Englobés

Une histoire de presse-papiers

Dans Futur antérieur
Article Patricia Janssens

Verrerie Delhaise-Dethier (Chênée) | Boules avec pensée(s) sur fond de semis argenté, vers 1930 | ©️ Henri Miessen

350 boules en verre ou en cristal ont égayé le Trésor de la cathédrale de Liège l’été dernier lors d’une exposition intitulée “Englobés”. Multicolores, sobres ou sophistiqués, ces presse-papiers mettent en lumière un pan méconnu de l’histoire verrière du XIXe siècle à nos jours.

D

ans les vitrines, on distinguait les “sulfures”, des pièces qui contiennent des incrustations en pâte céramique. « Durant le premier quart du XIXe, la fabrication de ces sulfures apparaît en France et en Angleterre. Cette technique, pratiquée par bien d’autres verreries, perdurera avec succès jusqu’à la fin du XXe siècle, explique Jean-Jacques Messiaen (histoire, 1979), commissaire de l’exposition et auteur de son catalogue. Les sulfures produites par les Cristalleries du Val Saint-Lambert, dont la spécialité est le cristal taillé, sortent de l’usine d’Herbatte. La thématique religieuse domine, notamment les pièces à l’effigie de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus dont le culte est particulièrement vivace en Wallonie dans l’entre-deux-guerres. Celles-ci constituent des cadeaux prisés à l’occasion de mariages ou de communions. »

Forts de ces premiers succès, les verriers français remettent à l’honneur, à partir de 1845, des techniques anciennes, pratiquées à Venise déjà au XIIIe siècle : les “millefleurs”. Ils incorporent dans le cristal des segments de baguette en cristal multicolore. Cette technique dite “des murrines” sera portée à des sommets inégalés par les cristalleries de Baccarat et Saint-Louis en Moselle, Pantin et Clichy en région parisienne. Cette période, qualifiée par les amateurs de “classique”, dure jusqu’en 1860. Elle se distingue par une efflorescence de créations : fonds colorés, filigranes torsadés, fruits, fleurs, animaux décorent désormais avec élégance les presse-papiers. Ces représentations en trois dimensions résultent du travail dit “à la flamme”.

Pendant des décennies, la fabrication de presse-papiers connaît des hauts et des bas sans jamais atteindre la qualité des anciennes productions. Dans nombre de verreries, certaines réalisations sont exécutées par les ouvriers pendant leur temps de pause, en guise d’exercice : ce sont les “bousillés”. De facture inégale mais surprenante, ceux-ci sont offerts à la famille et aux amis.

Au cours des années 1920-1930, à la faveur de l’engouement pour l’Art Déco, le Val-Saint-Lambert, à son apogée, propose des presse-papiers taillés destinés aux médecins, aux avocats, aux ingénieurs… Si l’intérêt pour ces fantaisies décline, il revient en force, dès le début des années 1950, sous l’impulsion des collectionneurs américains. Ils encouragent Saint-Louis et Baccarat à reprendre leur production. De nos jours, le presse-papiers, beaucoup moins à la mode, est avant tout l’apanage des Studios Glass, des ateliers d’artistes indépendants.

Un catalogue richement illustré rend hommage aux créateurs d’hier et d’aujourd’hui ainsi qu’aux travailleurs de l’ombre, aux ouvriers anonymes sans qui rien n’aurait été possible : Jean-Jacques Messiaen, Englobés. Une collection de presse-papiers en verre et en cristal pour conter leur histoire, catalogue de l’exposition, éd. Trésor de Liège et asbl “Art Research Institute”, 2025. L’ouvrage est disponible à la boutique du Trésor de la cathédrale ou par courriel auprès de son conservateur Julien Maquet.


L’ouvrage est disponible à la boutique du Trésor de la cathédrale ou auprès de son conservateur Julien Maquet.

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