La Fabrique des possibles #1

Les points de vue de la Pr Florence Caeymaex et la Pr associée Cartherine Henrist

Dans Univers Cité
Photos ULiège pour Florence Caeymaex, J. IVENS pour Catherine Henrist

Le développement durable se pense au sein de l’Université. Un nouveau portail de l’ULiège fait découvrir les valeurs qui animent les chercheurs et chercheuses et comment ils et elles contribuent à ouvrir le “champ des possibles”. La Pr Florence Caeymaex et la Pr associée Cartherine Henrist ouvrent le bal. Extraits.

Florence Caeymaex

vid-img-1
Youtube

“Je me situe du côté de la philosophie de la vie et des vivants !”

Un oeil dans les textes philosophiques, un pied sur le terrain, Florence Caeymaex brasse les questions de genre, d’écologie et d’éthique en santé. Son travail se nourrit aussi bien de la pensée que des luttes et mouvements qui traversent le monde d’aujourd’hui.

Florence Caeymaex voit dans la philosophie un formidable levier pour aborder les questions sociales et politiques. Pour contribuer à penser le monde, elle a comme priorité d’être ancrée dans la vie et de mettre la notion de responsabilité au centre. Cet engagement se traduit par des missions complémentaires : professeure, chercheuse, conseillère de la Rectrice à l’éthique et aux politiques d’égalité, vice-présidente du Comité consultatif de bioéthique de Belgique.

Le Quinzième Jour : Quel est le lien entre la pensée philosophique et le réel, le vécu ?

Florence Caeymax : Les théories féministes n’effacent jamais les traces de leur provenance. Leurs questions ne sont pas nées dans le monde académique – où les femmes étaient très peu présentes – mais sont le fruit de luttes, de tentatives d’émancipation. Où les femmes pouvaient-elles faire entendre leur voix ? Dans les associations, les mouvements populaires et certains livres. Elles ont mis à l’agenda des “objets de réflexion”’ qui ont ensuite débouché sur ce que l’on appelle les “études de genre”. Notre travail de philosophie féministe doit absolument garder cette connexion étroite avec le terrain et les transformations sociales. Les féministes ont rendu visibles, et donc questionnables, des pratiques et des réalités jusqu’alors considérées comme allant de soi. Beaucoup de ces savoirs ont une dette à l’égard des mouvements politiques.

LQJ : En quoi les théories féministes bousculent-elles la philosophie ?

F.C. : Elles redonnent de la dignité à ce que la pensée dominante a généralement marginalisé, et donc dévalorisé. Notamment toutes les questions liées au vécu : le corps, la sensibilité, les sentiments. Traditionnellement dominée par l’esprit, l’intellect et la raison, l’expérience ordinaire du corps dans la vie quotidienne et le travail a permis, une fois mise en lumière, d’aboutir à une pensée plus complète, plus ajustée. La santé, les outils et technologies qui appareillent notre action, les étapes de la vie : le corps compte ! Cela ouvre la possibilité d’une nouvelle vision du monde.

LQJ : Remettre les liens au centre : est-ce là que vous voyez de l’espoir ?

F.C. : Sortir d’une idée intellectuelle du monde pour prendre en compte la sensibilité et l’attachement, c’est à mes yeux très prometteur, oui ! N’a-t-on pas besoin, aujourd’hui, de façonner différemment les relations et notre amour du monde, précisément parce qu’il est abîmé ? L’écoféminisme y contribue. Peuples opprimés, environnement saccagé, femmes “invisibilisées” et dominées : autant de réalités qui frappent à nos portes pour être entendues. Les “attraper” à travers la question des relations (relations à soi-même, aux autres, au monde), c’est à la fois universel et vital.

LQJ : L’Université, fabrique des possibles ?

F.C. : Le savoir n’est jamais clôturé. L’Université est un lieu de quête, d’exploration, d’“inquiétude” permanente. La Terre, comme tout ce qui compose nos milieux, doit être entretenue avec soin pour être habitable. Les relations se placent au centre de ce défi. Et cela rejaillit aussi bien sur les sciences de demain – sciences humaines et sciences naturelles s’enrichissent mutuellement – que sur les luttes à venir. On peut, on doit, encore aller plus loin. Restons attentifs et éveillés.

Article complet signé Marie Liégeois

 

Catherine Henrist

vid-img-1
Youtube

“Insuffler l’espoir et sensibiliser les jeunes générationsMalgré des recherches tournées vers l’énergie et l’environnement, la chimiste Catherine Henrist a un jour décidé de passer à la vitesse supérieure au sein de l’Université.

Chercheuse autour des questions de production d’énergie solaire, Catherine Henrist s’est de plus en plus rapprochée des salles de cours et amphithéâtres. « J’enseignais déjà la chimie générale, mais, à l’occasion du confinement, j’ai réfléchi à comment exploiter ce temps qui m’était offert, se remémore-t-elle. J’ai alors conçu un cours de chimie des matériaux et développement durable, centré sur ce dernier aspect. » Catherine Henrist espère pouvoir développer ce cours, particulièrement bien accueilli par les étudiant·es, et l’adresser à d’autres sections. Et, dans le même temps, convaincre ses collègues d’une refonte du cursus de chimie, « de façon à rendre nos étudiants capables de mettre au point de nouveaux produits compatibles avec le monde de demain ».

Un futur que la chercheuse perçoit avant tout comme tributaire de la question de la raréfaction des ressources. « Qu’on le veuille ou non, les ressources pétrolières et minières s’épuisent, assène-t-elle, et nous avons l’obligation de concevoir des produits qui soient démontables en fin de vie pour pouvoir les recycler efficacement. » À ce titre, Catherine Henrist estime qu’on ne peut faire l’économie d’une réelle réflexion en amont. « Il faut d’abord repenser nos besoins réels à la baisse et ne pas se contenter de substituer un produit par un autre. Nous devons aussi aller vers des matériaux qui soient peut-être moins performants, mais surtout moins chers et plus abondants, explique-t-elle. La course à la performance n’est pas la seule solution. J’ai coutume de dire à mes étudiants que la photosynthèse a changé la face du globe avec un rendement de 4 % ! »

En plus de ses activités d’enseignante, Catherine Henrist est également très active au sein du Green Office de l’ULiège. « J’ai rencontré Cécile van de Weerdt, sa coordinatrice, alors que j’étais en quête de plus de sens au sein de mon travail, relate-t-elle. Cela a été une belle rencontre, suivie d’une collaboration forte, porteuse de nombreux projets par et pour les étudiants, et ayant pour but de convaincre de la nécessité d’insuffler la transition au sein de l’Université. »

Il est bien sûr impossible qu’un tel investissement autour de ces questions d’avenir n’ait aucun lien avec sa vie de famille. « C’est même par cette voie que tout a commencé », retrace Catherine Henrist. Si elle a réussi à fabriquer de nouveaux possibles dans sa vie personnelle, la chercheuse espère convaincre ses étudiant·es d’en faire autant. « C’est notre rôle de participer à en faire des citoyens et citoyennes capables de contribuer à une société meilleure, s’exclame-t-elle. Et j’ai le sentiment qu’avec la nouvelle équipe rectorale, un vent de changement souffle au sein de l’Université. Je souhaite tellement que ces frémissements prennent de l’ampleur afin que tout le monde s’en empare, et qu’enfin s’opère un courageux tournant. »

Article complet signé Thibault Grandjean

FabriqueDP-pastille

Partager cet article