Repenser l'objectivité journalistique

Le dialogue

Dans Le dialogue
Entretien Thibault Grandjean – Photos Geoffrey Meuli

©️ Geoffrey Meuli

Ces 28 et 29 mai se tient à l’ULiège le colloque “Journalismes engagés, médias “indépendants” : repenser l’objectivité depuis la périphérie”. Organisé notamment par Olivier Daelen, assistant-doctorant, et Caroline Wintgens, assistante de recherche et d’enseignement, tous deux chercheurs au département médias, culture et communication, cet événement regroupera de nombreux chercheurs, ainsi que Sarah Freres, journaliste, corédactrice en chef du magazine Imagine et présidente de l'Association pour les journalistes professionnels (AJP). Discussion en trio autour d’un sujet sensible.

Le Quinzième Jour : La question de l'objectivité est presque aussi ancienne que le journalisme lui-même. Pourquoi continuer à l'interroger aujourd'hui ?

Sarah Freres : C'est une notion qui est en pleine discussion, au moins pour trois raisons. Tout d'abord, parce que toute une partie de la profession, aujourd’hui, tend à se détacher de l'objectivité au sens où on l'apprend à l'Université, c'est-à-dire être le ou la plus neutre possible. De nombreux journalistes, et pas seulement au sein de médias engagés, ont conscience que leur genre ou classe sociale change forcément leur point de vue, et que par conséquent la neutralité absolue n'existe pas. Le conseil de déontologie journalistique s'est également saisi de cette question-là et utilise depuis peu le terme de “subjectivité honnête”. Je trouve qu'il s'agit d'un bon compromis entre notre incapacité presque ontologique à être neutre et l'idéal d'impartialité vers lequel il faut tout de même tendre. Mais cette objectivité est également interrogée par de nouveaux acteurs médiatiques, parfois très petits, différents de la presse traditionnelle, qui viennent des réseaux sociaux – on les appelle parfois les news influenceurs. Ils contestent cette objectivité en la liant à la question de l'indépendance qui fait défaut, estiment-ils, dans la presse traditionnelle. Je trouve qu'ils malmènent parfois cette question, car eux-mêmes n'apportent aucune preuve de leur propre indépendance. Enfin, un certain nombre de responsables politiques instrumentalisent cette notion pour décrédibiliser les journalistes, en estimant que ces derniers ne peuvent pas être neutres et sont donc forcément partisans. Or, il faut rappeler que si toute une partie de la profession est engagée, ce n'est pas une excuse pour s'asseoir sur la déontologie et les faits.

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Sarah Freres | © Geoffrey Meuli

Caroline Wintgens : La question de l'objectivité n'est pas neuve et les recherches scientifiques dans ce domaine remontent au moins aux années 1970. Mais le fait qu'on l'interroge aujourd'hui illustre qu'elle n'est pas réglée. On parle d'honnêteté, d'impartialité, de neutralité, or tous ces termes, à mon sens, ne se recouvrent pas complètement. Cela montre bien que l'objectivité n'est ni complètement définie ni claire pour tout le monde. Il s'agit d'une notion plastique, qui évolue en fonction des contextes et c'est cela qui fait également sa force politique, comme le dit la chercheuse Meenakshi Gigi Durham. Dans ses travaux, à la fin des années 1990, elle emprunte la notion d'objectivité forte à la philosophe Sandra Harding pour l’appliquer au journalisme et estime qu'en reconnaissant qu'on ne parle pas de nulle part, mais bien d'un point de vue situé – lié à son genre ou sa classe sociale, notamment –, on ne tombe pas dans le relativisme le plus total, mais qu'au contraire, cela rend le travail du journaliste plus fiable.

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Caroline Wintgens | © Geoffrey Meuli

Olivier Daelen : L’émergence des news influenceurs apporte des éléments neufs au débat. Loin d'une personne comme Hugo Décrypte, qui fait partie des premiers nouveaux acteurs et qui souhaitait, il me semble, se rapprocher au maximum des idéaux de neutralité et d'objectivité du journalisme, un certain nombre d'entre eux, jeunes pour la plupart, revendiquent à la fois une indépendance totale et un point de vue très marqué et explicite. Au vu du nombre de followers qu'ils cumulent sur les réseaux sociaux, je pense que ce positionnement, souvent à gauche, répond aussi à une demande d'un public consommateur d'informations de la même tranche d'âge. Si beaucoup pointent le manque d'intérêt de la jeunesse pour l'actualité, le succès de ces news influenceurs vient questionner cette affirmation.

