Ageing: where should we live?
At home, supported by family caregivers, or in an institution? A story that needs nuance—and a system that needs rethinking. An op-ed by Jérôme Schoenmaeckers, lecturer at HEC - ULiège Management School.
Dans les prochaines semaines, l’université de Liège inaugurera une plateforme d’études des poissons et autres organismes d’eau douce, située dans des bâtiments réaménagés de la ferme expérimentale. Un projet inédit en Europe, alliant recherche fondamentale, santé animale et humaine, impact sociétal, écologie et innovation technologique.
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errière les murs de l’ancienne porcherie expérimentale, une révolution scientifique est en marche. Le bâtiment transformé va abriter la première station de recherche en aquaculture d’eau douce de Wallonie, une plateforme interuniversitaire (développée avec l’UNamur et l’UCLouvain) et interdisciplinaire que ses initiateurs n’hésitent pas à qualifier d’“unique en Europe”.
« Depuis 2016, la demande de poissons produits à l’échelle mondiale dépasse celle des poissons capturés. Et ce n’est qu’un début, observe le Pr Alain Vanderplasschen, immunologue et virologue vétérinaire et porteur du projet. Les enjeux sanitaires, alimentaires, environnementaux et même bioéthiques autour de l’élevage de poissons sont immenses. Il était temps de doter la recherche wallonne d’un outil à la hauteur de ces défis. »
L’essor de l’aquaculture dans le monde est spectaculaire. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ce secteur connaît depuis deux décennies le plus fort taux de croissance parmi les modes de production alimentaire (3,2 % par an entre 2000 et 2022). Il fournit aujourd’hui plus de la moitié des poissons consommés dans le monde, une proportion en constante augmentation.
Moins connu du grand public, l’élevage en eau douce – c’est-à-dire hors milieu marin –représente pourtant plus de 62 % de cette production mondiale, soit plus de 59 millions de tonnes par an : carpes, poissons-chats, tilapias, perches, truites… Ces espèces jouent un rôle crucial dans la sécurité alimentaire de nombreux pays, en particulier dans les zones enclavées d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud. Pourtant l’Europe reste à la traîne : environ 60 % de la consommation y est encore importée. Pour les promoteurs du projet liégeois, ce constat révèle un immense potentiel. « Il faut inverser la tendance, investir dans la formation, la recherche et la production locale », insiste le Pr Rudi Cloots, actuel conseiller de la Rectrice en charge des infrastructures scientifiques. « L’aquaculture peut devenir un moteur économique régional, tout en répondant à des enjeux planétaires. »
À la fois laboratoire, centre de formation, plateforme d’expérimentation et vitrine scientifique, la nouvelle plateforme répartie sur quatre ailes autour d’une cour carrée permettra d’accueillir des recherches à la fois en environnement contrôlé (infectieux) et non infectieux, avec des protocoles de biosécurité poussés. « Ce nouvel équipement permettra d’étudier le comportement, la santé et la reproduction de nombreuses espèces, dans des conditions optimales et contrôlables : volumes d’eau, température, composition de l’eau, qualité de l’environnement, etc. », résume Alain Vanderplasschen. Mais l’enjeu ne se limite pas à l’élevage. « Nous pourrons tester de nouveaux vaccins, suivre la propagation de virus, évaluer des stratégies de traitement dans les eaux de bassins », explique encore le professeur. L’objectif est aussi de comprendre les impacts des changements climatiques sur les écosystèmes aquatiques, d’utiliser certaines espèces comme bio-indicateurs, voire de les mobiliser pour des stratégies de biocontrôle.
Le centre répond également à une tendance de fond dans la recherche biomédicale : l’utilisation croissante du poisson comme modèle d’expérimentation animale. Parmi les espèces vedettes, le poisson zèbre (zebrafish) est en train de détrôner la souris dans de nombreux protocoles. « Le poisson zèbre présente une valeur prédictive supérieure à celle du modèle murin dans des domaines comme la mutagenèse, la pharmacologie ou la toxicologie, précise le Pr Vanderplasschen. De plus, il répond mieux aux impératifs bioéthiques : selon la règle des 3R [1], on privilégie les espèces les moins évoluées quand c’est possible, donc les poissons avant les mammifères. »
Des études sur des maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson sont déjà en cours. La polyvalence de la future plateforme permettra d’intensifier ces recherches, en collaboration avec d’autres disciplines (neurosciences, immunologie, nutrition, etc.).
