RECHERCHE DE SENS Hélène Soyeurt est professeure en data mining et machine learning à Gembloux Agro-Bio Tech. Très vite intriguée par l’IA, elle a un déclic suite à une formation et se lance dans quelques expérimentations, dans le cadre de ses cours. Responsable d’environ 150 rapports de stage d’observation rendus chaque année par des étudiants de premier bac, elle constate que « les mauvais rapports deviennent rarissimes puisque la majorité des étudiants utilisent l’IA ». « Est-ce que tout cela fait encore sens ? Quel poids va-t-on donner encore à ces comptesrendus ? », s’interroge-t-elle. Elle réfléchit à un retour à une évaluation en présentiel : écrire ce travail en auditoire, sans accès aux outils d’IA. « Je veux être certaine que les étudiants ont la capacité de rédiger un rapport réflexif sur base de leur expérience vécue lors du stage et de leur perception personnelle du métier de bioingénieur. » Plus largement, consciente que l’IA fait partie du quotidien des étudiants et peut générer de la qualité moyennant de bons prompts et entraînements, Hélène Soyeurt plaide pour plus de formations pratiques : « J’ai un peu désacralisé la chose auprès de collègues : l’IA est accessible à tout le monde ! » Elle encourage « l’audace » via, pourquoi pas, “les 5 minutes de l’IA” dans les conseils de Faculté. « Il est essentiel d’apprendre à s’en servir, en tenant compte des aspects écologiques, éthiques, juridiques (AI Act) avec l’objectif d’allier le plus intelligemment possible les atouts d’un professionnel, en l’occurrence ici d’une ou un bioingénieur, et ceux de l’IA. Les requêtes ne doivent pas remplacer la personne ou l’effort intellectuel, mais apporter une plus-value. » Du côté des futurs traducteurs et interprètes, l’IA représente une menace tangible. La question est devenue à ce point cruciale qu’un cours entier lui est dédiée en première année, “Enjeux pratiques et éthiques de l’intelligence artificielle en lien avec la traduction”. Il a été conçu par Perrine Schumacher, première assistante au département des langues modernes, chercheuse dans ce domaine depuis neuf ans. « Cela fait plusieurs années que l’IA bouleverse le secteur de la traduction, avec des prédictions de disparition du métier. Je reconnais la puissance de l’outil, mais les experts langagiers et l’humain comme post-éditeurs restent essentiels », explique-t-elle [lire l’article “Une revue polyglotte“, Le Quinzième Jour, n° 292, sept. 2025]. Dans son nouveau cours, Perrine Schumacher teste des outils avec les étudiants et aborde divers enjeux – sociétaux, environnementaux, algorithmiques (« l’IA générative sur-représente la voix de l’homme blanc occidental hétérosexuel », rappelle-t-elle). Le rôle de l’enseignant, selon elle, est crucial quant à l’esprit critique et la réinvention des méthodes d’évaluation. « L’une des voies : cesser d’évaluer le produit fini et se concentrer sur le processus de travail, les compétences mobilisées tout au long de l’apprentissage. » Pour leur travail de fin d’études, les futurs traducteurs doivent désormais signer un “contrat d’authenticité”, pacte de confiance précisant leurs (éventuels) usages de l’IA. Professeur en humanités numériques et cultures vidéoludiques en faculté de Philosophie et Lettres, BjörnOlav Dozo prend l’IA « très au sérieux » dans ses cours et étudie les discours qui l’entourent. « Je remarque que certains étudiants et étudiantes ne font pas la distinction entre les situations d’énonciation (humaines ou machiniques) des textes : ceux “extrudés” par l’IA sont désincarnés, même s’ils sont chargés idéologiquement. Ils miment des situations d’énonciation, mais ne sont que des inférences probabilistes dépendantes du corpus d’entraînement, constate-t-il. Il est important de l’expliquer en détail aux étudiants, afin qu’ils reprennent confiance en leur voix critique. » En faculté des Sciences, Nicolas Vandewalle, professeur en physique, est soucieux d’outiller au mieux les étudiants qui ont, pour beaucoup, fait de l’IA un partenaire quotidien. Il travaille pour septembre à un module de vidéos. « Il s’agit de six capsules thématiques que les enseignants pourront intégrer à leurs cours, qui abordent ces questions : MAINTENIR LA CRÉATIVITÉ, L’ORIGINALITÉ DE PENSÉE JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 50 OMNI SCIENCES
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