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Olivier Daelen | © Geoffrey Meuli

LQJ : Est-ce que la conscience de parler d'un point de vue situé a évolué de la même manière dans le journalisme dit mainstream, que dans celui plus indépendant ? 

C.W. : Je pense qu'il existe des espaces où ces questions sont explicitement débattues, notamment dans la presse indépendante, comme le magazine axelle, qui revendique très clairement un point de vue journalistique féministe. Pour les autres acteurs, ce n'est pas aussi flagrant. 

S.F. : Pour moi, il existe encore une différence claire entre ces deux espaces, et en particulier sur les questions de genre, en tant que journaliste femme traitant de sujets liés au fait d'être une femme. Dans un média indépendant, le fait de savoir qu'on parle depuis un point de vue situé est considéré comme une force – qui peut même ouvrir certaines portes. Parce que je suis une femme, je suis plus au courant de certaines réalités qu'un homme, et personne ne remet cela en question. Au contraire, dans les médias mainstream, on considère souvent qu'on ne peut pas être objectif sur les sujets qui nous touchent personnellement, et qu'on est donc dans l'incapacité de faire correctement notre travail de journaliste, par exemple, une femme qui porte le voile et qui souhaiterait écrire sur ce sujet. On reste dans un traitement très genré et sectionnel, ce qui est nuisible, parce qu'évidemment, une femme musulmane aura des idées de sujets que je n'aurai jamais. Et ce manque de diversité dans les rédactions se retrouve dans les contenus. 

C.W. : Clairement, il faut prendre conscience que ce manque de diversité nuit au lectorat. On s'étonne que les femmes ou les jeunes lisent moins la presse généraliste, mais il est nécessaire de poser la question en tant que journaliste : à qui parle-t-on ?

 

LQJ : Peut-on alors considérer, en ce qui concerne l'objectivité, que la presse indépendante bouscule les médias traditionnels, les pousse à s'interroger ? 

O.D. : Cela dépend de quel média indépendant on parle, car tous ne sont pas considérés de la même manière par les médias mainstream. Les journalistes de magazines comme Médor ou Wilfried, par exemple, sont parfois invités dans la presse traditionnelle pour parler d'une enquête ou d’un reportage, mais cela reste ponctuel. Et si cela montre que les médias dominants ne sont pas totalement hermétiques à la presse indépendante, je ne suis pas sûr que cela change réellement les pratiques au sein des rédactions.

S.F. : Je crois tout de même que les médias indépendants se font à un moment donné les porte-voix de certaines luttes, qu'elles soient féministes, écologistes ou décoloniales. Et qu'à la faveur d'une actualité du moment, les journalistes mainstream vont se tourner vers nous, reconnaître une certaine expertise, ce qui va permettre à certains sujets de percoler dans la presse traditionnelle. Mais tu as raison, cela reste minoritaire.

 

LQJ : Ce rôle de porte-voix amène de plus en plus les journalistes de la presse indépendante à être jugés, et ce de façon négative, comme militants. Comment se saisir de cette question ?

C.W. : On qualifie généralement de militant tout ce qui n’est pas de l’ordre de la pensée dominante. Pourtant, c’est aussi le rôle du journaliste de relayer les points de vue qui vont justement à l’encontre de cette pensée. Par exemple, dans le cas des mobilisations sur certaines ZAD (zones à défendre), des journalistes se sont positionnés comme militants, avec l’ambition de contrer le récit dominant via un travail journalistique. Ces médias sont parvenus à entretenir des relations beaucoup plus fluides avec les mouvements de la ZAD, et à obtenir des informations de meilleure qualité que celles des médias dominants.

