Iconique Copernic

DONum, trésors de l’Université


Dans Omni Sciences
Article Marie Liégeois - Photos Jean-Louis Wertz

©️ J-L Wertz

Un livre, une histoire... Coup de projecteur sur une pépite conservée dans les collections précieuses de l’Université : le De Revolutionibus Orbium Coelestium de Nicolas Copernic.

C

onnaissez-vous DONum ? Ce “dépôt d’objets numérisés” est une bibliothèque virtuelle qui offre un accès libre et gratuit aux collections patrimoniales numérisées d’objets conservés à l’ULiège. En quelques clics, manuscrits, livres anciens, estampes, affiches et autres curiosités s’offrent à vous. Parmi ceux-ci, un ouvrage de Copernic.

« Peu de livres ont marqué l’histoire autant que De Revolutionibus Orbium Coeslestium, écrit par un chanoine polonais germanophone appelé Nicolas Copernic », pose d’emblée Yaël Nazé, astrophysicienne, maître de recherches FNRS à l’ULiège. Et son influence va bien au-delà de l’astronomie puisque le langage courant a intégré, dans diverses sphères, l’expression “révolution copernicienne”.

Qu’y a-t-il, au fil de ces 200 pages ? « En l’écrivant, Copernic veut produire un successeur au célèbre Almageste de Ptolémée, le manuel astronomique utilisé pendant plus d’un millénaire. Il va en reproduire la structure, et même réutiliser certaines parties, mais en changer totalement l’essence. Ici, la Terre perd sa position centrale, virevolte sur elle-même et se met à tourner comme les autres planètes autour du centre du monde (voisin du Soleil). Cela simplifie fortement le système puisqu’auparavant, chaque astre devait reproduire le mouvement diurne. De plus, l’ordre des planètes devient logique : plus elles sont éloignées, plus elles tournent lentement. Il faut aussi noter que le monde perd sa compacité : de l’espace apparaît entre les planètes et les étoiles se voient rejetées très loin », détaille Yaël Nazé.

Malgré le retentissement qu’il génère, le De Revolutionibus ne reçoit pas un excellent accueil. « Les théologiens, vertement critiqués dans l’introduction du livre, vont affirmer que le modèle copernicien est incompatible avec l’Écriture et ils finiront par obtenir la mise à l’index des théories héliocentriques en 1616 », précise l’astrophysicienne. Le livre, sorti de manière posthume en 1543, ne causera donc pas d'ennui à Copernic, mais bien à ceux qui vont l'adopter.

Soulignant tout autant l’originalité de l’auteur que son inspiration auprès d’autres théoriciens antiques et médiévaux, Yaël Nazé rappelle que « le modèle copernicien reste cependant imparfait à divers égards. La révolution ne sera complète qu’après les campagnes d’observation intensive de Tycho Brahe, et l’élaboration de nouveaux modèles par Johannes Kepler, sur base de ces mesures ».

Comment cet ouvrage iconique est-il parvenu jusqu’à l’université de Liège, où il constitue l’un des trésors les plus précieux ? « Il s’agit du seul exemplaire en Belgique de l’édition princeps, imprimée à Nuremberg, et dont les pages témoignent d’une maîtrise des caractères et des lettrages. Il en existe juste quelques autres, en divers endroits du monde », explique Cécile Oger, conservatrice des fonds patrimoniaux. Cet exemplaire a ceci de particulier qu’il contient des notes manuscrites postérieures, signées par deux grands astronomes allemands de la Renaissance qui l’ont successivement possédé : Erasmus Reinhold (1511-1553) et Paul Wittich (environ 1546-1586). Le mystère reste entier sur les termes exacts de l’acquisition, par l’ULiège, de ce livre qui a traversé le temps – cinq siècles ! « Probablement un don… », sourit la conservatrice.

Consulter l'ouvrage sur Donum

Publié le

Partager cet article

cookieImage