Le Printemps Simenon

Du 8 au 11 mars, au centre de Liège

In Univers Cité
Article Patricia JANSSENS - Photos Victor Dinitz © Simenon. TM, coll. John Simenon

Du 8 au 11 mars, au centre de Liège accueillera exposition, conférences, colloque universitaire, nouveau parcours Simenon, rencontres littéraires, lectures commentées, retrospective cinématographique...

Le superlatif lui va bien : Georges Simenon est le plus connu des écrivains liégeois et, avec Hergé, le plus lu des auteurs belges.

Le 13 février prochain, il aurait eu 120 ans. Une belle occasion de le mettre à l’honneur dans sa ville natale. À l’initiative de l’ULiège et de John Simenon, son fils, et en collaboration avec la Ville, un festival baptisé “ Le Printemps Simenon” aura lieu du 8 au 11 mars 2023.

Bientôt le coeur de la Cité ardente battra au rythme de son romancier le plus célèbre. Exposition au Grand Curtius, grande conférence du journaliste et écrivain français Olivier Barrot, colloque scientifique à l’Université et rétrospective cinématographique aux Grignoux, entre autres, témoigneront de l’attachement de Liège à son enfant prodige. Et vice-versa. « Le festival sera l’occasion d’associer dans un même mouvement des enseignants et chercheurs de la faculté de Philosophie et Lettres ainsi que les étudiants, se réjouit Benoît Denis, professeur de littérature du XXe siècle et directeur du festival. Mais la date anniversaire est aussi une opportunité pour revisiter son oeuvre et pour s’interroger sur ce qu’il représente dans la culture contemporaine. »

PAS DE LITTÉRATURE MON PETIT SIM !

Malgré les apparences, l’auteur de La chambre bleue, du Chat, des Frères Rico est toujours bien vivant en librairie : ses titres se vendent dans le monde entier et sont régulièrement adaptés à l’écran. Le succès immédiat des Maigret a propulsé Simenon en haut de l’affiche dès les années 1930, mais il n’oblitère pas ses 120 romans dits “durs” ou “psychologiques”. « Son activité littéraire la plus aboutie se situe dans les années 1930-1950, précise Laurent Demoulin, conservateur du fonds Simenon à l’ULiège. Ses livres ont le charme du Paris d’antan et distillent un petit parfum de nostalgie. Mais je pense que l’atout majeur de ses romans réside dans leur implicite. Simenon campe un décor, un univers, une atmosphère, avec souplesse et efficacité. Il décrit son héros par petites touches, sans en cerner véritablement les contours. Cette technique laisse le champ libre à l’imaginaire du lecteur, ce qui permet aux histoires de se jouer du temps qui passe. »

Alors, immortel Simenon ? « Il est sans conteste inspirant, reprend Benoît Denis. Il reste à l’heure actuelle encore une référence dans le milieu des Lettres. Lors du festival, nous recevrons notamment des Italiens, Hispanophones ou Anglo- Saxons, auteurs de romans policiers, qui évoqueront leur filiation avec l’inventeur du commissaire Maigret. » C’est qu’il manie l’art du conte avec élégance. Son credo ? Pour commettre un crime, il faut une fêlure. « Il cherche la faille et Maigret trouve l’assassin, poursuit Laurent Demoulin. Celui-ci est bien souvent un quidam, un bourgeois dans une petite ville de province, qui, à la faveur d’un concours de circonstances, décide de changer de vie. » L’écrivain entretient une véritable empathie avec ses personnages, oublie ses préjugés de classe et met en scène toute la société de son temps : les bourgeois, les petits commerçants, les clochards, les industriels, les notables, les aristocrates.

Simenon – il l’a dit dans une interview – a retenu le conseil de Colette : “Pas de littérature mon petit Sim !”. Son vocabulaire est simple, son style fluide et sobre. S’il ne recourt pas volontiers à la métaphore ni aux figures de style en général, il varie la construction des phrases, ce qui donne à l’ensemble une musicalité singulière. Par ailleurs, il émaille ses récits de nombreux dialogues. « Et la langue utilisée par chaque personnage sert de marqueur social, ajoute Laurent Demoulin. Accessible sans être grossière, sa prose qui répugne aux longues explications est facile à traduire. En examinant ses manuscrits, on est frappé par la qualité du “‘premier jet”. Il fait très peu de ratures et les corrections vont toujours dans le sens de la simplification. »

