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Ensuite, les disciplines fonctionnent beaucoup sur l’ora- lité ; or l’écrit est indispensable pour la transmission des enseignements. Sans trace papier, on ne peut pas espé- rer garder une mémoire à long terme. Chaque discipline a aussi tendance à tirer les enseignements de son propre champ, et à changer les procédures en interne, ce qui limite l’apprentissage multidisciplinaire, pourtant crucial pour la coordination future. Enfin, il y a, selon moi, un obstacle dans la manière dont notre société fonctionne. C’est politiquement très délicat de se remettre en question. C’est une lourde responsabi- lité d’assumer ce qui n’a pas fonctionné. Or nous sommes dans une société qui va vers plus de pénalisation, avec une présence judiciaire renforcée au niveau stratégique. Les acteurs ont peur que la responsabilité d’une personne ou même d’un service soit mise en jeu. Et cela crée un cercle vicieux : les erreurs non détectées, non débriefées, seront réitérées. Et, au niveau de la communication avec le public, c’est évidemment catastrophique en termes d’image et de confiance de ne pas reconnaître ce qui s’est mal passé. LQJ : Existe-t-il une façon d’améliorer les choses ? A.T. : Je pense que les questions de l’anticipation et de la participation citoyenne sont encore trop peu investies par les pouvoirs publics. Actuellement, la gestion du risque est un cercle très fermé. Elle ne se fait qu’entre professionnels. Or il faut pouvoir sortir du cadre et impliquer les citoyens. Je suis convaincue qu’en les excluant du processus d’éva- luation des risques, on sous-estime certains dangers. Et cette implication peut se faire à toutes les phases. On ne peut pas imaginer des mesures de protection efficaces de la population sans que cette dernière soit consultée. Pensées du point de vue du gestionnaire, les décisions ont alors de fortes chances de ne pas être respectées ! Exemple : demander à la population de ne pas venir cher- cher les enfants à l’école en cas d’accident nucléaire (pour ne pas congestionner les voies de circulation) est peut- être louable, mais imaginer que les gens vont respecter ce souhait est totalement fantaisiste ! Cela ne correspond pas à la réalité. Ces consignes sont imaginées parce que les gestionnaires ont tendance à écarter les civils des pro- cessus de crise. Depuis les années 1980, de nombreuses études ont montré que si une petite portion de la popu- lation panique, une large proportion va quant à elle faire preuve de comportements plus collectifs. C’est d’ailleurs ce que l’on a observé lors des inondations : énormément de solidarité entre le citoyens. LQJ : P ensez-vous que la pandémie aura un impact sur la gestion des risques ? A.T. : Il semblerait que certaines entités soient prêtes à impliquer davantage les citoyens et à travailler sur l’anticipation des risques. J’ai aussi l’impression que la planification d’urgence est maintenant prise en considé- ration. Les sessions de formation “PlaniCom” regroupent habituellement 25 personnes, mais nous avons accueilli 80 participants lors de la dernière session, et nous en atten- dons 130 pour la prochaine. Mais il faut rester lucide. Même si les acteurs de terrain se montrent proactifs en venant nous voir, la gestion des risques reste un métier de l’ombre que peu de monde souhaite réellement voir, et qui est avant tout victime des priorités politiques. PLANICOM Créé en 2009, “PlaniCom” est le nom du certificat interuniversitaire en gestion de crise et planifica- tion d’urgence (ULiège et UCLouvain) délivré à la suite d’une formation continue de six jours et d’une mise en situation. Il propose un panel de formations dans les domaines de l’identification, l’analyse, la gestion et la communication des risques. L’objectif étant de susciter la réflexion sur ce thème et de présenter les objectifs d’un plan d’urgence. Qu’est-ce qu’un plan ? Que mettre en place ? Comment développer un réseau ? Comment échanger des informa- tions en temps utile ? Ce projet – aujourd’hui géré par Aline Thiry avec le Pr Sébastien Brunet, la Pr Catherine Fallon et Pierre Ozer (ULiège) ainsi qu’Aurore François (UCLouvain) – s’adresse aux acteurs de terrain, aux coordinateurs planifica- teurs d’urgence des communes, au personnel des services des gouverneurs des provinces, aux membres de la police et des services d’interven- tion, aux acteurs médicaux, etc. * www.planicom.be septembre-décembre 2021 / 280 ULiège www.ul iege.be/LQJ 9 l’opinion

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