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Le vice-Recteur à l’enseignement indique enfin que l’ULiège est sur le point de mettre en place un comité de pilotage stratégique pour l’IA, qui aura pour mission de veiller au suivi de la thématique et de prioriser les chantiers. « On sait déjà que les vidéos à l’attention des étudiants et la mise en conformité avec l’AI Act sont prioritaires ». « Ce qui traverse toutes ces initiatives, insiste-t-il, c’est l’urgence de doter les jeunes d’un solide esprit critique, d’une conscience de l’impact écologique de l’IA et de la capacité à comprendre ce qui se joue dans le moteur pour, idéalement, manœuvrer au mieux le véhicule. » Pour reprendre l’une des conclusions de l’enquête menée en 2025 au sein de l’ULiège**, « les enseignants et enseignantes paraissent tous placés devant une même nécessité de prises de réflexion et de décision urgentes qui n’est pas sans rappeler la stupéfiante confrontation à la COVID […], à cette différence près que l’IA n’est pas un virus passager ». Par ailleurs, la conférence prévue en décembre dernier par Dominique Verpoorten portait ce titre : “L’irruption de l’intelligence artificielle est violente pour beaucoup d’enseignants”. C’est dire si le séisme est de taille. Ou représente l’occasion de repenser ce qui rend la formation universitaire irremplaçable, au-delà des technologies disponibles. ** Une étude, intitulée “Perceptions de l’IA à l’université : une enquête sur les outils, pratiques et postures pédagogiques” a été menée en 2025 auprès des enseignant·es de l’ULiège par Dominique Verpoorten, Catherine Delfosse, Véronique Doppagne et Frédéric Schoenaers, qui a compté 404 réponses. 70 % des répondant·es déclarent utiliser l’IA, de “tous les jours” à “moins d’une fois par semaine”. L’IA est la plus pratiquée dans la création de supports d’apprentissage et génère le plus de réticences dans son implication dans la correction de travaux. Beaucoup d’enseignant·es identifient un possible gain de temps grâce à l’IA. La plupart des répondant·es s’interrogent sur ce qui fait désormais le cœur de l’activité universitaire. * à lire en détails sur https://orbi.uliege.be/handle/2268/333440 Esprit critique Comment les professeurs s’approprient-ils – ou non – les outils d’IA générative ? Entre explorations innovantes et doutes, coups de sonde chez quelques enseignants. Leur préoccupation centrale : aiguiser l’esprit critique. L’intelligence artificielle, le psychiatre Giovanni Briganti, chargé de cours en santé digitale en faculté de Médecine, la côtoie depuis dix ans : comment les moyens technologiques peuvent-ils améliorer les soins de santé ? Son objectif est de sensibiliser les étudiants à une utilisation optimale, via des formations pour améliorer le diagnostic clinique, l’exploration des IA médicales et l’encouragement à utiliser l’outil Copilot, en lien étroit avec la charte ULiège. Coordinateur pour la plateforme fédérale AI4Health depuis 2020, Giovanni Briganti l’affirme : « L’IA dans les soins de santé est perçue positivement par les étudiants et les médecins en Belgique, seul pays au monde à ce jour où les cours axés sur l’IA en médecine sont obligatoires. » Pour autant, il reste prudent : « La tâche la plus importante qui incombe aux jeunes est de garder l’esprit critique et de réaliser qu’une utilisation excessive de l’IA comporte un réel risque de dommage cognitif. » Passionné par la question, plongé dans cette technologie au quotidien, il conclut : « Je n’arrêterai ces recherches et enseignements que si je me rends compte que le risque dépasse le bénéfice. Et je dois avouer que ce doute me taraude chaque jour. » JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 49 OMNI SCIENCES

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