Si l’ULiège porte le projet, elle n’est pas seule à bord. L’UCLouvain et l’UNamur ont été associées dès le début à la conception scientifique. Sur le plan de la formation, une finalité en gestion intégrée des ressources aquatiques et aquaculture existe au sein des masters en océanographie et en biologie des organismes et écologie. « L’aquaculture a un rôle central à jouer dans la sécurité alimentaire mondiale, rappelle le Pr Vanderplasschen. Elle offre une alternative durable à la pêche, tout en étant une source bon marché de protéines pour les pays en développement. »
Les promoteurs du projet espèrent aussi attirer de nouveaux financements internationaux. Car malgré son poids économique, la recherche en aquaculture reste encore sous-dotée en Europe. « Ce centre doit nous permettre de franchir un cap, conclut Alain Vanderplasschen. Nous avons les expertises, les partenaires en Belgique et à l’international, et désormais un outil à la mesure de nos ambitions. »
Les compétences liégeoises en aquaculture peuvent se prévaloir de succès remarquables de portée mondiale. C’est notamment le cas du vaccin contre l’herpès virus de la carpe (voir l’article paru dans Le Quinzième Jour n°284 en janvier 2023) développé au laboratoire d’immunologie-vaccinologie du Pr Vanderplasschen à la faculté de Médecine vétérinaire. Il est le fruit de plus de 15 années de recherches. Outre son intérêt économique, ce vaccin est un exemple qui illustre la contribution de l’ULiège aux grands enjeux mondiaux : « L’aquaculture est un secteur en plein essor, mais il reste vulnérable aux maladies. Proposer des solutions vétérinaires innovantes, c’est aussi soutenir une production alimentaire durable à l’échelle planétaire », souligne encore le Pr Vanderplasschen.
Depuis plus de 40 ans, l’ULiège joue un rôle moteur dans le développement d’une aquaculture plus durable, plus respectueuse des poissons et mieux intégrée dans son environnement. Aujourd’hui, avec la nouvelle plateforme d’aquaculture, c’est un virage stratégique que s’apprête à prendre l’unité de gestion des ressources aquatiques et aquaculture, dirigée par le Pr Michaël Ovidio, au sein de l’unité de recherche Focus.
Le service, qui compte 17 personnes, était jusqu’ici réparti entre deux sites : l’Institut de zoologie à Liège et les installations en bordure de la centrale de Tihange. Mais la situation dans la région hutoise devenait intenable. Suite aux normes de sécurité renforcées après l’accident de Fukushima, un mur d’enceinte a été construit autour du site nucléaire, condamnant les grands bassins d’aquaculture extérieurs. « Nous avons pu en réinstaller quelques-uns, plus petits, dans un bâtiment annexe hors du périmètre, mais cela limite drastiquement nos capacités de recherche », explique la Dr Carole Rougeot, responsable de l’équipe “aquaculture” à Tihange.
Chercheuse active sur de nombreux projets de coopération avec le Sud (au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Bénin), elle sera la responsable de la partie “aquaculture” de la nouvelle plateforme. Elle souligne l’importance de pouvoir, à Liège, reproduire dans de grands bassins de 2 m3 (jusqu’à 20 m³ de circuit recirculé) les conditions réelles de vie des poissons, une quasi-exclusivité en Europe. Et si le site est dédié principalement à l’eau douce, une partie sera consacrée à l’étude de l’élevage de crevettes marines. Ses projets de coopération l’amènent à expérimenter des systèmes économes en eau, et à envisager l’utilisation de farines d’insectes se substituant aux farines animales pour le nourrissage des poissons, une alimentation plus durable et économique.
La nouvelle plateforme va offrir des infrastructures de pointe : bassins modulables, conditions de vie simulant le milieu naturel, systèmes intégrés de régulation de l’eau, suivi biologique, etc. « Nous pourrons y transférer les bassins de Tihange et en installer de nouveaux, plus grands », précise Michaël Ovidio. Objectif : faire évoluer l’aquaculture vers des modèles moins intensifs, moins énergivores, centré sur l’économie d’eau, la résilience, la durabilité environnementale et le bien-être animal.
Le transfert des bassins depuis Tihange s’étalera sur plusieurs mois, le temps de réactiver les filtres biologiques, d’installer les systèmes de sécurité (oxygène, température, alertes automatiques). Mais les retombées sont déjà palpables. Car la dynamique de recherche attire déjà l’attention, avec des projets conjoints en Belgique, à l’international, et un fort potentiel d’innovation grâce aux synergies avec d’autres unités de recherche de l’Université. « Notre objectif est d’avoir un impact sociétal direct : former les pisciculteurs, proposer des solutions concrètes face aux maladies en élevage, et accompagner la transition vers des modèles plus durables », conclut le Pr Ovidio.
Le service axe notamment ses recherches dans plusieurs domaines-clés : la maîtrise des techniques d’élevage et des cycles de reproduction, une meilleure connaissance de la biologie des poissons pour optimiser leur développement, la prise en compte du bien-être animal (une thématique encore émergente, mais cruciale pour limiter le stress et améliorer les conditions de vie en station) et le développement de systèmes durables et économiques en eau, tels que la recirculation, l’aquaponie, la polyculture ou encore la technologie Biofloc. L’aquaponie – élevage de poissons couplé à la culture de plantes, où les déjections des poissons servent de nutriments – est au cœur de plusieurs projets du service, notamment via l’ASBL Cerer Pisciculture. Ces systèmes circulaires sont promis à un bel avenir.
