Un tram au printemps ?

Dans les rues de Liège


Dans Univers Cité
Hadrien RENCK

©️ TEC Liège - Le Tram

Les Liégeois l’attendaient. Il sera bientôt en service. Il ? Le tram bien sûr… Prévue initialement pour 2017, sa mise en circulation a été freinée par d’innombrables retards et surcoûts. Le premier projet entre le consortium Mobiliège et la Région wallonne ayant été enterré par l’organisme européen Eurostat en 2015, un nouveau “partenariat public-privé” fut conclu en 2018 avec le consortium Tram’Ardent qui réunit le géant de la construction français Colas, le constructeur espagnol CAF et l’entreprise financière hollandaise DIF. C’est donc avec un retard de trois ans que commencèrent les travaux… bientôt arrêtés par la crise du Covid, puis par les inondations qui ont ravagé la province à l’été 2021.

Qu’à cela ne tienne ! Il est (presque) sur les rails à présent et le bruit de la cloche annonçant son passage ravive des souvenirs d’enfance chez les seniors. 60 ans qu’il avait quitté Liège… « Il va revivifier la ville, assure l’urbaniste Jacques Teller, professeur en faculté des Sciences appliquées, lui apporter un nouveau souffle. Plus rapide que le bus, plus confortable, moins bruyant et moins polluant, le tram réconcilie les citadins avec les transports collectifs, c’est évident dans les villes françaises qui l’ont adopté. Le tram contribue à réduire la congestion automobile et les aménagements autour des lignes, tout comme les pistes cyclables et les espaces verts améliorent la qualité de vie et l’attractivité des quartiers desservis . » C’est aussi l’avis de Guénaël Devillet, directeur du Service d’études en géographie économique fondamentale et appliquée (Segefa) en faculté des Sciences. « La ligne de tram va redessiner le cadre urbain et, c’est le pari des édiles, inciter les habitants à revenir au centre et les jeunes, adeptes du vélo et des transports publics, à rester domiciliés dans une ville “apaisée”. Je sais que les commerçants ont souffert et certaines pépites n’ont pas résisté aux années de travaux qui ont martyrisé la ville et fait fuir les clients, mais je suis convaincu que des boutiques vont fleurir et que l’activité va s’intensifier près des arrêts. »

Si l’on quitte l’hypercentre, le tram accentue l’émergence d’un deuxième pôle d’attractivité : celui des Guillemins. « Regardez le Val Benoît, reprend Jacques Teller. Presque tous les bâtiments sont restaurés, l’Université y a encore sa place et il y a même du logement ! Parce qu’il sera desservi par le tram, le quartier attire les spin-offs et les jeunes entreprises. À l’autre bout de la ligne, le quartier de Bressoux est maintenant désenclavé et la rénovation des espaces publics patente : le nouveau Hall des foires a pris place non loin du Marché couvert. De l’autre côté de la Meuse, l’éco-quartier “Rives ardentes” – axé sur la mobilité douce – redessine Coronmeuse, etc. Preuve de l’engouement suscité : les promoteurs immobiliers investissent rue Feronstrée, aux Guillemins et aux abords de Sclessin, notamment. Tout cela est très positif pour Liège. Évidemment, la première ligne est toujours la plus difficile à placer : elle traverse la zone la plus densément peuplée, où les rues sont étroites et le sous-sol encombré ! Mais le projet, dans sa globalité, est majeur pour Liège. »

Dernier rebondissement en date cependant : le 28 août dernier, la nouvelle majorité wallonne a décidé d’annuler les extensions prévues vers Seraing et Herstal, préférant des lignes de bus prioritaires, moins chères semble-t-il. Une décision difficile à avaler dans la Cité ardente. « C’est une décision regrettable, poursuit le Pr Jacques Teller. Car la Haute École de la province à Jemeppe attire beaucoup d’étudiants qui auraient pu bénéficier du tram, d’autant que la gare routière est très proche. Idem pour les Herstaliens qui devront monter dans un bus puis dans le tram pour rejoindre le cœur de Liège. C’est dommage et, d’un point de vue social, ce n’est pas juste. »

L’entreprise BAM-Galère, qui avait déjà entamé le chantier des extensions, recevra (pour rupture de contrat) des indemnités financières dont on ne connaît pas encore le montant. Damien Piron, chargé de cours en sciences administratives à la faculté de Droit, Science Politique et Criminologie, explique cette décision pour des raisons budgétaires : « Le gouvernement a voulu se protéger de possibles augmentations de coûts qui ont déjà fait exploser le budget du premier chantier. » Le ministre de la Mobilité s’est basé sur un rapport d’étude commandé à l’Autorité organisatrice des transports collectifs (AOT), qui comparait les coûts des extensions à celui de nouvelles lignes de bus. « Mais certains rétorquent que, dans la mesure où l’on ne connaît pas les coûts effectifs des indemnités et de la mise en place de lignes de bus, il n’est pas certain que la rupture de contrat soit moins onéreuse que les extensions prévues initialement. » Et sur le recours au Conseil d’État évoqué par les villes de Seraing et de Herstal, le chercheur se montre perplexe. « Les villes devront prouver que cette décision est illégale. Or, la Région wallonne peut décider d’annuler un chantier, à condition de payer les indemnités prévues. Il s’agit donc avant tout d’un combat politique mené dans une arène judiciaire », conclut-il.

L’inauguration du tram de Liège est à présent prévue au printemps 2025 (la date du 15 avril est annoncée)… sauf nouveau rebondissement.

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