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précédente, les femmes nées dans les années 1980-1990, utilisent massivement la contracep- tion moderne pendant leur jeunesse et deviennent mères plus tardivement. Elles jouissent de marges de manœuvre inédites et, en même temps, sont confrontées à des rapports de genre inégalitaires. De plus, vu le déclin de l’État-providence, elles vivent avec des contraintes matérielles importantes tant sur le plan de l’emploi et du logement, que des modes de garde des jeunes enfants. C’est cette tension que j’ai explorée dans ma thèse. » Une recherche traduite dans ses cours. « J’aspire à fournir aux étudiants et aux étudiantes des outils à la fois rigoureux et critiques pour comprendre le monde social dans lequel nous vivons, pour- suit-elle. Que ce soit en “sociologie politique” ou en “sociologie de la famille”, la dimension du genre est très présente, car je suis convaincue qu’elle est tout aussi importante que celle de la classe sociale, et malgré cela bien trop négligée. » Mona Claro a aussi participé à L’Encyclopédie cri- tique du genre, dirigée par la Pr Juliette Rennes 6 de l’EHSS, qui montre que l’intégration des rapports de genre – la manière de manger, la façon d’appré- hender certaines technologies, l’intensité de la voix, etc. – participe d’une sorte de vérification de l’idée d’une distinction naturelle entre les sexes. FEMMES ET ESPACE PUBLIC Justine Gloesener, assistante-doctorante au labo- ratoire ndrscr/Architecture et Politique en faculté d’Architecture, s’interesse pour sa part à la question du genre dans la fabrique urbaine. Elle s’interroge actuellement sur la place des femmes dans l’evolu- tion socio-historique du quartier de Droixhe, depuis sa conception dans les années 1950, en analysant à la fois les espaces publics et privés. Inspire par les concepts du Congres international d’architecture moderne et par les theories de Le Corbusier sur le “village vertical” – comme la Cite radieuse a Marseille –, le projet de Droixhe est né au sein du Groupe Egau constitué par trois archi- tectes liégeois. Trois hommes, dont l’ambition était de construire 1000 logements sociaux locatifs a Liege au cœur d’un bel espace vert. « Des elements originaux sont intégrés dans ce vaste ensemble qui regroupe des logements et une série d’équi- pements comme une école, des commerces, une église, et qui séduit la classe moyenne. Mais il ne faut pas perdre de vue que ce grand ensemble est envisagé a une epoque où les roles et la division sexuelle du travail étaient figés », relève Justine Gloesener. En ajoutant au programme initial un centre medico- familial, Les Murlais, les architectes ont alors affi- ché une attention particulière aux malades de la poliomyelite qui sévissait dans les années 1950, imaginant un hebergement spécifique pour les familles concernées. « En ramenant les malades au centre d’un quartier et en développant une politique de logements mixtes, le Groupe Egau désengorge l’hôpital de Bavière tout proche et permet aux familles de vivre avec une personne alitée dans des appartements adaptes, tout en offrant aux personnes seules et souffrantes des chambres individuelles avec un service de cuisine et de soins, voire un service de nursing lorsque les femmes qui travaillent ne peuvent pas s’occuper à temps plein de leur mari ou leurs enfants malades. » C’est l’époque où l’on commence à rendre les cui- sines plus fonctionnelles. « Ce projet nous permet de reflechir a l’integration des plus vulnerables dans les villes, poursuit Justine Gloesener. Toute la conception du nouveau quartier de Droixhe a été élaborée par des hommes (medecins, architectes et politiques) pour faciliter le care dont s’occupent majoritairement les femmes. Ce qui fait écho à la crise sanitaire que nous venons de traverser : les experts étaient majoritairement masculins, alors que le personnel des hôpitaux, des maisons de repos, de grands magasins était très largement féminin. » Comment faire en sorte que les femmes soient prises en consideration et soient associées a la construction de la ville ? Comment faire pour faciliter la vie quotidienne des femmes en temps de crise ? « Si l’on veut s’affranchir de la gestion androcentrée, il faut convoquer autour de la table des femmes architectes, sociologues, habitantes du quartier », pense Justine Gloesener. Elle participera d’ailleurs à l’exposition “Matrimoine” à la Cité Miroir qui évoquera le rôle des femmes dans l’histoire en interrogeant leur rapport à l’espace public. 6 Juliette Rennes sera présente à la journée du 23 novembre, voir p.17 14 septembre-décembre 2021 / 280 ULiège www.ul iege.be/LQJ à la une
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