Mémoire d’acier

"L’acier a coulé dans nos veines", nouveau documentaire de Thierry Michel


In Omni Sciences
Article Marie LIEGEOIS - Photo LES FILMS DE LA PASSERELLE

©️ L'acier a coulé dans nos veines, par Thierry Michel

Le 12 octobre 2013, deux ans jour pour jour après l’annonce de l’arrêt des hauts fourneaux de liège, un sidérurgiste se suicide et accuse dans sa lettre d’adieu le patron du géant de l’acier, Lakshmi Mittal. Apprenant la nouvelle, le réalisateur Thierry Michel prend sa caméra et commence à filmer les hauts fourneaux, l’enterrement du travailleur, la sidération. Il organise quelques interviews de sidérurgistes. En 2016, il consacre 20 journées de tournage au démantèlement du HF6, colosse mis à terre par les pelleteuses et la dynamite. Sans idée précise de film en tête, mais conscient que cette mémoire de l’acier s’efface peu à peu, et qu’il est crucial de la conserver.

Les années passent. Thierry Michel réalise d’autres films, Les Enfants du Hasard et L’École de l’impossible consacrés au milieu scolaire, puis L’Empire du silence, un « documentaire bilan sur la République démocratique du Congo », comme il le définit.

À son retour en Belgique, et en tandem avec Christine Pireaux, il met réellement sur les rails le projet L’acier a coulé dans nos veines, visible au cinéma en ce début d’année. Composé d’une vingtaine de témoignages de sidérurgistes liégeois de 40 à 80 ans, le documentaire est rythmé de séquences d’archives retraçant, depuis les années 1960, l’évolution économique et les luttes sociales – grèves, manifestations, occupations, séquestrations. Somme de décennies d’images, il donne des voix et des visages à ce magma d’acier qui a façonné la région liégeoise.

« Tous le disent : ce travail de métallurgie a été un enfer – danger, chaleur, bruits, odeurs. Mais tous témoignent d’un amour, d’une fierté et d’une solidarité sans limite autour de la sidérurgie », explique le réalisateur, auteur de près de 40 films, et qui fut maître de conférences à l’ULiège dans la section arts du spectacle. Né à Charleroi, il y réalise Pays rouge, pays noir (1975) et, peu après son arrivée à Liège, Chronique des saisons d’acier (1982). 50 ans plus tard, ce dernier film fait donc écho à son enracinement liégeois.

« Ici, j’assume le rôle de l’historien. Le film remonte le fil de l’industrie liégeoise à travers les sidérurgistes eux-mêmes et les archives », ajoute-t-il. Ni nostalgique, ni misérabiliste, le documentaire est plutôt un hommage aux soldats de l’acier, une leçon de vie sur la dignité et la résistance face au rouleau compresseur de la mondialisation.

Il s’achève sur le haut fourneau d’Ougrée, autour duquel des forces vives de la région cherchent à construire un travail de mémoire. Et la bande-son de conclure : “le HFB, un dernier symbole, un rescapé sur ce champ de ruines, témoin du fer et du feu, un testament vivant de ce que signifie se tenir debout et unis face à l’inéluctable marche du temps.

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