Toujours à la page

25 ans au Quinzième Jour


Dans Univers Cité
Interview Marie LIÉGEOIS - Photos Jean-Louis WERTZ

©️ Jean-Louis Wertz

En bouclant ce numéro, le 290, Patricia Janssens a mis le point final à sa carrière de rédactrice en chef du journal de l’université de Liège, Le Quinzième Jour, qu’elle pilote depuis 1999. Après 25 années dédiées à la rencontre de scientifiques, professeur·es, étudiant·es et membres du personnel de l’ULiège, à la recherche de sujets et dossiers de fond, elle passe cette fois de l’autre côté de l’interview pour partager son regard sur cette presse singulière, à la fois indépendante et institutionnelle.

Marie Liégeois : Tu es arrivée à l’ULiège en 1999, pour prendre les rênes du Quinzième Jour. Peux-tu retracer dans les grandes lignes l’histoire et l’évolution du titre ?

Patricia Janssens : Le Quinzième Jour existe depuis janvier 1994. Il est né au sein du département de communication, sous les auspices du Pr Jacques Dubois et pris en charge par les étudiants de cette section, de façon bimensuelle. En 1997, le journal intègre l’administration, avec le recteur Willy Legros, et se voit pérennisé au sein de l’Université. Lorsque je suis engagée en 1999 comme rédactrice en chef, il est passé au rythme mensuel, toujours dans un format A3. Les étudiants en journalisme rédigent alors toujours de nombreux articles ; certains d’entre eux sont d’ailleurs restés des collaborateurs réguliers.

En 2015, nous travaillons à une nouvelle maquette, plutôt dans l’esprit tabloïd, toujours au rythme mensuel – et on introduit les couleurs (ndlr : en plus de l’icônique rouge des débuts) ! Puis, en 2018, alors que l’ULiège rénove son site web et s’investit de plus en plus sur les réseaux sociaux, la rédaction opte pour un changement de positionnement : un magazine de slow press, qui sort trois fois par an et approfondit des sujets de recherche, apporte des éclairages de société, pour «s’affranchir de l’instant». En complément à la réactivité, voire à l’urgence de l’information en ligne, Le Quinzième Jour souhaite apporter le recul, le temps long. Cette évolution au fil des ans correspond à l’air du temps et à la place des médias dans le paysage. Mais quand je regarde dans le rétroviseur, j’ai aimé chaque formule !

M.L. : Quel est l’ADN de ce magazine ?

Pa.J. : Le Quinzième Jour n’est pas un journal d’entreprise, mais d’institution. Cette nuance a de l’importance, et je tiens à souligner le côté indépendant du journal, ce qui n’est pas nécessairement la norme. Bien sûr, l’objectif est de partager – gratuitement – aux membres de la communauté universitaire mais aussi au grand public ce qui fait le sel de l’ULiège, en s’appuyant sur les nombreuses personnalités de l’Université, et sur des invités extérieurs qui enrichissent aussi les échanges. Aucun sujet n’est jamais téléguidé par qui que ce soit. Car qu’est-ce qui fait la différence pour une université ? C’est sa force de recherche, la liberté académique de ses scientifiques, le vivier de sa communauté…

M.L. : Ces pages accueillent très souvent la voix d’enseignants et de chercheurs. Une sorte d’exercice pour eux ?

Pa.J. : Aux côtés de l’enseignement et de la recherche, l’Université répond à une troisième mission : la vulgarisation des connaissances, le “service à la société”. Ces colonnes permettent de contribuer à ce partage public. Pour les chercheurs et chercheuses interviewés (il a été rarissime que j’essuie un refus), il s’agit d’un véritable exercice : s’exprimer avec clarté afin d’être compris par le grand public, non scientifique. Le tout dans une relation de confiance et de relecture. La recherche, par essence, s’inscrit dans la longueur. Il est crucial d’offrir aux scientifiques l’occasion de s’exprimer en prenant le temps et de s’y exercer en toute bienveillance.

M.L. : Quelle place un magazine comme celui-ci arrive-il à faire aux femmes ?

Pa.J. : Très vite, j’ai été attentive – et épaulée dans cette voie par Catherine Eeckhout, ma secrétaire de rédaction – à laisser s’exprimer les (jeunes) femmes, à leur donner, leur rendre la place qu’elles méritent. Or, et même si les chiffres évoluent, il y a moins de femmes qui accèdent aux postes de recherche et d’enseignement. Mais elles sont là, et dès que c’est possible, je les invite dans les pages du quadrimestriel. Après toutes ces années, je constate encore ceci : elles sont moins nombreuses à se mettre naturellement en avant et il faut parfois insister. Elles ont encore trop souvent tendance à vouloir passer la main à un collègue masculin. Mais dans ce numéro, le dernier que je pilote, elles sont au rendez-vous !

M.L. : Quel regard portes-tu sur ces 25 années ?

Pa.J. : C’est un métier passionnant, qui permet de continuer d’apprendre sans cesse. Je me suis plongée dans la conception de chaque nouveau numéro avec enthousiasme et curiosité. C’est comme la mer : la même chose à chaque fois, mais à chaque fois différent... Ce magazine se construit autour de prises de contact, de rencontres, de découvertes. En allant vers les personnes, là où elles travaillent et évoluent. Tout en pensant aux lecteurs. Le magazine brasse une foule de sujets, de recherches. Sans oublier la force et la richesse que représente la communauté des alumni, ainsi que les membres du personnel administratif, technique et ouvrier, à qui je tente aussi de donner une place.

M.L. : Quelque chose t’a rendue particulièrement fière au fil de ces années ?

Pa.J. : En 2009, nous avons reçu le prix du meilleur magazine par l’Association belge de la communication interne (ABCI). Cette reconnaissance venue de l’extérieur a été vécue comme une fierté par l’équipe. L’indépendance du Quinzième jour et son ouverture ont aussi beaucoup de valeur à mes yeux. Ce magazine, que l’ULiège a pérennisé, permet par ailleurs de faire appel à des métiers importants et talentueux, parfois malmenés : journaliste, dessinateur et caricaturiste, photographe, relecteur, graphiste, imprimeur. J’aime l’objet en lui-même, en papier, avec une mise en page soignée. Les informations et photos y prennent un relief particulier. Ai-je dit que je suis aussi fière de mon équipe de journalistes, restée fidèle, et de ma collaboration longue et fructueuse avec Catherine Eeckhout, Henri Deleersnijder, Marc-Henri Bawin et Jean-Claude Massart ? Sans oublier tous mes collègues du service Communication, évidemment.

M.L. : Et maintenant ?

Pa.J. : D’abord passer le témoin. Je suis certaine, Marie, que le magazine que tu piloteras désormais, est entre de bonnes mains, se développera notamment en ligne et sur les réseaux sociaux. Pour ma part, je vais suivre une formation pour devenir écrivaine publique et me mettre au service de personnes ayant besoin d’aide pour comprendre et formuler des demandes administratives, juridiques ou autres. En tant qu’ancienne enseignante en histoire et journaliste, j’ai envie maintenant de me sentir utile pour une catégorie plus fragile de la population. Bref, l’écriture et la rencontre vont rester dans ma vie, d’une autre façon.

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