Vieillir : dans quel lieu de vie ?
Chez soi, porté par les aidants proches, ou en institution ? Un récit à nuancer, un système à repenser. Une opinion de Jérôme Schoenmaeckers, chargé de cours à HEC-École de gestion de l’ULiège.
Quand on pense “campus vert”, le Sart Tilman s’impose. Mais en y regardant de plus près, des petits trésors de biodiversité se cachent aussi sur les campus du centre-ville. Exploration.
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ous avons rendez-vous dans la cour de la place du 20-Août avec trois membres de l’ASBL Lacyme, un laboratoire collaboratif et citoyen d’écologie. Ni pelouse ni vieux chênes centenaires... Entre les murs, le bitume et les voitures, des écosystèmes vivants s’y déploient pourtant en toute discrétion. "Il y a un pan de mur qui est complètement exposé au soleil et un autre qui est à l’ombre, souligne Alice Mouton [1], biologiste spécialiste de l’adaptation des espèces en milieu urbain, à la faculté des Sciences. La couverture végétale n'est pas du tout la même. »
Côté ombre, du lierre se faufile, des mousses et des fougères que le vent a semées dans les interstices se déploient : il s’agit de la doradille des murailles, dont Florian Zanatta, spécialiste de l’impact des changements climatiques sur la flore européenne à la faculté des Sciences, observe les spores microscopiques à la loupe de son smartphone. Au pied des murs, les herbacées ont aussi une histoire à raconter. « En ville, le pissenlit fabrique des graines plus lourdes afin d’assurer sa reproduction près de la plante mère, pour éviter d’atterrir sur le béton », explique Alice Mouton.
L’exploration se poursuit à l’aide de jumelles à hauteur des toitures : mousses et lichens forment une véritable couverture végétale. « On peut notamment y trouver une mousse en forme de petits coussins – les Grimia pulvinata ou “mousse-hérisson”. Quand elle est sèche, elle entre en dormance et devient toute grise avec des poils blancs sur le dessus », précise Florian Zanatta. Une couche bien vivante, photosynthétique, qui a aussi l’avantage d’isoler les bâtiments.
Nous traversons la Meuse pour rejoindre le site de Pitteurs. Au-delà des façades des salles de cours : un vieil érable couvert de mousses, une haie de charmes, le chant d'un pinson, le passage d'une mésange, le bourdonnement des insectes… Entre coins sauvages, plans d’eaux et espaces aménagés regorgeant de fleurs et d’arbres fruitiers, le vivant s’immisce, s’adapte et prend ses quartiers en dépit des contraintes. « Le merle, arrivé en milieu urbain il y a seulement 150 ans, est sur le point de devenir une espèce à part entière dans les villes : son ADN se distancie de ses congénères qui vivent en forêt, commente Alice Mouton. La morphologie des oiseaux des villes se modifie : leurs becs se transforment au gré de la nourriture qu’ils y trouvent et leurs ailes deviennent plus courtes pour un envol plus rapide. »
Au fil de notre déambulation, nous avons croisé une espèce d’insecte très rare : le cydnus aterrimus ou punaise de l'euphorbe. Mais ce sont surtout des espèces “ordinaires”, que l’on redécouvre. Loin d’être sans valeur, elles jouent un rôle indispensable dans le fonctionnement de l’écosystème. Un pissenlit peut nourrir des insectes, qui eux-mêmes serviront de repas aux oiseaux ; un tronc de bois mort sert d’hôtel et de garde-manger pour une multitude d’insectes et d’oiseaux … « La biodiversité ordinaire représente 85% de la biodiversité mondiale », fait observer Alice Mouton. « Il y a beaucoup d'espèces rares qui étaient auparavant communes », complète Elisa Baldin, qui mène des recherches sur la régénération paysagère, à la faculté d’Architecture. « Avec quelques aménagements – par exemple en laissant plus de terre affleurer, en utilisant l'eau de pluie des toitures ou en plantant des espèces mellifères –, la cour de béton du 20-Août pourrait accueillir beaucoup plus de biodiversité. »
Cette exploration souligne combien la nature n'a pas disparu de l’espace urbain : elle s'y réinvente et nous invite à nous interroger sur la place que nous souhaitons lui donner dans la ville de demain.
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