LQJ-280
Sociologue, Aline Thiry est char- gée de recherche au centre Spiral où elle s’est spécialisée dans l’expertise de la gestion et l’analyse des risques ainsi que dans l’évaluation des politiques publiques. L’occasion d’évoquer avec elle la gestion de crise, ce métier de l’ombre qui a été mis en lumière durant la pandémie et, récem- ment, lors des inondations. ENTRETIEN THIBAULT GRANDJEAN Aline Thiry Envisager le risque Le Quinzième Jour : À en croire ces dernières années, on sort d’une crise pour entrer dans une autre… Aline Thiry : De notre point de vue, la crise revêt une défi- nition bien précise. Nous considérons que nous sommes en crise lorsque nos moyens, humains et matériels, sont insuffisants pour faire face à une situation de tout ordre, que ce soit un accident industriel, un attentat terroriste, ou encore une situation sanitaire comme la pandémie actuelle ou les inondations du mois de juillet. En temps normal, nos moyens sont légèrement supérieurs à nos besoins. Ce qui signifie, par exemple, qu’en cas d’accident de la route, des services d’urgence pourront être rapidement dépêchés sur place et les patients seront pris en charge sans délai. Dans le cas d’une épidémiee, en revanche, nos moyens hospitaliers arrivent quasiment à saturation lors du pic de la maladie. Lors d’une crise, ces moyens sont dépassés, et les pouvoirs publics doivent alors opérer une montée en puissance pour qu’ils rattrapent le plus rapidement nos besoins et les dépassent à nouveau. Sur le terrain, les différents intervenants qui gèrent la crise sont divisés en ce qu’on nomme les disciplines, comme les opérations de premiers secours, la logistique ou la commu- nication. Tout l’enjeu de la gestion de crise va alors être la coordination entre ces disciplines. C’est bien d’envoyer dix ambulances, mais encore faut-il qu’elles puissent se coor- donner entre elles. LQJ : Comment cela se traduit-il ? A.T. : On retrouve deux niveaux de coordination. Le pre- mier, le niveau opérationnel, sur le terrain, coordonne les différents acteurs de la crise. Mais c’est au niveau de la coordination stratégique, prévue par l’arrêté royal de 2019, que se prennent les décisions pour lesquelles les inter- venants de terrain n’ont pas le recul, comme la création d’un lieu d’hébergement des victimes par exemple. Et c’est également à cet échelon que se joue la responsabilité de la gestion de crise. Les textes de loi prévoient que la coordination stratégique est de la responsabilité des bourgmestres au niveau local, vu leur proximité et leur connaissance du terrain. Si plu- sieurs communes sont touchées, lors d’un accident Seveso notamment, ce sont les services du gouverneur de la pro- vince qui prennent le relais. Mais que la responsabilité de la crise soit entre les mains du bourgmestre ou du gouverneur, la concertation est permanente avec les représentants de 6 septembre-décembre 2021 / 280 ULiège www.ul iege.be/LQJ l’opinion
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