S.F. : Les journalistes d'Imagine sont régulièrement traités de militants. Quand on y regarde de plus près, on se rend compte qu'il s’agit d’une notion qui se fixe uniquement sur certaines thématiques – environnement, droits des minorités, migration… – et qui vise à discréditer le journaliste et son travail d’information. Étonnamment, on n’a jamais qualifié un journaliste de l’Écho d’être militant pro-croissance. Or, on pourrait là aussi interroger cet indicateur. Donc, il faut toujours se demander qui traite un journaliste de militant, et quel est son intérêt dans cette accusation. C'est important, car il existe une différence fondamentale entre militantisme et journalisme, démarches qui n’ont pas la même fonction : la première cherche à faire avancer une cause, quand la seconde vise à informer les citoyennes et citoyens afin qu’ils puissent utiliser leur liberté de conscience, de vote et d’association. À cette distinction s'ajoute l'éthique personnelle de chaque journaliste. Par exemple, si je couvre les enjeux environnementaux, vais-je aller marcher pour le climat ? Mais jongler avec cette éthique ne signifie pas pour autant jongler avec la déontologie, qui n'est pas négociable. Enfin, il faut aussi comprendre que cette question du militantisme est mouvante. Chez Imagine, je tiens des chiffres sur la diversité d'origine et de genre des personnes interviewées, perçue par le lecteur. C'est un outil très utile qui nous permet d'améliorer notre pratique journalistique en donnant la parole à une plus grande diversité possible. Mais lorsque je faisais la même chose à La Libre Belgique [ndlr : Sarah Freres a été journaliste indépendante auparavant, pour diverses rédactions], c'était clairement perçu comme du militantisme. Cela doit interroger nos pratiques : si le lectorat d'un journal est paritaire, est-ce que l'on ne passe pas à côté lorsqu'il y a une surreprésentation des hommes dans les personnes interrogées ? 

 

LQJ : L'objectivité journalistique est souvent liée à la notion d'indépendance. Or, le mode de financement de la presse dépend parfois fortement de la publicité. Les journalistes sont-ils protégés de cette influence-là ?

S.F. : Il existe normalement, dans les grands médias, un mur entre la rédaction et la régie publicitaire. Et plus ce mur est haut et large, plus l'indépendance éditoriale sera garantie. Cependant, il est vrai qu'il y a là, dans ce contexte de méfiance vis-à-vis de la presse, un enjeu de transparence pour le public, qui mériterait d'être mieux mis en avant. 

C.W. : Il faut aussi noter que les journalistes gardent, même au sein d'une rédaction, une certaine indépendance d'esprit. On l'a notamment vu en France, avec les soulèvements de journalistes dans les médias privés, lorsqu'ils estimaient que leur indépendance n'était plus assurée. Mais la recherche dans le domaine a montré que la crise que traverse actuellement le journalisme n'est pas seulement économique ou technologique ; c’est aussi, de façon plus large, une crise de confiance de la part du public vis-à-vis des journalistes. En réponse, ces derniers ont tendance à revenir aux fondamentaux, à ces notions d'objectivité et d'indépendance, mais dont on voit bien qu'elles ne fonctionnent plus tout à fait. 

S.F. : Heureusement, en Belgique, les propriétaires des médias sont des entreprises dont l'activité principale est avant tout la presse, contrairement à la France où la presse est détenue par des milliardaires qui ont d'autres intérêts économiques en jeu.

O.D. : Il ne faut pas croire que tout est rose en Belgique, et les barrières entre la rédaction et les autres instances sont parfois poreuses. Deux exemples ces dernières années l’ont bien montré. Le trimestriel Financité, qui défend une finance responsable et solidaire, était encarté dans La Libre Belgique. Les actionnaires d’IPM, groupe de presse qui détient La Libre, mécontents d’un article consacré aux écarts de richesse et illustré par une photo du milliardaire Albert Frère, ont alors exigé la relecture systématique des contenus avant parution, puis la suppression d’une information “dérangeante” liée à banque d’affaires Degroof Petercam, elle-même présente dans le CA d’IPM. Ces pressions ont fini par mettre fin à la collaboration, en 2018. Autre exemple qui a fait du bruit : lorsque les journalistes de L’Avenir ont voulu traiter le scandale politico-financier de Nethys, en 2017-2019, cela a provoqué des luttes en interne – Nethys étant alors actionnaire du journal. À la suite de la parution d’une Une titrée “Comment Nethys a cassé L’Avenir”, trois journalistes, actifs dans l’enquête, ont été licenciés.

 

LQJ : Pensez-vous que les journalistes sont souvent soumis à des pressions de ce type ?

O.D. : Même si je doute que les pressions soient quotidiennes, des cas d’ingérence ou d’influence plus ou moins directe existent certainement, et passent sous les radars. Dans un cours donné avec le Pr Geoffrey Geuens, les étudiants analysent le traitement médiatique de certains dossiers susceptibles d’être biaisés en raison de l’actionnariat et/ou d’autres intérêts représentés dans le CA du groupe de presse auquel appartient le média. Certains résultats se révèlent franchement interpellants. Cela résulte, à notre avis, soit de pressions directes sur la rédaction, soit d’une autocensure de la part des journalistes, conscients des rouages de leur entreprise et des noms qu’il vaut mieux éviter d’égratigner.

