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67 JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE OMNI SCIENCES Combien de métaux composent un smartphone ? Une batterie de voiture électrique ? Quelle est leur origine ? Leur nom ? Quels sont les procédés nécessaires au recyclage de ces fameux métaux ? L’homme du 19e siècle savait ce qu’il devait au charbon et, au siècle suivant, nul n’ignorait l’importance du pétrole. Aujourd’hui, à l’heure de la transition énergétique et de la révolution numérique, nous faisons à peine un lien entre ces bouleversements en cours et l’approvisionnement en métaux qui nous viennent des quatre coins de la planète. Nous ne connaissons finalement pas grandchose de cette “metal story” dans laquelle la Maison de la métallurgie et de l’industrie de Liège (MMIL), qui fait partie du Pôle muséal de l’ULiège, nous propose de nous plonger, le temps d’une exposition à découvrir au printemps 2026. Un duo pilote ce projet : l’ingénieur géologue Éric Pirard, professeur en faculté de Sciences appliquées, directeur de la MMIL et commissaire de l’exposition, et la muséographe Elena Marcos, détachée du musée le temps de mettre sur pied l’exposition, depuis le département Argenco (géoressources minérales). Cette exposition apparaît comme nécessaire à double titre. D’abord, elle a été voulue par Éric Pirard pour attirer à nouveau le public au musée. Les temps sont durs pour nombre d’institutions culturelles et la MMIL ne fait pas exception à la règle. Il était également nécessaire de repenser la scénographie du musée avec, en ligne de mire, sa modernisation à l’horizon 2028. Le musée, partenaire de l’université de Liège dispose pour cela d’un atout de taille puisqu’il bénéficie du programme Interreg Grande Région, qui permet de financer des projets transfrontaliers à haute valeur ajoutée au sein de cinq territoires : le Luxembourg, la Wallonie, la Lorraine, la Sarre et la Rhénanie-Palatinat. L’exposition “Metal Story” sera donc itinérante dans cet espace de la Grande Région, avant son retour en Belgique en 2028. L’autre enjeu, c’est tout simplement la thématique abordée. La transition énergétique passe par la décarbonation de nos modes de production et de consommation. Cet objectif repose sur deux piliers complémentaires : les énergies renouvelables (éolien, solaire, véhicules électriques) et le numérique (télécommunications, stockage de données, intelligence artificielle), qui doit permettre des économies d’énergie grâce à des réseaux d’électricité ultra-performants. Mais rien de tout cela n’est possible sans métaux, sans matière. Avec tout ce que la chaîne d’exploitation suppose. LE RÔLE DE LA MUSÉOGRAPHIE Le parcours permanent actuel de la MMIL permet au visiteur de se plonger dans la très riche histoire industrielle de Liège et de sa région, du Moyen Âge à 1960, mais ne va pas au-delà. Deux métaux sont mis à l’honneur, le fer et le zinc. La région liégeoise a en effet été le berceau de l’industrie mondiale du zinc, notamment grâce à l’important gisement de la Vieille-Montagne à Moresnet dont l’exploitation à l’échelle industrielle débute en 1805 après que Napoléon Ier en confie la concession à Jean-Jacques Daniel Dony, chimiste liégeois et inventeur du procédé industriel de fabrication du zinc métallique. Quelques années plus tard, John Cockerill, fils d’un industriel britannique actif dans le textile, rachètera le palais d’été des Princes-Évêques de Liège, à Seraing. Il en fera un complexe industriel de grande envergure. S’ensuivra une période faste au point qu’entre 1840 et 1900, la Belgique sera la deuxième puissance industrielle au monde. La sidérurgie liégeoise continuera à se moderniser et à connaître la croissance jusqu’au début des années 1970. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, et il manquait au musée une perspective plus contemporaine. “Metal Story” reprend le fil chronologique pour nous projeter dans notre siècle. Sur une surface réaménagée de 300 mètres carrés environ, auparavant consacrée au gaz et au pétrole (tout un symbole !), le visiteur se trouvera plongé dans l’univers fascinant – mais méconnu – de la matière et du métal, depuis son extraction jusqu’à sa deuxième vie au terme de procédés de recyclage complexes. Ceuxci permettent d’ailleurs le développement de nouvelles activités industrielles de pointe dans la région. “Metal Story” est destiné au grand public, ce qui a nécessité de faire des choix pour s’adresser autant au visiteur averti qu’au profane. C’est tout l’enjeu des expositions à teneur scientifique. « Il faut pouvoir trouver un équilibre », confie Elena Marcos, aux commandes pour mettre en scène l’exposition. « Le rôle du ou de la muséographe, explique-t-elle, c’est de s’approprier et de comprendre toutes les thématiques énoncées par le commissaire et de les rendre accessibles au public. On travaille aussi avec un scénographe pour habiller l’exposition au mieux. Il y aura par exemple de nombreux modules de médiation grâce auxquels il sera plus facile de visualiser les différentes propriétés des métaux. Les arts trouvent aussi leur place. Nous avons choisi à certains endroits de proposer une scénographie plus percutante sur le plan visuel. » Tout ceci ne se fait pas en un tour de main. Ce que souligne volontiers le géologue et

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