L’exposition au musée Grand Curtius évoquera le Simenon des années 1930, sillonnant en bateau l’Europe, l’Afrique, la Méditerranée et le reste du monde pour une série de reportages et de rencontres photographiques. « Il parcourt l’Europe durement touchée par la crise, explique Benoît Denis, et, comme dans ses romans, s’intéresse aux visages, aux gens. Ses photos témoignent par exemple de l’Afrique coloniale, un régime sur lequel il pose un regard critique. »

LIÈGE TOUJOURS

Même s’il l’a quittée à 19 ans, Simenon a offert à Liège ses lettres de noblesse littéraire. Non seulement il a puisé dans sa biographie pour composer son oeuvre, mais la Cité ardente, décor principal de Pedigree, irrigue toute sa production. « Le nouveau “parcours Simenon” sous forme numérique, inauguré lors du festival, revisitera ainsi les lieux de son enfance, ainsi que les quartiers décrits dans ses livres », détaille Benoît Denis.

Reconnaissante, l’université de Liège lui a décerné les insignes de docteur honoris causa en 1973. La même année, l’écrivain décida de confier ses archives au Pr Maurice Piron, qui sera à l’initiative de la création du Centre d’études d’abord, du fonds Simenon ensuite (en 1976). Le colloque intitulé “Les études simenoniennes : bilans et perspectives” prendra appui sur ce Fonds. « Ce sera l’occasion de faire dialoguer les “simenoniens” et des spécialistes d’autres domaines littéraires, les “non-simenoniens”, reprend Laurent Demoulin à la base du programme. Sont ainsi prévues des paires thématiques autour de son art du récit, des adaptations cinématographiques, télévisuelles et en bande dessinée, des traductions ou encore des expositions littéraires. »

André Gide fut un admirateur précoce de Simenon et Claude Mauriac avait proposé de le ranger parmi les créateurs les plus modernes, mais il ne bénéficia jamais que d’une semi-légitimité dans le microcosme parisien. « Sans doute son succès l’a-t-il rangé en France dans la catégorie de la “littérature populaire” plutôt que de la “grande littérature”, résume Benoît Denis. Mais, désormais, il n’est pas loin d’être devenu un “classique”. »

Simenon, c'est

  • 200 romans populaires publiés sous divers pseudonymes
  • 192 romans signés de son nom (dont 74 Maigret)
  • 12 recueils de nouvelles
  • 1000 articles de presse
  • 30 reportages (dans les années 1920-1930)
  • 21 Dictées (“lettres ouvertes” enregistrées, dont Lettre à ma mère)
  • des Mémoires intimes

Son oeuvre est traduite dans 46 langues et est adaptée au cinéma (40 films), à la télévision (belge, française, allemande, italienne, israélienne et japonaise), au théâtre et en bande dessinée.
Une trentaine d’ouvrages lui sont consacrés ; la revue Traces, publiée par les Presses universitaires de Liège et dirigée par le Pr Jean-Louis Dumortier au Centre d’études Georges Simenon,  lui est dédiée. Et on ne compte plus le nombre de journées d’étude et de colloques à son sujet.

Le Printemps Simenon

Du 8 au 11 mars, au centre de Liège.
Une organisation de l’université de Liège et de John Simenon, en association avec la ville de Liège.

Au programme :
  • Balade numérique (avec reconstitution en réalité virtuelle) : parcours Simenon en Outremeuse et visite de la Caque.
  • “Études simenoniennes : bilans et perspectives”, colloque universitaire, les 8,9 et 10 mars, place du 20-Août, 4000 Liège.
  • Rétrospective aux cinémas Les Grignoux à Liège, en collaboration avec Dick Tomasovic. Avec la participation de Mathieu Amalric, réalisateur de La Chambre bleue.
  • “Simenon, écrivain voyageur”. Grande conférence d’Olivier Barrot, journaliste et écrivain français.
  • Lecture-dialogue des textes africains de l’écrivain par Aïko Slolvkine.
  • Rencontres avec des écrivains internationaux et avec des scénaristes et dessinateurs de BD.
programme complet sur www.printempssimenon.com

Pour aller plus loin

Jacques Dubois et Benoît Denis (éd.), Simenon. coll. “Romans, Bibliothèque de la Pléiade“, Gallimard, 2003.

Laurent Demoulin, Cahier de l’Herne Simenon, Éditions de L’Herne, Paris, 2013.

Frédéric Saenen (dir.), dossier “Présence de Georges Simenon”, dans la Revue générale n°1, automne 2019, PUL, Louvain-la-Neuve.

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