C.W. : Il est important de distinguer l'influence directe et la volonté d'orienter l'information, avec des atteintes claires à la déontologie journalistique, des pratiques telles qu'elles ont l'habitude de se faire au sein des rédactions, qui ne sont pas des pressions directes, mais qui orientent la manière dont l'information est présentée.

S.F. : Il est vrai qu'on peut être tout à fait indépendant, et subir tout de même des petites pressions, relativement invisibles, mais quotidiennes. Demander d'envoyer les questions à l'avance ou relire un article avant publication sont des pratiques qui se sont largement répandues, mais qui sont problématiques. Il y a là des questions éthiques très importantes : qu'un ministre ou qu'une personne victime de violence conjugale demande à relire un article avant publication n'appartient clairement pas au même niveau de pouvoir ! À mes yeux, le plus grand risque pour l'indépendance éditoriale, ce ne sont pas tant les pressions extérieures que la possible autocensure de la part du journaliste. 

O.D. : Dans le cas de pressions extérieures, le journaliste a la capacité de les dénoncer, ou de s'entourer de la société des journalistes de la rédaction. L’autocensure est probablement plus difficile à contrer, dans la mesure où elle opère dans l’esprit des journalistes eux-mêmes.

 

LQJ : Pensez-vous que cette situation est amenée à évoluer ?

S.F. : Nous sommes dans un contexte particulier, avec la fusion prochaine des deux entreprises qui détiennent l'ensemble des médias privés traditionnels de Belgique francophone, IPM et Rossel. Or, si un seul acteur est susceptible de détenir sept médias, il est absolument indispensable que les rédactions reçoivent des garanties d'indépendance éditoriale et qu’il y ait une plus grande transparence à ce sujet. D’autant plus que ces rédactions font régulièrement appel à des journalistes freelance, souvent mal payés, et dont le risque d'autocensure est d'autant plus grand face à un seul acteur économique. Pour cette raison, je pense que de bonnes conditions de travail et le fonctionnement correct d'une entreprise de presse sont intrinsèquement liés à la qualité de l'information.

 

LQJ : Comment le public peut-il s'orienter dans ce paysage médiatique ?

S.F. : Lorsqu'un média se dit indépendant, il est nécessaire de comprendre par rapport à quoi. Le magazine Wilfried, par exemple, se dit indépendant de tout grand groupe de presse. Chez Imagine, on se positionne indépendamment de tout grand groupe de presse et de tout parti politique – ce qui est important puisque la naissance du magazine est liée au parti Écolo. 

O.D. : Malheureusement, l'indépendance est devenue un argument, presque marketing. Il est mis en avant par absolument tous les acteurs médiatiques, des plus institués tels que Le Soir ou RTL, aux plus récents comme 21 News, en passant par ceux du collectif Kiosque*. Pourtant, les structures de ces différents médias sont fondamentalement différentes. Je pense, en outre, qu’aucun média ne peut être totalement indépendant. Il s’agit d’une condition vers laquelle on peut tendre plus ou moins, mais jamais entièrement. Cette question sera d’ailleurs interrogée lors du colloque.

S.F. : C'est pour cette raison qu'il nous faut être clair sur ce qu'on met derrière le concept d'indépendance. Est-ce lié au modèle de gouvernance, au modèle économique ? Le public doit aussi pouvoir interroger cette notion, et les conséquences que cela a pour lui. 

C.W. : La relation au public est très importante sur ces questions. Une chercheuse que l'on invite au colloque, Bissie Anderson, a beaucoup travaillé sur ce qu'elle nomme le “journalisme pionnier” à plusieurs endroits dans le monde**, et a identifié deux traits en commun : être significatif au sein de sa communauté (being meaningful) et être relationnel (being relational), c'est-à-dire laisser place à la relation au lectorat. Elle explique que, pour des raisons d'indépendance, le journalisme a toujours eu tendance à monter des murs autour des rédactions pour ne pas se laisser influencer par le public. Or, dans les manières alternatives de faire du journalisme, le public a toute sa place dans la production de l'information. Est-ce qu'on lui demande son avis, est-ce qu'on l’invite à participer à la fabrique de l'information, et de quelle manière ? Il y a là une vraie question de démocratie.

