LQJ-280
LQJ : Dans vos cours, vous abordez la notion de masculinité. Patrick Govers : Oui. Il me paraît impor- tant de parler aux étudiants des études critiques sur les hommes et la masculi- nité. Car comprendre la problématique est une étape essentielle pour la trans- former. Dans mon cours intitulé “Travail social et genre”, j’aborde cette notion sous l’angle de Raewyn W.Connell, sociologue australienne, qui évoque dans son ouvrage Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie, l’existence d’une hiérarchie entre différents types de masculinités. Pour l’auteure, le concept de “mas- culinité hégémonique” est le modèle de relations entre les hommes eux- mêmes et avec les femmes, modèle encore dominant actuellement et celui qui imprègne notre quotidien et notre façon de penser. Les partisans de cette représentation estiment que la mascu- linité (être un homme) est synonyme de courage, de puissance, de virilité et qu’elle détermine un rôle dans la socié- té : l’homme protège sa famille et veille à son bien-être. D’ailleurs, les concepts de force, d’esprit de compétition et d’agres- sivité, très fortement liés au masculin, occupent une place centrale dans l’éco- nomie politique néolibérale prédominante dans notre société. Tous ces éléments conforment ce que la philosophe amé- ricaine féministe Iris Marion Young a appelé “logique masculiniste”. Cette logique masculiniste contribue à la production et reproduction du patriarcat, c’est-à-dire une organisation sociale où l’autorité est détenue par les hommes. Elle est particulièrement opérante tout au long du développement du système capi- taliste qui, dès son début (XVI e siècle), rime avec spoliation, exploitation et violation. Aujourd’hui, cette logique mas- culiniste est revendiquée par les partis d’extrême droite pour qui, par exemple, la violence genrée est une pure invention idéologique. LQJ : Des études montrent que certains hommes souffrent de cette situation aussi. P.G. : Beaucoup se sentent piégés dans une forme d’identité sociale qui ne leur convient pas. Et s’il n’y a pour l’instant aucune “masculinité alternative”, Raewyn Connell veut croire en une critique systé- mique du patriarcat, seule façon de faire décroître la logique masculiniste. Rendre visible le processus de catégorisation, de classification et de hiérarchisation en explorant tous les lieux de pouvoir – dans l’espace public, au travail, à l’école mais aussi sur les réseaux sociaux – y par- ticipe. Déconstruire les biais du genre dans l’éducation aussi, comme le font les pays scandinaves qui ont instauré, par exemple, un congé parental partagé, et qui mènent des actions auprès des tout jeunes enfants. Masculinité Licencié en histoire de l’ULiège (1981), Patrick Govers a également un master en anthropologie sociale de l’Universitat Autònoma de Barcelona (1998). Il est maître assistant en histoire à l’ULB et en sciences sociales et sociologie à la Haute école Helmo à Liège. septembre-décembre 2021 / 280 ULiège www.ul iege.be/LQJ 15 à la une
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=