JANVIER-AVRIL 2026 I 293 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 68 OMNI SCIENCES commissaire de l’exposition : « C’est un vrai défi ! Ce n’est pas mon métier mais cette expérience enrichissante me fait penser à la différence entre le scénario d’un film, puis sa réalisation et son montage. » SORTIR LES MÉTAUX DE L’INVISIBILITÉ Quand on parle de métaux, il faut pouvoir rendre visible l’invisible. Cette préoccupation est au cœur de l’exposition, ainsi que l’explique Éric Pirard qui a consacré une grande partie de sa carrière à l’exploitation durable des ressources minières : « Chacun doit comprendre qu’on quitte une société basée sur le pétrole pour une société basée sur les métaux. » Dans cet objectif, le parcours proposé met en avant trois grandes thématiques : la transition numérique, la transition énergétique et la mobilité. Le lien entre les trois ? Les métaux. « Tout ce qui est numérique, par exemple le cloud, a l’air d’être virtuel alors qu’en fait, cela repose sur des métaux. Du cuivre pour conduire les électrons, du fer pour stocker dans les mémoires. Les énergies renouvelables ? Elles n’existent que grâce aux métaux. En effet, pour transformer le vent en électricité, il faut des métaux. La mobilité ? Les véhicules électriques, ce sont aussi des métaux ! Rien que dans mon téléphone, il y en a 70. » Mais pas n’importe lesquels. Car si pendant des siècles l’humanité a exploité ceux dont le nom était connu de tous (le fer, le cuivre, l’or, l’argent, l’étain, le plomb, l’aluminium) au point d’être à la racine de mots du quotidien (plomberie, plombage, voie ferrée, cuivré, etc.), les métaux au cœur des technologies dites “vertes” sont quant à eux de parfaits inconnus pour le grand public. Ils portent des noms mystérieux – cobalt, bismuth, germanium, gallium – et ont comme caractéristique d’être disponibles en toute petite quantité dans les roches terrestres. Il faut ainsi en moyenne un kilo de roche pour obtenir 19 milligrammes de gallium. Un caillou n’est donc pas un simple caillou. Raison pour laquelle la compréhension de notre environnement immédiat constitue la première section de l’exposition. « L’une des missions du musée, c’est d’encourager la culture scientifique. Il faut être capable d’identifier les métaux, les atomes qui forment la matière autour de nous. Le fameux tableau périodique de Mendeleïev est ainsi présenté au début de l’expo. Tous ces métaux sont là, dans une poignée de terre, dans un morceau de roche. Il n’y a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde. D’ailleurs, volontairement, nous présenterons quelques gisements en Europe : lithium en France, zinc ici en Belgique, à La Calamine, tungstène en Autriche. Nous voulons montrer au public que ça ne se passe pas toujours ailleurs, en Chine ou en Afrique du Sud. Non, c’est sous vos pieds, ça se passe près de chez vous ! », insiste Éric Pirard. Il sera temps ensuite d’étudier les propriétés de certains de ces métaux, une fois qu’ils sont identifiés et nommés, au travers d’ateliers destinés notamment aux plus jeunes. Le visiteur découvrira, dans le reste du parcours, trois métaux en particulier : l’aluminium, le titane et le cuivre. Sous ses pieds, un grand planisphère lui permettra de visualiser leur “odyssée”, depuis leur zone d’extraction jusqu’au produit final. Trois objets du quotidien constitués de ces métaux créeront un lien concret entre le métal et son utilisation – canette, tôle de voiture et circuit électronique. Plus généralement, il faut se résoudre à l’évidence : nous n’avons jamais été aussi gourmands en métaux. Pour le démontrer, quoi de plus familier et plus parlant qu’une maison ? « Nous allons reconstituer deux intérieurs. Le premier, des années 1960, avec peu de technologies, plus faciles à utiliser et ne faisant appel qu’à quelques métaux. Le deuxième, un intérieur actuel, bourré de technologies et de matières premières qui leur sont associées », décrit Elena Marcos. Et c’est tout à fait logiquement que quelques mètres plus loin, la section dédiée à la surconsommation et à la “génération Bic” – en référence au stylo-bille en plastique et jetable – attend le visiteur. Amoncellement d’écrans de télévision, de machines à laver et autres produits électroménagers : « À ce moment-là, on visualise très bien la quantité de déchets électriques et électroniques que nous générons. » L’objectif ici est bien de faire prendre conscience de l’omniprésence des métaux et de notre consommation effrénée. Et, idéalement, d’induire un changement de comportement. RECYCLAGE COMPLEXE MAIS INNOVANT L’exposition s’inscrit ensuite résolument dans l’avenir. Elle invite le public à ne pas se voiler la face en idéalisant le recyclage mais à considérer cette étape comme un dernier recours après plus de sobriété et l’envie de faire durer les objets. Un Repair Café sera d’ailleurs intégré pour se familiariser avec les techniques de réparation et les respecter en tant que maillon indispensable du cycle de vie des métaux. Une fois parvenus à la section recyclage, les visiteurs se trouveront plongés au cœur de la “Reverse Metallurgy”, ce programme d’innovation wallon qui mobilise les technologies de pointe au service du recyclage des métaux. « Cependant, nous montrons qu’il est très
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