’appuient davantage sur les softskills. Il est de notre devoir d’éduquer les jeunes à ce basculement, de leur apporter une solide formation à l’esprit critique. » Le sociologue soulève des questions de fond dont les réponses sont à construire, pas à pas : à quel point l’ADN de l’Université, sa légitimité même seront-ils remis en question ? Quelle sera encore la validité des savoirs enseignés ? Comment conserver le sceau de la rigueur scientifique ? « L’IA fait trembler les colonnes du temple, surtout pour les évaluations et travaux réalisés à domicile », exprime Pascal Detroz, professeur en pédagogie de l’enseignement supérieur qui estime qu’« utiliser des outils pour débusquer les textes générés par l’IA devient vide de sens puisque l’IA peut désormais faire semblant de ne pas être de l’IA. » Il parle d’une “ère post-plagiat” où l’écriture hybride, mélange d’éléments humains et artificiels, va devenir la norme, « loin de l’image romantique de l’auteur s’attelant à l’écriture ». Que les discours soient alarmistes ou posés, « l’université doit s’emparer de cette question et absorber le choc de l’IA », dit-il. « Auparavant, les universités représentaient le lieu du savoir. Avec l’arrivée d’internet, la notion de pédagogie, du “comment enseigner” s’est imposée. Avec l’irruption de l’IA, c’est la plus-value de l’université par rapport aux firmes privées, dotées de plus de moyens et d’agilité, qui est en jeu. Les universités garderontelles la primauté sur les connaissances et les diplômes à délivrer ? », interroge Pascal Detroz. À la tête du collectif “Pédagogie robustesse”, qui regroupe des professeurs de l’ULiège et des internationaux, il mène une réflexion centrée sur les profonds changements de société que génère l’IA : « Comment, d’ici cinq à dix ans, former les étudiants ? » En s’adossant aux concepts de robustesse ou d’antifragilité développés respectivement par Olivier Hamand et Nassim Nicholas Taleb, ce groupe de travail planche sur plusieurs niveaux : comment affronter les * Charte ULiège d’utilisation des intelligences artificielles génératives dans les travaux universitaires : www.student.uliege.be/IA JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 47 OMNI SCIENCES
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