 

LQJ : Et peut-être même aussi de qualité de l'information.

S.F. : Les journalistes ont un gros impact sur la vie des gens, à la fois ceux qu'on interroge et ceux qu'on informe. Dans cette optique d'ouverture, nous aurions tout à gagner à faire plus de journalisme sur le journalisme. Dans la revue Journalistes de l’AJP, nous essayons de faire vivre davantage les enjeux journalistiques : les journalistes, qui informent sur toute une série de questions, informent finalement peu sur la façon dont l’information se fabrique et couvrent peu la crise que traversent les médias. Enfin, cela passe aussi peut-être par une plus grande mise en avant des standards déontologiques, à laquelle est tenue toute la profession. Parce que s'il y a actuellement beaucoup de moyens mis en place pour lutter contre la désinformation, il y en a peu pour soutenir une information de qualité. Or, il s'agit des deux faces d'une même pièce. 

 

LQJ : Y a-t-il d'autres facteurs à prendre en compte ? 

C.W. : Il est nécessaire pour les journalistes de se ménager des espaces, pour réfléchir individuellement et collectivement d'où ils parlent, et de prendre le temps de se positionner. Les rédactions sont souvent des groupes sociaux homogènes, et cette réflexivité sur les pratiques est importante si on veut parler à d'autres.

O.D. : La question du prix est cruciale. Chaque abonnement, individuellement, ne paraît pas très cher, ce qui donne une impression d'accessibilité. Mais toutes les couches de la population n’ont pas les mêmes facilités. C’est pour cette raison que certains médias essaient de rester au tout-gratuit, afin de toucher un public le plus large possible. C’est évidemment de plus en plus rare, car c’est un modèle extrêmement difficile à tenir sur le plan financier. Et ça l’est encore plus si l’on veut conserver un maximum d’indépendance. La plupart des médias rendent donc de plus en plus de contenus payants. C’est un choix compréhensible mais, ce faisant, ils se ferment à une partie du lectorat. En Belgique, la plupart des médias dits “indépendants” et “progressistes” dépendent ainsi très fortement des abonnements. Ce qui, en fin de compte, les empêche d’atteindre certaines minorités auxquelles ils aimeraient pourtant s’adresser. Cela peut mener à une certaine forme d’élitisme. Ce sont des enjeux très complexes : la formule parfaite n’existe pas.

S.F. : Et pourtant, l'information n'est jamais gratuite ! On oublie souvent que la RTBF, qui diffuse une information sans abonnement, est un service public financé par l'impôt. Pour moi, le danger vient justement de la prétendue gratuité de certains médias. Comment l'information est-elle rémunérée ? Bien sûr, j'ai tout à fait conscience que cette question du prix peut créer un système à deux vitesses, parce que tout le monde ne peut pas mettre 15 euros dans un magazine comme Imagine. Mais l'information n'étant pas gratuite, il est nécessaire de réinterroger le rôle du service public, et à quel point il peut soutenir un secteur qui, par définition, n’est pas et n’a jamais été rentable. On peut se poser la question d'une ré-augmentation de l'enveloppe de soutien public au journalisme, puisqu’il s’agit finalement d’un service rendu à la société. L'information est un bien commun. 


* Kiosque est un “collectif de médias belges francophones et libres”. Il est à ce jour composé de sept titres : Alter Échos, axelle, Imagine, Le Ligueur, Médor, Tchak et Wilfried.
** Étude qualitative, publiée en 2025, qui porte sur 20 rédactions, aux USA, en Europe, dans le nord de l’Afrique et en Asie.

Colloque et table-ronde
Le colloque a lieu les 28 et 29 mai, à la salle Danica Seleskovitch (bât. L5, 4020 Liège) et à la Salle académique (bât. A1, 4000 Liège). 
Une table-ronde avec des journalistes professionnel·les responsables de médias membres de Kiosque, ouverte au grand public, a lieu le 28 mai à 20 h à la Salle académique. En présence des journalistes Sarah Freres (Imagine et AJP), Quentin Noirfalisse (Médor), Sabine Panet (axelle) et Yves Raisière (Tchak).
En savoir + 

Outre Olivier Daelen et Caroline Wintgens, le comité d’organisation compte Geoffrey Geuens, David Leloup et Christine Servais (ULiège), ainsi que Florence Le Cam (ULB) et Philippe Hambye (UCLouvain)

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