« J’ai longtemps été schizophrène, confesse Christine Pedotti, journaliste et intellectuelle catholique française. Mais le mot malheureux de l’archevêque de Paris, le cardinal André VingtTrois, m’a guérie de cette schizophrénie. » Interrogé en 2008 sur la possibilité que les femmes puissent occuper un certain nombre de responsabilités dans le clergé catholique, le prélat prononce sur les ondes d’une radio chrétienne cette phrase malsonnante : « Le plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui soient formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, encore faut-il avoir quelque chose dans la tête. » Les propos indignent. Pour Christine Pedotti, alors romancière et auteure d’ouvrages de vulgarisation de la foi catholique à destination des plus jeunes, c’en est trop. « Car moi je pensais pourtant depuis un sacré moment que j’avais quelque chose dans la tête. » Elle fonde alors, avec la journaliste Anne Soupa, figure du catholicisme de gauche en France, le “Comité de la jupe”, aujourd’hui rebaptisé Magdala1, dans le but de promouvoir l’égalité des femmes et des hommes dans l’Église. « C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à être une féministe dans le catholicisme », annonce-t-elle. À la fois catholique pratiquante et habitée de convictions féministes fortes, Christine Pedotti avait longtemps éprouvé le malaise de ce « dangereux rapprochement » idéologique. Dangereux car, à l’heure où les femmes ont enfin acquis un statut plénier dans la société, où elles existent pour elles-mêmes et non plus parce qu’elles sont l’épouse, la mère, ou la fille de tel ou tel homme, l’Église catholique semble s’évertuer à ignorer ce que nos sociétés considèrent désormais comme bon et désirable. « Le mot “émancipation”, rappelle-t-elle, renvoie à l’idée de n’être plus sous la main de quelqu’un. Pour le dire vite, la définition même du patriarcat, c’est la main des hommes sur le corps des femmes. Or les femmes d’aujourd’hui ont repoussé cette main, elles s’en sont émancipées. Pourtant, il suffit d’ouvrir les yeux pour constater que toute forme d’autorité dans l’Église catholique – celle de gouverner, d’enseigner, de célébrer les sacrements – demeure exclusivement aux mains des hommes. » Et pas n’importe lesquels. « Des hommes célibataires, c’est-à-dire sans relations avec les femmes, ajoute Christine Pedotti. Il s’agit d’un célibat à plein temps, alors que celui-ci n’est pas prescrit par les Évangiles. Les hommes autour de Jésus n’étaient d’ailleurs pas célibataires, ni du reste, plus tard, les premiers prêtres. » Pour elle, le célibat des hommes d’Église est un contresens et témoigne de la grande misogynie du clergé catholique envers le corps des femmes. Un corps encore jugé impur, intouchable. Un corps dont il est impératif de s’abstenir. Ce sacrifice, qui implique un double abandon de la sexualité et de la parentalité, s’accompagne de l’idée que les prêtres reçoivent en contrepartie, lors de leur ordination, « des pouvoirs sacrés de médiateurs des biens du Ciel », ce qui leur confère non seulement l’autorité d’administrer les sacrements, mais aussi une puissante aura qui les place au-dessus des hommes. « S’abstenir des femmes, c’est être déjà un peu en lévitation, à mi-chemin entre le Ciel et la Terre. » Représentants du sacré, ils sont eux-mêmes sacrés. « L’autorité des prêtres est d’autant plus importante qu’elle est reçue en droit divin : ces hommes sont choisis, appelés par le Seigneur. Bien entendu, ironise la journaliste, lorsque des femmes indiquent avoir, elles aussi, entendu cet appel, on leur rétorque qu’elles ont mal entendu, que c’est un faux appel. Dans sa forme structurée, le catholicisme est une religion largement misogyne. » 1 https://magdala-feministes.org/ JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 55 L’INVITÉE
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