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MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 37 OMNI SCIENCES « Un essai vient d’être mené auprès de porcelets fraîchement sevrés, une période durant laquelle leurs besoins en protéines de haute qualité sont particulièrement élevés. Les résultats sont encourageants : dans une ration classique à base de soja et de maïs, jusqu’à 35 % du soja a pu être remplacé par de la farine d’insectes, sans effet négatif sur leur développement. » Aller au-delà n’est toutefois pas envisagé : le profil lipidique des insectes reste imparfait, ce qui limite leur incorporation à plus forte dose. Dans le cadre de son doctorat mené sous la direction de Rudy Caparros Megido, Joachim Carpentier étudie les lipides d’insectes, en particulier ceux des larves de mouches soldats noires. Constatant que cette graisse, pauvre en oméga-3, présente peu d’intérêt nutritionnel, mais qu’elle est riche en acides gras saturés, il a eu l’idée de la valoriser en savon. Pour cela, des déchets végétaux du restaurant universitaire ont servi à nourrir des larves, qui ont ensuite été mises à mort par congélation. « L’huile a été extraite à l’aide d’une presse, désodorisée, décolorée et confiée à un savonnier pour produire un savon qui ressemble à un savon classique blanc. Il sera distribué au personnel », précise Rudy Caparros Megido. Le projet a bénéficié d’un soutien financier de la faculté de Gembloux. « Les lipides d’insectes produits localement pourraient aussi entrer dans la composition de crèmes cosmétiques et remplacer, par exemple, l’huile de coco importée. » Parmi les pistes non-alimentaires d’utilisation des insectes d’élevage, figure également la chitine, principal composant de leur exosquelette. « En pharmacie, la chitine et son dérivé, le chitosan, sont déjà utilisés comme capteurs de graisses dans certains produits amaigrissants. De nombreuses recherches sont encore nécessaires, mais ce polymère naturel pourrait servir à fabriquer des objets (comme des abat-jours), être imprimé en 3D ou transformé en biofilms pour des emballages alimentaires. Le potentiel d’usages dérivés des insectes est important dès lors que leur élevage se développe », conclut-il. ** L’impulsion majeure a été un rapport de la FAO, en 2013, au sujet des insectes comestibles. « Or, le sperme possède son propre microbiote, incluant des bactéries parfois dotées de propriétés antiparasitaires : leur élimination pourrait donc s’avérer contre-productive. Dans le cadre de notre recherche, notre question était : peut-on inséminer des reines d’abeilles avec de la semence congelée sans antibiotiques et obtenir une descendance femelle ? », explique Sophie Egyptien, qui a réalisé cette étude dans le cadre de sa thèse en médecine vétérinaire à l’ULiège. Rappelons que chez l’abeille domestique, les femelles (reines et ouvrières) proviennent d’œufs fécondés, tandis que les mâles (faux bourdons) naissent d’œufs non fécondés. « À trois moments de la saison apicole, nous avons inséminé une série de reines avec du sperme frais et une autre série avec du sperme décongelé. Résultats ? Un nombre comparable de reines est entré en ponte dans les deux groupes, avec une production similaire de couvain femelle. Cela indique que le sperme cryoconservé selon notre protocole est capable de fertiliser les ovules. » « En revanche, une différence nette apparaît concernant la durée de ponte : environ deux ans avec du sperme frais, contre deux à quatre semaines avec du sperme décongelé. Si cette durée limitée ne permet pas à la reine d’établir une colonie productive en miel, elle est par contre compatible avec un objectif de sauvegarde ou d’amélioration rapide du patrimoine génétique », précise Sophie Egyptien, enseignante clinicienne à l’école vétérinaire UniLaSalle de Rouen et collaboratrice scientifique de l’ULiège. Le protocole de cryoconservation sera affiné dans le but de constituer, à terme, une banque de sperme d’abeilles domestiques. Ces travaux s’inscrivent dans le projet FreezeBEE, une initiative du service d’obstétrique et pathologies de la reproduction des animaux de compagnie et des équidés de l’ULiège visant à valoriser son expérience en cryopréservation de la semence des mammifères pour répondre à une demande de la filière d’élevage apicole. * www.farah.uliege.be/insemination-abeille

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