Un autre laboratoire de l’UR Focus est amené à jouer un rôle actif au sein de la plateforme d’aquaculture. Le laboratoire d’écologie et de conservation des amphibiens (Leca), dirigé par le Pr Mathieu Denoël (également directeur de recherches du FNRS,) est le seul en Wallonie entièrement dédié à l’étude et à la conservation des amphibiens dont le déclin mondial est alarmant.
L’un des objectifs de l’équipe du Pr Mathieu Denoël est de réimplanter certaines espèces disparues localement en Wallonie - notamment les grenouilles rainettes.
Depuis une vingtaine d’années, Mathieu Denoël explore les ressorts biologiques, écologiques et comportementaux qui gouvernent la vie des tritons, salamandres, grenouilles et crapauds. Il s’intéresse tout particulièrement aux formes de développement alternatives chez les amphibiens, comme la pédomorphose, un phénomène étonnant par lequel certains individus conservent leurs branchies au stade adulte, au lieu de se métamorphoser. Son approche est fondamentalement multidisciplinaire. En combinant écologie comportementale, génomique, biogéographie, mais aussi morphologie et vidéo-tracking, il étudie les coûts et bénéfices de ces stratégies de développement, ainsi que les capacités d’adaptation des amphibiens face aux perturbations environnementales comme le changement climatique et les introductions d’espèces exotiques envahissantes.
« Nos travaux visent à comprendre pourquoi et comment certaines espèces déclinent, et surtout comment on peut inverser cette tendance et donc préserver la biodiversité dans toute sa complexité », résume Mathieu Denoël. Avec des aquariums de 100 à 1000 litres, l’équipe du Pr Denoël compte mener des projets innovants à grande échelle, en complément des études de terrain, qui restent le pilier de la recherche du Leca.
L’objectif est double : d’une part, réimplanter certaines espèces disparues localement en Wallonie, en élevant têtards – notamment de rainettes – dans des conditions contrôlées ; d’autre part, tester en laboratoire les conditions optimales de repeuplement et de survie, en simulant des menaces telles que la présence de prédateurs, par exemple via la présence d’odeurs, et les variations de température. Le premier volet, avec le soutien logistique de l’Aquarium de l’université de Liège et en coordination avec le monde associatif, tant en Wallonie qu’en Flandre, a déjà permis la libération de nombreuses rainettes dans la région.
Au sein de la plateforme, Mathieu Denoël travaille également avec les Prs Michaël Ovidio et Alain Vanderplasschen en vue de réaliser des analyses automatisées des mouvements des organismes, un indicateur comportemental clé de leur bonne santé. Par ailleurs, l’intégration d’une approche en génomique et en isotopie complète les autres volets du laboratoire pour cerner la biodiversité des espèces d’eau douce de l’échelle moléculaire à celles des communautés. Des collaborations sont ainsi notamment menées avec le laboratoire Letis et la Station scientifique des Hautes Fagnes de l’ULiège.
« Nous souhaitons étudier des scénarios précis de conservation et améliorer les protocoles de réintroduction et de gestion dont certains pourraient être menés en lien avec la Station scientifique des Hautes Fagnes », souligne Mathieu Denoël, qui met également en avant ses collaborations internationales sur des écosystèmes d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie. Des projets qui l’amènent à nouer des partenariats avec plus d’une vingtaine d’institutions, dont le Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, l’université Claude Bernard à Lyon, ou encore des institutions japonaises (Hokaido) et surtout balkaniques, vers où se dirigent dorénavant la plupart des projets actuels.+
Le bâtiment, conçu dans une logique de durabilité, a bénéficié d’une rénovation énergétique lourde : isolation de l’enveloppe, ventilation optimisée par zone d’activité, éclairage LED, etc. Le projet a reçu un soutien combiné du Plan wallon d’investissement et du fonds européen NextGenerationEU. Le solde est financé par l’ULiège.
L’ULiège vient de signer un nouvel accord de licence avec la société chinoise Ningbo SanSheng Biological Technology, acteur majeur de la santé animale en Chine, pour le développement et la commercialisation d’un vaccin contre un herpèsvirus de l’anguille, une maladie virale responsable de lourdes pertes dans les élevages d’anguilles. Ce vaccin a été mis au point par les chercheurs du laboratoire de virologie et de vaccinologie de la faculté de Médecine vétérinaire, dirigé par le Pr Alain Vanderplasschen, affilié au WEL Research Institute.
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