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SAUVEGARDE DES MANGROVES Dans l’estuaire du fleuve Congo, tout à l’ouest de la République démocratique du Congo, poussent les mangroves. Ces “forêts dans la mer”, formées de palétuviers aux racines aériennes, sont capables de stocker des quantités énormes de carbone. Mais depuis quelques années, la déforestation, le braconnage et la pêche illégale menacent grandement ces écosystèmes qui jouent un rôle fondamental dans l’équilibre biologique et économique de la région. « Depuis cinq ans, nous développons dans la zone du Parc marin des mangroves, aire protégée, un vaste projet de soutien, explique Florian Delespesse, chargé de projet chez Ucoopia et bioingénieur diplômé de Gembloux Agro-Bio Tech. En nous appuyant sur un diagnostic agraire et une cartographie participative, deux outils scientifiques propres à l’ONG universitaire, nous avons étudié la situation en profondeur sous ses aspects sociologiques, économiques et environnementaux. Il est apparu que ces destructions des mangroves étaient le fait de jeunes hommes qui avaient besoin d’un capital important, pour se marier ou pour investir dans une pirogue – moyen de locomotion pouvant déterminer le statut social, à l’instar des voitures chez nous. Ces activités illégales étaient une manière d’obtenir rapidement de l’argent. Il nous fallait donc travailler main dans la main avec ces jeunes, apaiser les relations avec les écogardes du parc et imaginer d’autres sources de revenus. Le tout en menant une réflexion de sensibilisation avec la population des villages, des jeunes aux anciens. » L’ONG, qui s’appuie sur une équipe sur place, met alors peu à peu en place trois niveaux d’activités, avec des rentabilités à très court, moyen et long termes. Un reboisement des mangroves dégradées est lancé, en basse saison de pêche, avec un paiement à la journée. S’ensuit un travail de maraîchage agroécologique et de petit élevage de lapins dont les déjections nourrissent les champs. La dynamique prend bien et génère des revenus mensuels. Arrive alors la réflexion sur le temps long, avec l’apiculture. « Cette activité peut être très rentable, mais demande au minimum une année de préparation technique, raconte Florian Delespesse. Outre la production de miel, l’apiculture a pour effet d’entraîner un reboisement important : l’augmentation du nombre de ruches nécessite une augmentation des fleurs à polliniser. L’apiculteur, s’il veut étendre son activité, s’engage donc à reboiser dans un rayon d’1,5 km autour de ses ruches. » Partant de l’urgence de sauver les mangroves et de réinsérer la jeune génération dans des activités légales, ces projets portés par Ucoopia dessinent une large boucle où se mêlent protection de l’environnement, développement économique rural et émancipation professionnelle. Cédric Vermeulen, professeur en gestion des ressources forestières à Gembloux Agro-Bio Tech, connaît lui aussi la spécificité des mangroves. Habitué à travailler sur le continent africain, il est en charge d’une chaire de cours à l’Eraift (École régionale postuniversitaire d’aménagement et de gestion intégrés des forêts et territoires tropicaux), située à Kinshasa, avec laquelle l’ULiège a tissé des liens. « En 2023, contacté par Florian Delespesse, j’ai travaillé sur le Parc marin des mangroves, qui ne possédait alors pas de plan de gestion à jour. Suite à un grand travail collectif de terrain, nous avons mis au point un “plan d’actions prioritaires” pour les différents volets de gestion de cette aire protégée », explique-t-il. Un projet mené à la fois par les étudiants et chercheurs sur place, les techniciens et le conservateur du parc ainsi que l’équipe locale de l’ONG. MAI-AOÛT 2026 I 294 I WWW.LQJ.ULIEGE.BE 59 UNIVERS CITÉ les populations locales », souligne Ludivine Lassois, agrégée de faculté à Gembloux Agro-BioTech et l’une des représentantes de l’ULiège au sein de Ucoopia. Spécialisée dans l’agroécologie tropicale, elle développe un projet au long cours, en génétique végétale, avec les maraîchères et maraîchers du bassin arachidier du nord du Sénégal – zone fortement touchée par le dérèglement climatique où huit personnes sur dix travaillent dans l’agriculture*. Depuis ses recherches à Gembloux, et en lien avec des scientifiques de Dakar, elle a mis au point des biofertilisants à base de champignons et bactéries afin de remplacer les engrais chimiques. « L’ONG subventionne la production de ces micro-organismes afin qu’ils soient plus avantageux que les produits chimiques, et elle finance également des “champs-école” de maraîchage, préciset-elle. Vulgarisation, aide à l’adoption des pratiques, connaissance du terrain : sans tout ce soutien d’Ucoopia, la découverte scientifique risquerait de ne jamais quitter les laboratoires pour rencontrer les besoins des paysans. » * “Dans le bassin arachidier du Sénégal”, Le Quinzième Jour n°285 (mai 2023) : www.lqj.uliege.be/Senegal-Eclosio

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